Angleterre, 1665. La Grande Peste ravage le pays tandis que la chasse aux sorcières bat son plein dans les campagnes. Après la mort de son mari, Grace se retrouve seule pour affronter Pendleton, le notable propriétaire de leur ferme, qui exige son loyer et lui propose de s'offrir à lui en échange. Face à son refus, il l'accuse publiquement de sorcellerie, la livrant au redoutable juge Moorcroft, spécialiste de l'extraction de confessions par la torture. Grace doit alors survivre à l'acharnement des hommes tout en affrontant ses propres démons intérieurs.
Neil Marshall a co-écrit le scénario avec l'actrice principale Charlotte Kirk, sa compagne à l'écran comme à la ville, avec la volonté de dénoncer la violence historique de la chasse aux sorcières à travers un prisme résolument féministe. Le réalisateur, connu pour ses films de genre comme Dog Soldiers ou The Descent, revenait ainsi au grand écran après l'échec critique de son Hellboy, en s'appuyant sur un sujet historique réel pour ancrer son propos dans un contexte de violences faites aux femmes toujours d'actualité.
La critique s'est montrée majoritairement sévère envers le film, lui reprochant une mise en scène caricaturale et un discours féministe jugé peu subtil malgré ses intentions affichées. Le public s'est montré partagé, certains amateurs de cinéma de genre appréciant l'esthétique sombre et les scènes horrifiques du film tandis que d'autres ont critiqué son scénario prévisible et ses dialogues jugés grossiers. Le film n'a pas été distingué par des récompenses cinématographiques et n'a bénéficié que d'une sortie directement en vidéo à la demande dans plusieurs territoires, dont la France.
Charlotte Kirk a occupé une place centrale dans la production du film, cumulant les rôles de co-scénariste, de co-productrice et d'actrice principale, une implication rare pour une comédienne encore jeune dans sa carrière. Le tournage s'est déroulé au Royaume-Uni, avec un important travail de reconstitution des décors et costumes du dix-septième siècle anglais pour restituer l'atmosphère de la Grande Peste et de la chasse aux sorcières. Neil Marshall a intégré au film une dimension surnaturelle, incarnée par l'apparition du diable dans l'esprit de Grace, en plus des scènes de torture historiques inspirées des véritables méthodes utilisées par les chasseurs de sorcières de l'époque.
Le film dénonce la violence patriarcale et l'acharnement historique contre les femmes accusées de sorcellerie, souvent comme prétexte pour couvrir des motivations bien plus terre-à-terre de la part de leurs accusateurs. Il explore aussi la résilience intérieure face à la torture et à l'injustice, à travers le parcours de son héroïne confrontée à ses propres peurs autant qu'à ses bourreaux.
Grace parvient finalement à se libérer de l'emprise de ses tortionnaires et à se venger de Pendleton, responsable de son calvaire, révélant au passage la lâcheté et l'hypocrisie des hommes qui l'ont condamnée. Le film se termine sur cette libération à la fois physique et symbolique, présentée comme une réponse directe aux logiques d'oppression dénoncées tout au long du récit.
Le titre français Sorcière renvoie directement à l'accusation portée contre Grace, tandis que le titre original, The Reckoning, littéralement « le règlement de comptes » ou « le jugement dernier », évoque à la fois le procès qu'elle subit et la vengeance qu'elle finit par accomplir.
Le film reste principalement disponible en vidéo à la demande et continue d'être discuté au sein de la communauté des amateurs de cinéma d'horreur pour son traitement contrasté du sujet de la chasse aux sorcières.
Le film peut être rapproché d'autres œuvres consacrées à la chasse aux sorcières comme The Witch de Robert Eggers, avec lequel il partage un cadre historique proche mais une approche esthétique très différente.