Dans une Amérique uchronique des années 1980 où les super-héros ont existé avant d'être bannis par le gouvernement, le meurtre d'un ancien justicier nommé le Comédien déclenche une enquête qui va mettre à nu les secrets les plus sombres de ses anciens coéquipiers. Rorschach, masque étrange et morale intransigeante, s'obstine à élucider l'affaire malgré les avertissements. Derrière ce crime se profile un complot qui menace de plonger le monde dans la guerre nucléaire. Un film de super-héros comme il n'en existe pas d'autre : noir, philosophique et profondément adulte.
Watchmen est l'adaptation du roman graphique éponyme d'Alan Moore et Dave Gibbons, publié entre 1986 et 1987 et unanimement considéré comme l'œuvre majeure de la bande dessinée américaine. Adapter Watchmen au cinéma était un projet réputé impossible depuis des décennies : Terry Gilliam, Darren Aronofsky et Paul Greengrass s'y étaient tous essayés avant de renoncer. Zack Snyder, fort du succès de 300, a convaincu les studios qu'une adaptation fidèle, panel par panel, était non seulement possible mais nécessaire. Alan Moore, farouche opposant à toute adaptation de ses œuvres, a refusé d'être associé au projet et de percevoir les droits, comme à son habitude. Dave Gibbons, en revanche, a soutenu et participé à la production. Snyder a pris le parti de reproduire le plus fidèlement possible l'esthétique visuelle de Gibbons, travaillant avec des story-boards directement calqués sur les cases originales. La production a été un pari risqué pour Warner Bros., qui investissait plus de 130 millions de dollars dans un film de super-héros pessimiste et philosophique sans happy end conventionnel.
Résumé des critiques professionnelles : Watchmen a divisé la critique à sa sortie. Les uns ont salué la fidélité visuelle exceptionnelle à l'œuvre d'Alan Moore et la façon dont Snyder rendait justice à la complexité morale des personnages. Les autres ont regretté que cette fidélité excessive se transforme en corset, empêchant le film d'exister pleinement comme œuvre cinématographique autonome. La durée (2h43 en version cinéma, plus de 3h en director's cut) et la noirceur du propos ont également été pointées comme des obstacles à une réception large.
Réception du public : Le film a réalisé environ 185 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget de 130 millions, un résultat décevant pour les studios mais qui a permis au film de ne pas être un échec total. Les fans du roman graphique ont été globalement satisfaits, tandis que le grand public, moins familier de l'œuvre originale, a parfois peiné à entrer dans ce récit dense et exigeant.
Récompenses obtenues : Watchmen n'a pas remporté de récompenses majeures, mais il a été nommé dans plusieurs catégories techniques lors de divers prix de cinéma. La performance de Jackie Earle Haley en Rorschach a été unanimement citée comme l'une des meilleures de l'année.
Inspirations du réalisateur : Zack Snyder a travaillé avec une copie du roman graphique annotée comme storyboard de référence permanente sur le plateau. Il souhaitait que chaque cadre du film soit visuellement reconnaissable pour les lecteurs de la BD, et a poussé cette logique jusqu'à reproduire des poses et des compositions de cases entières.
Difficultés de production : La production a été entravée par un long litige juridique entre Fox et Warner Bros. concernant les droits du film, qui a failli empêcher sa sortie. Le conflit a finalement été réglé à l'amiable quelques semaines avant la première. L'ampleur des décors et des effets visuels nécessaires pour recréer cette Amérique parallèle des années 80 a également représenté un défi logistique et financier considérable.
Casting initialement prévu : Jude Law avait été envisagé pour le rôle d'Ozymandias avant que Matthew Goode ne soit finalement retenu. Le rôle de Rorschach, le plus convoité du film, avait attiré de nombreuses candidatures avant que Jackie Earle Haley ne s'impose.
Watchmen est une méditation profonde sur la nature du héroïsme et la corruption du pouvoir : ses personnages, tous des "super-héros" sans super-pouvoirs à l'exception de Dr. Manhattan, sont des êtres profondément brisés, traumatisés et moralement ambigus. La guerre froide et la menace nucléaire sont au cœur du récit, miroir des angoisses de la société américaine des années Reagan. Le film interroge la possibilité d'une morale absolue dans un monde de compromis, à travers l'opposition entre le rigorisme de Rorschach et le pragmatisme cynique d'Ozymandias. La nature de la divinité et de la condition humaine est explorée via le personnage de Dr. Manhattan, être omniscient et affectivement détaché. Enfin, Watchmen déconstruit méthodiquement le mythe du super-héros, le montrant pour ce qu'il est souvent : une projection des peurs et des désirs d'une époque.
La fin du film révèle qu'Ozymandias, l'homme le plus intelligent du monde, a orchestré depuis des années un plan pour éviter la guerre nucléaire : faire croire au monde entier que Dr. Manhattan a attaqué plusieurs grandes villes, forçant les superpuissances à s'unir face à une menace commune. Rorschach, incapable de tolérer ce mensonge même pour sauver l'humanité, est tué par Dr. Manhattan à la demande d'Ozymandias. Le plan fonctionne, la guerre est évitée, mais au prix d'un mensonge fondamental. La scène finale, dans laquelle le journal de Rorschach — qui révèle tout — est potentiellement sur le point d'être publié, laisse planer un doute sur la durabilité de cette paix bâtie sur un crime. Une fin qui interroge jusqu'au bout les fondements de notre civilisation.
Watchmen signifie littéralement "les gardiens" en anglais, et fait référence à la maxime latine Quis custodiet ipsos custodes — "Qui surveille les surveillants ?" — citation de Juvénal qui apparaît à plusieurs reprises dans le roman graphique. Cette question centrale du récit — qui contrôle ceux qui sont censés nous protéger ? — résume à elle seule tout l'enjeu politique et philosophique de l'œuvre. Le titre est donc à la fois un nom propre et une question rhétorique sans réponse simple.
La bande originale de Watchmen est une œuvre à part entière, composée par Tyler Bates et enrichie d'une sélection de titres pop et rock emblématiques des décennies abordées dans le film. L'utilisation de The Sound of Silence de Simon & Garfunkel lors de la scène des funérailles, ou de All Along the Watchtower de Jimi Hendrix, confère à certaines séquences une puissance émotionnelle et ironique rare. Ce choix de confronter des images de violence ou de désillusion à des chansons familières et mélancoliques est l'une des signatures stylistiques les plus remarquées du film.
Watchmen a connu une seconde vie avec la série télévisée produite par HBO en 2019, créée par Damon Lindelof, qui se déroule dans le même univers mais plusieurs décennies plus tard et a été unanimement saluée par la critique. En 2021, Zack Snyder a sorti la version longue et définitive de son film, permettant une redécouverte de l'œuvre dans son intégralité. Le roman graphique d'Alan Moore continue d'être considéré comme indépassable, mais l'adaptation de Snyder est désormais regardée avec davantage de bienveillance par ceux qui avaient été sévères à sa sortie.