Chiken et Ryûgyô, deux jeunes bonzes de l'école bouddhiste zen Sôtô, se sont liés d'amitié durant leur apprentissage spirituel commun. Chiken, qui vit désormais avec sa femme et son fils dans la préfecture de Yamanashi, s'investit auprès de sa communauté à travers des cours de cuisine et un service téléphonique de prévention du suicide. Ryûgyô, de son côté, doit affronter une réalité bien plus douloureuse à Fukushima, où son temple familial a été dévasté par le tsunami, le contraignant à travailler comme ouvrier de déblaiement tout en réconfortant les sinistrés relogés dans des préfabriqués. Le film tisse le portrait en miroir de ces deux hommes de foi confrontés, chacun à sa manière, aux fractures du Japon contemporain.
Tenzo est né d'une commande passée au réalisateur Katsuya Tomita par l'Association nationale des jeunes moines de l'école bouddhiste Sôtô, qui souhaitait initialement un court métrage d'une dizaine de minutes destiné à un grand festival bouddhiste international accueilli au Japon. Katsuya Tomita, lui-même issu d'une famille de moines zen, a finalement obtenu davantage de financements de la part des jeunes moines commanditaires, lui permettant de développer un projet trois à quatre fois plus long que prévu initialement. Le réalisateur explique que la matrice du film est née d'un entretien documentaire particulièrement lumineux entre le moine Chiken et la nonne Aoyama Shunto, une conversation qui l'a poussé à s'interroger sur le quotidien réel de ce jeune moine au-delà de sa pratique spirituelle. Katsuya Tomita a alors imaginé la structure du film comme une dualité constante entre la doctrine bouddhiste et la vie quotidienne très concrète de ses protagonistes, prenant le contrepied de ses films précédents comme Bangkok Nites ou Saudade, qui explorait plutôt les marges sociales de la mondialisation asiatique. Le film s'inscrit également dans le sillage du traumatisme du tsunami de 2011 et de l'accident de Fukushima, dont les conséquences continuent de façonner le quotidien de l'un des deux moines suivis.
Les critiques ayant découvert Tenzo à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2019 ont salué la subtilité du dispositif documentaire fictionnalisé imaginé par Katsuya Tomita, capable de faire dialoguer la spiritualité bouddhiste avec les préoccupations les plus triviales et concrètes du quotidien de ses deux protagonistes. Plusieurs observateurs ont souligné la manière originale dont le film aborde la notion bouddhiste d'interdépendance, incarnée par le parcours croisé de Chiken et Ryûgyô, l'un engagé dans la prévention du suicide, l'autre confronté aux ravages du tsunami. D'autres ont toutefois jugé le format, plus proche du moyen métrage que du long métrage classique, difficile à faire tenir sur la durée pour un public non averti, certains spectateurs ayant exprimé un sentiment de longueur malgré la durée resserrée de l'œuvre. Le public a réservé un accueil contrasté à ce film hybride entre documentaire et fiction, certains spectateurs saluant la sincérité et la lumière particulière de cette œuvre de commande, d'autres se disant déroutés par son rythme contemplatif et son absence de dramatisation classique. Le film a néanmoins trouvé un public fidèle parmi les amateurs du cinéma de Katsuya Tomita, curieux de découvrir cette incursion inattendue dans l'univers religieux après ses films précédents consacrés aux marges sociales de l'Asie contemporaine. Tenzo a été présenté en première mondiale à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2019, sans toutefois y remporter de récompense, mais a poursuivi sa carrière dans plusieurs festivals spécialisés dans le cinéma asiatique.
Katsuya Tomita, lui-même issu d'une famille de moines zen, a construit le film à partir d'un entretien documentaire entre le moine Chiken et la nonne Aoyama Shunto, dont la lumière particulière l'a poussé à vouloir explorer plus avant le quotidien de ce jeune moine, donnant naissance à la structure duale du film entre doctrine bouddhiste et vie quotidienne concrète. Le projet, initialement pensé comme un simple court métrage d'une dizaine de minutes pour l'Association nationale des jeunes moines de l'école Sôtô, s'est considérablement étoffé grâce aux financements supplémentaires obtenus par les commanditaires, permettant à Katsuya Tomita de livrer un moyen métrage de près d'une heure, sensiblement plus ambitieux que prévu. Le tournage a mêlé séquences documentaires et scènes scénarisées, entrelaçant le quotidien réel des deux moines suivis avec des éléments de mise en scène plus construits, une approche hybride caractéristique du style développé par Katsuya Tomita depuis ses précédents films.
Tenzo explore l'interdépendance, notion centrale de la pensée bouddhiste, à travers le portrait croisé de deux moines dont les parcours se répondent malgré leurs réalités très différentes. Le film aborde également les traumatismes persistants du tsunami de 2011 et de la catastrophe de Fukushima sur la société japonaise contemporaine, incarnés par le combat quotidien de Ryûgyô pour reconstruire son temple et sa communauté. La question du suicide et de sa prévention occupe également une place importante, à travers l'engagement de Chiken auprès de sa communauté. Le film interroge enfin la manière dont la spiritualité bouddhiste peut s'incarner dans des gestes concrets et quotidiens plutôt que dans la seule contemplation, à rebours de certaines représentations plus mystiques du bouddhisme.
Le titre Tenzo désigne dans la tradition bouddhiste zen la fonction de moine cuisinier, chargé de préparer les repas au sein du monastère, une tâche considérée comme une véritable pratique spirituelle à part entière plutôt que comme une simple activité subalterne. Ce titre souligne d'emblée la philosophie propre à l'école Sôtô mise en avant par le film, celle d'un bouddhisme pleinement engagé dans les gestes les plus concrets et quotidiens de l'existence plutôt que dans la seule contemplation retirée du monde.
Tenzo a poursuivi sa carrière dans plusieurs festivals spécialisés dans le cinéma asiatique après sa présentation à Cannes, notamment lors du festival Kinotayo consacré au cinéma japonais contemporain. Katsuya Tomita a depuis poursuivi son exploration cinématographique des mutations sociales et spirituelles du Japon contemporain à travers d'autres projets.
Bangkok Nites, précédent film de Katsuya Tomita consacré aux prostituées thaïlandaises et aux séquelles du post-colonialisme en Asie, permet de mesurer la continuité de la démarche documentaire fictionnalisée du réalisateur malgré des sujets très différents. Saudade, autre œuvre majeure de Tomita explorant les mutations sociales de sa ville natale japonaise, partage avec Tenzo cette attention portée aux transformations profondes de la société japonaise contemporaine. Cure d'Kiyoshi Kurosawa, film japonais interrogeant lui aussi la spiritualité et le vide existentiel de la société nippone contemporaine, offre une résonance thématique avec certains questionnements soulevés par Tenzo.