Kenza et Yaël, deux jeunes Françaises issues de banlieue, rejoignent une brigade internationale de combattantes engagées en Syrie aux côtés des forces kurdes contre l'État islamique. Elles intègrent une unité d'élite surnommée « Les Serpents », composée de femmes venues de différents pays et commandée par une combattante kurde. Leur parcours croise celui de Zara, une jeune rescapée yézidie, enlevée et réduite en esclavage par des djihadistes avant de trouver refuge auprès du bataillon. Issues de cultures très différentes mais unies par un même combat, ces sœurs d'armes vont puiser dans leur solidarité la force d'affronter la barbarie qui les entoure.
Sœurs d'armes est le premier long métrage de fiction de la journaliste et essayiste Caroline Fourest, jusque-là surtout connue pour la réalisation d'une vingtaine de documentaires diffusés sur France 2, Arte et Canal+. Le projet naît au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, dont elle a été proche, ce qui lui laisse le temps de peaufiner longuement son propos avant le tournage. Caroline Fourest choisit de s'attacher au destin des combattantes kurdes et au drame du génocide yézidi d'août 2014, un sujet récent qui, selon elle, concentre plusieurs des thèmes qui l'occupent depuis la fin des années 1990, notamment la condition des femmes et la lutte contre le fanatisme religieux. Elle explique avoir longtemps redouté de se lancer dans la fiction, craignant le rapport parfois difficile du monde du cinéma aux femmes réalisatrices, avant de finalement franchir le pas. Le tournage se déroule en partie au Kurdistan irakien, ce qui vaudra au film certaines critiques sur sa représentation du rôle des Peshmergas.
Le film reçoit un accueil très tiède de la critique française, qui salue globalement les intentions de la réalisatrice sans être convaincue par l'exécution du film. Les Inrockuptibles reprochent notamment au film d'alterner des séquences pathétiques et un discours martial trop appuyé, tandis que Libération évoque un hommage embarrassant qui verse parfois dans la propagande. Politis se montre également très critique, jugeant certaines scènes d'action peu crédibles et le propos trop binaire pour rendre justice à la complexité du conflit. D'autres publications saluent malgré tout le geste de mettre en lumière un combat féminin méconnu, en le comparant régulièrement au film Les Filles du soleil d'Eva Husson, sorti sur un sujet proche l'année précédente. Le public reste globalement peu nombreux en salles, le film souffrant d'une diffusion restreinte malgré un casting reconnu incluant Amira Casar et Camélia Jordana. Certains spectateurs saluent un hommage sincère aux combattantes kurdes et yézidies, quand d'autres, notamment au sein du Collectif des combattantes et combattants francophones du Rojava, accusent le film de travestir la réalité historique et de desservir la cause qu'il prétend défendre. Le film ne reçoit aucune récompense notable et reste surtout marqué, au-delà de sa sortie en salles, par la polémique qui l'a entouré.
Caroline Fourest s'inspire de faits réels pour construire son récit, en particulier du combat mené par les femmes kurdes et yézidies contre l'État islamique à partir de 2014. Elle explique avoir voulu porter à l'écran un sujet féministe rarement traité par le cinéma français, celui de combattantes engagées les armes à la main plutôt que représentées comme de simples victimes du conflit.
Sœurs d'armes met en avant l'engagement de femmes combattantes dans un conflit largement dominé par une iconographie masculine, en insistant sur leur détermination et leur solidarité au sein du bataillon. Le film aborde également le génocide yézidi et les violences subies par les femmes enlevées par Daech, à travers le personnage de Zara. La question de la fraternité entre femmes issues de cultures et de parcours très différents traverse tout le récit, la guerre devenant paradoxalement un espace où se construisent des liens improbables. Le film interroge enfin la manière dont un cinéma engagé peut représenter un conflit réel sans en trahir la complexité, un équilibre que plusieurs critiques ont jugé difficile à tenir.
Le film se conclut sur la victoire du bataillon des Serpents lors d'un affrontement décisif contre les forces de Daech, scellant symboliquement l'union entre Kenza, Yaël et Zara après les épreuves traversées ensemble. Cette issue victorieuse célèbre la résilience des combattantes et rend hommage à leur rôle dans la lutte contre l'État islamique, tout en refermant l'arc de rédemption de Zara, passée du statut de victime à celui de combattante à part entière. La mise en scène choisit délibérément une fin spectaculaire et héroïque, un choix qui a nourri une partie des critiques adressées au film sur sa dimension trop hollywoodienne.
Le titre Sœurs d'armes désigne directement les combattantes du bataillon, unies par les armes qu'elles portent ensemble contre un ennemi commun malgré leurs origines très différentes. Il souligne aussi la dimension quasi familiale de leurs liens, la fraternité de combat se substituant aux liens du sang pour ces femmes venues de mondes éloignés.
Les spectateurs intéressés par Sœurs d'armes pourront se tourner vers Les Filles du soleil d'Eva Husson, qui traite un sujet très proche autour des combattantes kurdes, ou vers des documentaires consacrés aux unités féminines du YPG pour approfondir le contexte réel évoqué par le film.