Basin City, surnommée Sin City, est une mégapole corrompue jusqu'à la moelle où la violence est la seule loi et où les innocents sont des espèces en voie de disparition. Le film entrelace trois histoires indépendantes mais liées par l'atmosphère de la ville : Hartigan, un flic mourant qui tente de sauver une fillette des griffes d'un monstre ; Marv, une montagne de muscles qui cherche à venger la mort de la seule femme qui l'ait jamais aimé ; et Dwight, un homme traqué qui tente de protéger les prostituées du quartier chaud contre la mafia et la police corrompue.
Sin City est l'adaptation directe des bandes dessinées de Frank Miller publiées chez Dark Horse Comics à partir de 1991, une série noir et blanc au style graphique révolutionnaire qui avait réinventé le film noir en langage de BD avec une stylisation graphique absolument radicale. Robert Rodriguez avait lu ces comics des années avant de concrétiser le projet, convaincu qu'ils représentaient le matériau idéal pour une expérience cinématographique complètement nouvelle. Pour convaincre Frank Miller de lui accorder les droits d'adaptation, Rodriguez a réalisé en 2003 une courte scène test — "The Customer is Always Right" — qu'il a montrée à Miller pour lui prouver qu'une fidélité absolue au style graphique de la BD était possible au cinéma. Miller, qui avait été traumatisé par les précédentes adaptations hollywoodiennes de ses œuvres, notamment RoboCop 2, a été tellement convaincu par cette démonstration qu'il a accepté de co-réaliser le film. Le tournage a entièrement eu lieu sur fond vert dans des studios à Austin, Texas, les décors étant entièrement numériques et recréant fidèlement l'esthétique noir et blanc contrastée des planches originales. Quentin Tarantino a co-réalisé une scène — celle impliquant Clive Owen et Benicio del Toro dans la voiture — en tant qu'invité.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a été largement enthousiaste, reconnaissant dans Sin City une expérience cinématographique véritablement nouvelle et une réussite esthétique sans équivalent. La fidélité absolue au style graphique de Frank Miller, rendue possible par la technologie numérique, a été saluée comme une révolution dans l'adaptation de bande dessinée. Mickey Rourke et son interprétation de Marv ont particulièrement retenu l'attention, le comédien livrant une performance monstrueuse et touchante sous des prothèses impressionnantes.
Réception du public : Le film a été un vrai succès commercial, récoltant plus de 158 millions de dollars dans le monde pour un budget de seulement 40 millions. Les fans de comics, les cinéphiles amateurs de film noir et le grand public friand d'action stylisée ont tous été au rendez-vous. La violence très présente et l'esthétique radicale du film ont généré des discussions importantes sur les limites du cinéma grand public.
Récompenses obtenues : Le film a reçu une nomination au BAFTA pour les meilleurs effets spéciaux et a été récompensé par le Prix de la création technique au Festival de Cannes 2005. Il a reçu de nombreux prix dans des festivals de cinéma fantastique et de genre à travers le monde.
Inspirations du réalisateur : Robert Rodriguez a voulu que le film soit une "traduction" directe de la bande dessinée plutôt qu'une adaptation — il s'agissait de passer les planches de Miller à l'écran avec la même exactitude qu'une traduction littéraire, sans interprétation ni transposition. Pour ce faire, il a travaillé avec les planches originales posées à côté du moniteur de tournage, reproduisant cadrages, éclairages et compositions case par case.
Difficultés de production : Tourner entièrement sur fond vert sans décors réels est une expérience exigeante pour les acteurs, qui doivent imaginer des environnements entiers et réagir à des partenaires de jeu parfois absents. Rodriguez a organisé des sessions de préparation intensives pour que chaque acteur comprenne parfaitement l'espace virtuel dans lequel son personnage évoluait. La coordination entre les différentes histoires, tournées avec des équipes partiellement différentes, a également nécessité une organisation très précise.
Anecdote sur une scène particulière : La scène réalisée par Quentin Tarantino, impliquant Clive Owen et Benicio del Toro dans une voiture, a été tournée en une seule journée. Tarantino est arrivé avec ses propres idées très précises sur le cadrage et le rythme de la scène, qui tranche légèrement avec le reste du film par son sens du dialogue et son humour noir particulièrement tarantinien.
Sin City est une déclinaison radicale des thèmes du film noir classique — la corruption absolue des institutions, la violence comme seul langage d'une société sans loi morale, et les personnages masculins brisés qui cherchent une rédemption impossible dans un monde qui n'en offre aucune. Le film explore la loyauté et le sacrifice au-delà de toute rationalité — Marv, Hartigan et Dwight agissent tous au mépris de leur propre survie pour protéger quelqu'un d'autre. La figure de la femme dans Sin City est ambivalente : à la fois objet de désir et seule force de résistance dans un monde dominé par la violence masculine, les personnages féminins sont paradoxalement les plus puissants et les plus libres de l'univers du film.
Chacune des trois histoires de Sin City se conclut sur une note de sacrifice et d'ambiguïté morale. Hartigan se tue pour protéger Nancy de la vengeance des fils du sénateur Roark, offrant sa mort comme ultime protection à celle qu'il a sauvée. Marv obtient sa vengeance mais est exécuté, mourant dans l'électrochoc avec un sourire — une mort qui ressemble à une victoire. Dwight et les filles du Old Town éliminent leurs ennemis et rétablissent un semblant d'ordre dans leur quartier, même si cet ordre est lui-même fondé sur la violence. Ces conclusions non triomphantes mais satisfaisantes sur le plan moral sont caractéristiques du film noir que Rodriguez et Miller honorent.
Sin City — "la ville du péché" — est le surnom que les habitants donnent à Basin City, une ville dont la corruption est si totale qu'elle semble être la condition naturelle de son existence. Le titre est un programme : le péché n'est pas une exception dans cette ville, c'est sa substance même. Il renvoie également à Las Vegas, surnommée "Sin City" dans la culture américaine, créant un écho entre la ville fictive de Frank Miller et une réalité urbaine bien connue du public américain.
Une suite, Sin City: J'ai tué pour elle, est sortie en 2014 avec un accueil plus mitigé. Frank Miller continue de publier des histoires dans l'univers de Basin City. Le film original reste une référence incontournable dans l'histoire de l'adaptation de bande dessinée au cinéma et est disponible sur les plateformes de streaming.