Antoine et Monique forment un couple minable qui vit de petites combines. Un soir, ils cambriolent la maison de Bob, un truand homosexuel charismatique. Fascinés par son univers, ils se laissent entraîner dans sa vie. Bob tombe amoureux d'Antoine et veut le transformer en gigolo. Le trio s'enfonce dans une relation destructrice faite de sexe, d'argent et de travestissement. Monique est peu à peu écartée par les deux hommes.
Bertrand Blier voulait poursuivre son exploration des rapports homme-femme-homme après Les Valseuses. L'idée originelle lui est venue en voyant un reportage sur les travestis du Bois de Boulogne. Il a eu envie de raconter une histoire d'amour où le masculin et le féminin se brouillent. Le film n'est pas tiré d'un livre mais d'une envie de provoquer et de parler de la bisexualité, sujet tabou en 1986. L'inspiration était de montrer comment un homme 'normal' peut basculer dans un autre monde par fascination pour un être plus fort que lui. Blier a écrit le rôle de Bob spécialement pour Gérard Depardieu.
Résumé des critiques professionnelles : Le film divise violemment la critique à Cannes. Une partie salue l'audace, la mise en scène et la performance des acteurs, parlant de chef-d'œuvre provocateur. L'autre partie hurle au scandale, jugeant le film vulgaire, homophobe et complaisant. Libération titre 'Blier le salaud'. Télérama défend un 'film sur l'amour fou'. Avec le recul, il est considéré comme un film culte, cru et sans concession, représentatif des années 80. Il est étudié pour son traitement frontal de la sexualité. Réception du public : Succès public avec 3,1 millions d'entrées. Le public est choqué mais fasciné. Le film devient un phénomène de société, tout le monde en parle. La scène où Michel Blanc se travestit marque les esprits. Il divise les couples à sa sortie : certains le trouvent dérangeant, d'autres génial. Il reste un des films les plus controversés de Blier mais aussi un de ses plus grands succès. Récompenses obtenues : Michel Blanc remporte le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 1986, ex-aequo avec Bob Hoskins. Le film est nommé à 8 César en 1987 dont Meilleur film et Meilleur réalisateur, mais n'en remporte aucun face à Thérèse. Il gagne le Prix du meilleur scénario étranger en Italie. Son aura sulfureuse est sa plus grande récompense.
Inspirations du réalisateur : Blier s'est inspiré des nuits parisiennes et des clubs gays qu'il fréquentait. Il voulait filmer la descente aux enfers d'un couple avec une lumière crue, presque documentaire. Il a dirigé ses acteurs comme des animaux, cherchant l'instinct. L'influence de Fassbinder et de Querelle est évidente. Il voulait que le spectateur soit mal à l'aise, comme dans un mauvais rêve. Difficultés de production : Le tournage a été très tendu. Michel Blanc, acteur de comédie, a eu beaucoup de mal avec les scènes de nu et d'humiliation. Il a failli quitter le tournage plusieurs fois. Gérard Depardieu improvisait en permanence, déstabilisant Miou-Miou. L'ambiance était électrique entre les trois acteurs, ce qui a nourri le film. La scène du bal a nécessité 200 figurants du milieu de la nuit. Anecdote sur une scène particulière : La scène où Michel Blanc fait un strip-tease en robe a été tournée en une seule prise. L'acteur était terrifié et buvait pour se donner du courage. Ses larmes à la fin sont réelles. Pour la scène du viol, Blier a filmé en plan-séquence pour ne pas couper la tension. Depardieu a giflé Blanc pour de vrai, à la demande de ce dernier, pour que la scène soit plus vraie. Casting initialement prévu : Patrick Dewaere devait jouer Bob avant sa mort. Coluche a été envisagé puis écarté. Pour Antoine, Bernard Giraudeau a refusé le rôle, le trouvant trop sombre. Isabelle Adjani a été pressentie pour Monique mais Miou-Miou s'est imposée. Le film a failli ne pas se faire car aucun producteur ne voulait d'une histoire de travesti.
Le film parle de la fascination du mal et de la déchéance volontaire. Il explore la bisexualité, le travestissement et la fluidité des genres, 30 ans avant que le sujet devienne grand public. Il traite de la domination et de la soumission dans le couple, qu'il soit hétéro ou homo. C'est une histoire sur la perte d'identité : Antoine devient 'Bobette' et n'existe plus. Le film parle aussi de l'exclusion sociale et de la pauvreté qui pousse aux extrémités. C'est une réflexion sur ce qu'est un 'vrai homme' et une 'vraie femme'.
Bob est abattu par la police après un braquage. Antoine, complètement détruit et féminisé, se retrouve seul avec Monique qu'il avait abandonnée. Dans la dernière scène, ils se retrouvent dans un bar miteux. Antoine, en tenue de soirée, lui dit qu'il est perdu. Monique lui répond 'On va s'en sortir'. Ils s'enlacent, deux épaves. La fin est tragique : Bob est mort, Antoine n'est plus un homme ni une femme, et Monique a tout perdu. Il n'y a pas de rédemption, juste la constatation d'un désastre. Ils ne peuvent que se raccrocher l'un à l'autre car ils sont les seuls à se comprendre.
'Tenue de Soirée' est ironique. La tenue de soirée est la robe que Bob fait porter à Antoine, symbole de sa déchéance et de sa nouvelle identité de gigolo travesti. Le titre renvoie au monde de la nuit, des paillettes et du paraître. Mais c'est une tenue de soirée macabre, celle qu'on porte pour son propre enterrement social. Le titre annonce un film sur le monde de la nuit, mais c'est une nuit sans fin.
La musique de Serge Gainsbourg est jazzy, sombre et sensuelle. Le thème principal au saxophone colle parfaitement à l'ambiance poisseuse du film. Gainsbourg signe ici une de ses dernières BO, avec des morceaux devenus cultes comme 'Tenue de soirée'. La musique accompagne la descente aux enfers avec élégance. Elle est indissociable de l'atmosphère du film.
Les Valseuses, Buffet froid, Querelle, La Cage aux folles, Priscilla folle du désert