Lundi, 13 juillet 2026
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So Long My Son

So Long My Son

2019 Chine
Synopsis

Au début des années 1980, Liyun et Yaojun forment un couple heureux, ouvriers dans une usine du nord de la Chine. Alors que le régime vient d'instaurer la politique de l'enfant unique, un drame va bouleverser leur existence et celle de leurs proches. Pendant près de quarante ans, le couple tente de se reconstruire, changeant de ville et de vie pour échapper à son chagrin. Leur histoire intime finit par se confondre avec celle, plus vaste, de la Chine contemporaine, entre révolution culturelle et essor économique.

Genèse du film

L'idée de So Long, My Son est venue à Wang Xiaoshuai en 2011, lorsque le gouvernement chinois a annoncé son intention d'abandonner la politique de l'enfant unique après plusieurs décennies d'application. Le cinéaste raconte avoir été positivement surpris par cette décision, lui qui pensait cette politique durablement ancrée dans la société chinoise. Il a alors voulu interroger la manière dont cette mesure avait façonné l'intimité de plusieurs générations de familles chinoises. Le scénario, coécrit avec Ah Mei, s'est construit autour de deux couples amis dont les destins sont bouleversés par un deuil et par les conséquences du contrôle des naissances. Wang Xiaoshuai souhaitait montrer l'imbrication constante entre la sphère privée et la sphère politique dans un pays où l'État s'immisce jusque dans les choix les plus intimes des citoyens. Le film ne s'appuie pas sur un fait divers précis mais sur de nombreux témoignages recueillis par le réalisateur au fil des décennies. Il a choisi de bâtir un récit sur près de quarante ans, entre les années 1980 et les années 2010, pour donner à voir l'évolution du pays à travers le prisme de destins ordinaires. Ce projet s'inscrit dans la continuité du cinéma social et politique que Wang Xiaoshuai mène depuis ses débuts, en tant que représentant de la sixième génération de cinéastes chinois.

Critiques et réception

Le film a été très bien accueilli par la critique internationale, saluée pour sa mise en scène maîtrisée malgré une durée de plus de trois heures et une construction non linéaire jonglant entre les époques. De nombreux journaux ont salué la pudeur du récit et la justesse des deux interprètes principaux, capables de transmettre une immense douleur sans jamais céder à l'emphase. Le public occidental a lui aussi été touché par cette fresque intime, même si certains spectateurs ont pu être déroutés par les nombreux allers-retours temporels et la longueur du film. Le film a été récompensé à la Berlinale 2019 par l'Ours d'argent du meilleur acteur pour Wang Jingchun et l'Ours d'argent de la meilleure actrice pour Yong Mei, une double distinction rare pour un même film. Il a également obtenu le prix de la meilleure photographie au Festival international du film de Minsk et a été sélectionné dans plusieurs grands festivals internationaux, dont Cabourg et Saint-Sébastien.

Anecdotes de tournage

Wang Xiaoshuai a construit son récit sur un montage volontairement non chronologique, multipliant les ellipses et les changements d'époque et de lieu, un choix narratif qu'il savait risqué mais qu'il jugeait nécessaire pour traduire la manière dont les souvenirs reviennent de façon fragmentée. Le réalisateur a dû composer une nouvelle fois avec la censure chinoise : une scène montrant une femme sortant d'un temple bouddhiste puis se signant devant une église a notamment posé problème aux autorités religieuses du pays. Le tournage s'est étalé sur plusieurs mois et a nécessité de vieillir progressivement les personnages sur une période de presque quarante ans, un défi de maquillage et de jeu d'acteur relevé avec beaucoup de sobriété par Wang Jingchun et Yong Mei. Le réalisateur estimait que les spectateurs européens n'auraient pas de difficulté à suivre la non-linéarité du récit, quand ses compatriotes chinois, plus proches émotionnellement des situations dépeintes, se concentreraient davantage sur les personnages que sur la construction narrative elle-même.

Thèmes abordés

So Long, My Son explore le poids du deuil et de la culpabilité sur toute une vie, ainsi que les conséquences intimes d'une politique publique, celle de l'enfant unique, sur des familles ordinaires. Le film interroge également l'amitié mise à l'épreuve par le temps et les secrets, la place des femmes dans une société encore marquée par le collectivisme, et la manière dont l'histoire d'un pays s'inscrit dans la chair de ses citoyens. La résilience, l'exil intérieur et la capacité à continuer de vivre malgré la tragédie traversent tout le récit.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Vers la fin du film, le couple retrouve son fils adoptif, qui avait fui le foyer familial des années plus tôt, et apprend également la vérité sur la mort de leur fils biologique, longtemps cachée par leurs meilleurs amis rongés par la culpabilité. Cette révélation, loin de raviver la rancœur, permet une forme de réconciliation et de paix entre les deux familles. Le film se termine sur une note d'apaisement plutôt que de résolution totale, suggérant que le temps a fait son œuvre sans pour autant effacer la douleur initiale. Cette fin ouverte mais chaleureuse illustre la capacité des personnages à transformer leur douleur en une forme de sagesse et d'acceptation.

Signification du titre

Le titre original du film, Dì jiǔ tiān cháng, est une expression chinoise traditionnelle empruntée à un texte de Lao Tseu, que l'on peut traduire littéralement par « terre ancienne, ciel vaste ». Elle est généralement comprise comme une façon d'évoquer la permanence et l'éternité, l'idée de perdurer aux côtés de la création. En anglais, le titre a été traduit par So Long, My Son, un jeu de mots qui associe l'expression d'adieu « so long » à l'idée de longévité, en écho direct au sens de l'expression chinoise. Ce choix de titre traduit ainsi la dimension du temps qui structure tout le récit, celui d'une durée immense pendant laquelle les personnages continuent d'exister malgré la perte.

Films Similaires

Les spectateurs ayant aimé So Long, My Son pourront se tourner vers Une Séparation d'Asghar Farhadi, pour son étude fine des dilemmes moraux au sein d'une famille, ou vers Still Life de Jia Zhangke, qui dresse également le portrait d'une Chine en pleine mutation à travers des destins individuels. Le Grand Voyage vers la nuit de Bi Gan, dans lequel joue également Yong Mei, offre une autre approche poétique et non linéaire du temps et de la mémoire.