La chaleur de l'été annonce les vacances prochaines pour les familles d'une paisible banlieue pavillonnaire des environs de Rome. Ces familles en apparence joyeuses parviennent à entretenir l'illusion de véritables vacances malgré leurs moyens modestes, cultivant une façade de normalité rassurante. Mais derrière ce vernis de respectabilité se dissimulent la froideur des pères, la passivité résignée des mères et l'indifférence coupable des adultes envers leurs propres enfants. Le désespoir et la rage refoulée de ces enfants vont bientôt pulvériser le fragile équilibre des apparences, avec des conséquences dévastatrices pour toute la communauté.
Storia di vacanze, connu sous son titre original italien Favolacce, n'est pas tiré d'un fait réel précis, mais s'inspire librement des statistiques alarmantes de violences domestiques pour construire un conte urbain contemporain sur la déliquescence de la cellule familiale. Les frères Fabio et Damiano D'Innocenzo ont voulu enquêter sur les problèmes de communication qui gangrènent selon eux de nombreuses familles ordinaires, empêtrées dans des routines stériles et incapables d'exprimer autrement leurs frustrations. Le film revendique une filiation avec l'Anthologie de Spoon River d'Edgar Lee Masters, recueil de poèmes américain du début du XXe siècle donnant la parole à des défunts d'une petite ville, une structure chorale que les deux cinéastes transposent à la banlieue romaine contemporaine. Les réalisateurs ont délibérément choisi de dépeindre des familles ordinaires, sans les excuses de la marginalité ou de l'appartenance à une classe sociale particulière, pour mieux souligner le caractère universel du malaise qu'ils entendaient dénoncer. Ce deuxième long métrage des frères D'Innocenzo, après Frères de sang sorti en 2018, a été présenté en compétition à la Berlinale 2020, où il a remporté l'Ours d'argent du meilleur scénario.
Résumé des critiques professionnelles La critique a salué la mise en scène soignée et la photographie léchée du film, souvent comparé à un Virgin Suicides transposé à l'Italie contemporaine pour sa manière de filmer les traumatismes silencieux de l'enfance. Plusieurs observateurs ont souligné la réussite du film en tant que métaphore efficace d'un malaise sociétal plus large, salué notamment par l'obtention de l'Ours d'argent du meilleur scénario au Festival de Berlin. D'autres critiques se sont montrés plus sévères, reprochant au film un rythme jugé trop lent et un regard parfois trop méprisant envers ses propres personnages, freinant l'immersion du spectateur dans le récit.
Réception du public Le public français, qui a découvert le film lors de sa sortie en salles en octobre 2021, s'est montré partagé entre fascination pour l'esthétique étouffante du film et malaise face à son pessimisme assumé sur la jeunesse contemporaine. Plusieurs spectateurs ont salué la découverte du duo de réalisateurs italiens, jugé prometteur pour l'avenir du cinéma transalpin, quand d'autres ont regretté un ton jugé trop sentencieux vis-à-vis de ses personnages.
Récompenses obtenues Storia di vacanze a remporté l'Ours d'argent du meilleur scénario lors de la 70e Berlinale en 2020, une distinction majeure saluant l'écriture chorale imaginée par les frères D'Innocenzo.
Inspirations du réalisateur Fabio et Damiano D'Innocenzo se sont directement inspirés des statistiques de violences domestiques pour construire leur récit, voulant enquêter sur les défaillances de communication au sein de familles pourtant en apparence tout à fait ordinaires.
Difficultés de production Les deux frères réalisateurs ont dû trouver un équilibre délicat entre l'esthétisation soignée de leurs images, saturées de lumière estivale, et la noirceur du propos qu'ils souhaitaient porter sur la violence domestique et l'indifférence des adultes.
Storia di vacanze explore la violence domestique ordinaire et silencieuse qui se dissimule derrière l'apparente normalité de familles de la classe moyenne italienne. Le film interroge également l'incommunicabilité au sein du couple et de la famille, ces silences qui finissent par se transformer en une forme de sadisme diffus envers les enfants. L'enfance et son désespoir muet occupent une place centrale, les jeunes protagonistes portant en eux une rage refoulée qui finit par exploser avec des conséquences irréversibles. Enfin, le récit dresse le portrait d'une société de l'illusion, où la construction d'une façade de bonheur devient plus importante que le bien-être réel de ceux qui la composent.
Le titre original italien Favolacce, que l'on pourrait traduire par « vilaines fables » ou « mauvais contes », souligne la dimension de conte cruel et édifiant que les frères D'Innocenzo ont voulu donner à leur récit, entre réalisme social et fable morale sombre. Le titre français Storia di vacanze, littéralement « histoire de vacances », joue quant à lui sur l'ironie mordante du film, opposant l'insouciance estivale attendue à la violence larvée qui va finalement gangrener ces familles en apparence tranquilles.
Les amateurs de récits chorals sur l'enfance meurtrie et la violence familiale dissimulée pourront se tourner vers Virgin Suicides, Dogtooth ou encore Frères de sang, précédent film des frères D'Innocenzo, qui partagent avec Storia di vacanze ce même regard cru sur les failles de la cellule familiale.