À Lvov, en 1943, les nazis ordonnent la liquidation définitive du ghetto juif de la ville. Une vingtaine de fugitifs parviennent à s'échapper en creusant un tunnel qui les mène jusque dans les égouts, où ils tombent sur Leopold Socha, employé municipal devenu petit contrebandier. Flairant la bonne affaire, celui-ci accepte de les cacher moyennant une dîme quotidienne, sans se douter que cette relation purement financière va peu à peu se transformer en un véritable engagement humain. Pendant plus d'un an, Socha va risquer sa propre vie et celle des siens pour protéger "ses juifs", même lorsque l'argent vient à manquer.
Sous la ville est adapté du livre In the Sewers of Lvov: A Heroic Story of Survival from the Holocaust, de l'écrivain britannique Robert Marshall, qui retrace l'histoire vraie de Leopold Socha et du groupe de Juifs qu'il a caché dans les égouts de Lvov pendant treize mois. La réalisatrice polonaise Agnieszka Holland, déjà auteure de deux autres films consacrés à la Shoah, Amère récolte et Europa Europa, reçoit le scénario du Canadien David F. Shamoon, alors à son tout premier long métrage. Bien qu'elle se soit demandée si tout n'avait pas déjà été dit sur ce sujet, Holland trouve dans l'ambiguïté morale de Leopold Socha, homme ordinaire et opportuniste devenu malgré lui un héros, un miroir saisissant de la Pologne elle-même, nation tour à tour coupable et victime au cours de son histoire tourmentée. Le film est dédié à Marek Edelman, figure de la résistance du ghetto de Varsovie, ainsi qu'aux survivants de l'histoire et aux Polonais reconnus "justes parmi les nations".
À sa sortie, Sous la ville reçoit un accueil critique très favorable, la presse saluant la force de la mise en scène d'Agnieszka Holland et son choix radical de tourner une grande partie du film dans l'obscurité quasi totale des égouts, à la seule lumière des lampes de poche des personnages. Le public réserve un accueil plus confidentiel au film en France, où il passe relativement inaperçu malgré son sujet fort, tandis qu'il rencontre un écho plus important en Pologne et en Amérique du Nord. Le film est nommé aux Oscars 2012 dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère, une reconnaissance internationale importante qui confirme la place d'Agnieszka Holland parmi les grandes cinéastes traitant de la mémoire de la Shoah.
Agnieszka Holland a consacré un soin tout particulier à la représentation des ténèbres, tournant environ un tiers des scènes directement dans des égouts réels, éclairés uniquement par des lampes de poche portées par les acteurs eux-mêmes. Les acteurs principaux ont dû se plier à une véritable gymnastique linguistique, le film mêlant le yiddish, l'ukrainien, l'allemand et différents dialectes polonais de l'époque, afin de restituer la réalité linguistique complexe de la région à cette période. Krystyna Chiger, la dernière survivante encore en vie de l'histoire ayant inspiré le film, a confié au New York Times avoir eu l'impression, en visionnant le film, de se retrouver à nouveau dans les égouts et d'en sentir à nouveau l'odeur, tant la reconstitution lui semblait fidèle à son vécu.
Sous la ville explore l'ambiguïté morale d'un homme ordinaire, opportuniste au départ, qui se découvre malgré lui une conscience héroïque face à l'horreur de la Shoah. Le film interroge également la survie dans des conditions extrêmes, la promiscuité forcée d'un groupe de fugitifs livré à lui-même, ainsi que la question plus large de la responsabilité individuelle face au mal collectif.
Après treize mois passés dans les égouts de Lvov, les survivants du groupe caché par Leopold Socha parviennent à ressortir à la lumière du jour au moment de la libération de la ville par l'Armée rouge, un moment de rédemption collective après des mois d'obscurité et de terreur. Le film se termine sur cette image de sortie des ténèbres, rappelant que Leopold Socha, mort peu après dans un accident, restera reconnu comme "juste parmi les nations" pour son rôle décisif dans la survie de ce groupe.
Le titre français, Sous la ville, fait référence au réseau d'égouts souterrain où se réfugient les personnages du film, tandis que le titre original polonais, W ciemności ("Dans les ténèbres"), traduit plus fidèlement l'expérience physique et morale des ténèbres vécue par les protagonistes tout au long du récit.
La Liste de Schindler (1993), Le Pianiste (2002), Amère récolte (1985).