Virginie, 1831. Nat Turner est un esclave noir qui a appris à lire grâce à la Bible et est devenu prédicateur — un statut qui lui permet de voyager entre les plantations pour prêcher aux autres esclaves. Témoin de la brutalité croissante de l'esclavage — viols, mutilations, meurtres impunis —, Nat Turner en vient à interpréter les Écritures comme un appel à la révolte. En août 1831, il mène le soulèvement d'esclaves le plus important de l'histoire des États-Unis, qui fera soixante victimes blanches et entraînera une répression sanglante contre les communautés noires de Virginie.
The Birth of a Nation est écrit, produit, réalisé et interprété par Nate Parker, acteur américain qui a mis dix ans à faire aboutir ce projet sur la rébellion de Nat Turner. Parker a voulu s'emparer du titre infamant du film de D.W. Griffith (1915) — une œuvre raciste qui présentait le Ku Klux Klan comme des héros — pour en faire une acte de résistance : raconter la naissance d'une nation dans la lutte des esclaves pour leur liberté. Le film a déclenché une véritable tempête à Sundance 2016, où il a remporté le Grand Prix et le Prix du public — les plus hautes distinctions du festival. Il a été acheté pour 17,5 millions de dollars par Fox Searchlight, un record pour un film de Sundance.
Résumé des critiques professionnelles : La trajectoire critique du film a été extraordinairement tumultueuse. Acclamé à Sundance, The Birth of a Nation était pressenti comme l'un des grands films de la saison des Oscars. Mais la révélation d'une affaire d'agression sexuelle impliquant Nate Parker dans les années 1990 a provoqué un boycott de la presse et des professionnels qui a considérablement fragilisé la réception du film, pourtant jugé cinématographiquement puissant.
Réception du public : Le film a été un échec commercial, rapportant seulement 7,1 millions de dollars au box-office américain pour un budget de 8,5 millions. La controverse a empêché le film de trouver son public, malgré des qualités artistiques largement reconnues.
Récompenses obtenues : Grand Prix du jury et Prix du public au Festival de Sundance 2016 — récompenses qui avaient créé un espoir immense avant que la controverse ne s'abatte sur le film.
Inspirations du réalisateur : Nate Parker a consacré dix ans de sa vie à ce projet, convaincu que l'histoire de Nat Turner — pratiquement absente des représentations culturelles américaines — était un acte de résistance nécessaire à l'histoire du cinéma américain. Il voulait répondre à la fois au film de Griffith de 1915 et à une culture qui célèbre les héros blancs tout en ignorant les résistances noires.
Difficultés de production : Le film a été tourné avec un budget modeste — 8,5 millions de dollars — dans la Géorgie rurale, dont les paysages rappelaient ceux de la Virginie du XIXe siècle. Plusieurs séquences de violences particulièrement intenses ont dû être gérées avec soin pour éviter la glorification de la cruauté tout en ne l'édulcorant pas.
The Birth of a Nation est un film sur la résistance à l'oppression absolue et le moment où un homme décide que la mort est préférable à l'asservissement. Il aborde la foi chrétienne comme instrument de libération — et la contradiction fondamentale d'un esclavage pratiqué par des chrétiens qui utilisaient la Bible pour justifier l'asservissement des Noirs. La violence comme réponse à la violence systémique est le dilemme central du film : Nat Turner choisit la rébellion armée, et le film ne juge pas ce choix. Enfin, le film traite des corps noirs comme propriété — la sexualité des femmes noires esclavagisées est au cœur de la brutalité que Turner voit et qui déclenche sa révolte.
La rébellion de Nat Turner est écrasée, Turner est capturé, jugé et pendu. Mais le film affirme que sa mort n'est pas une défaite : l'insurrection a planté des graines qui fleuriront dans d'autres luttes. La fin s'appuie sur des images évocatrices qui relient le XVIIIe siècle au mouvement des droits civiques du XXe siècle, affirmant la continuité d'un combat pour la dignité humaine.
The Birth of a Nation est une appropriation directe du titre du film controversé de D.W. Griffith (1915), qui présentait la Reconstruction comme une menace et le KKK comme des sauveurs. En reprenant ce titre, Nate Parker réécrit la définition même de «la nation» : la vraie naissance d'une nation libre est dans la lutte des esclaves pour leur liberté, pas dans la victoire de leurs oppresseurs.
The Birth of a Nation reste un film profondément divisé : universellement salué pour ses qualités artistiques, universellement compliqué par la vie personnelle de son auteur. La question de la séparation de l'œuvre et de l'artiste, que le film a posée de façon particulièrement aiguë en 2016, continue de diviser les milieux culturels. Disponible en VOD.
The Birth of a Nation dialogue avec 12 Years a Slave (2013) de Steve McQueen — autre film sur la brutalité de l'esclavage américain —, ainsi qu'avec Django Unchained (2012) de Tarantino sur la résistance armée à l'esclavage. Selma (2014) de Ava DuVernay s'inscrit dans la même lignée de films sur la résistance noire américaine. Amistad (1997) de Spielberg traite d'une autre révolte d'esclaves.