Sam Lombardo, un professeur de lycée très respecté en Floride, est accusé de viol par deux de ses élèves issues de milieux opposés. Kelly, une riche héritière capricieuse, et Suzie, une fille sauvage vivant dans des caravanes, semblent avoir monté un complot parfait. L'inspecteur Duquette est chargé de l'enquête et découvre vite que les apparences sont trompeuses dans cette ville corrompue par l'argent. Au fil des audiences et des rebondissements, un piège diabolique se met en place impliquant les parents et les avocats.
Le film n'est pas tiré d'un livre, mais d'un scénario original écrit par Stephen Peters qui voulait créer un polar moderne dans la veine des films noirs des années 40. L'idée originelle venait du désir de mélanger le thriller érotique avec une intrigue à la "Double Indemnité" transposée dans la Floride contemporaine. Le réalisateur John McNaughton a eu l'inspiration de traiter l'intrigue avec une ironie mordante, s'amusant à piéger le spectateur à chaque rebondissement. Il s'est fortement inspiré de l'ambiance humide et luxurieuse de Miami pour faire de la ville un personnage aussi pervers que les protagonistes. Le scénario a été construit comme un puzzle complexe où chaque personnage ment systématiquement, obligeant le public à rester constamment sur ses gardes. L'écriture a pris un malin plaisir à retourner les stéréotypes de la bonne et de la mauvaise fille pour mieux déstabiliser le spectateur. C'est cette volonté de tromper l'audience qui a guidé la structure narrative en flash-backs et en fausses pistes. Le film a été pensé comme un jeu pervers entre les personnages et les spectateurs, repoussant les limites de la morale cinématographique. L'ambition de l'œuvre était de créer le thriller parfait où rien n'est ce qu'il semble être.
Les critiques professionnelles ont été partagées, certains voyant dans le film un chef-d'œuvre de trash jubilatoire, d'autres y voyant un simple film de série B cynique. Beaucoup de journalistes ont souligné l'audace du scénario, louant sa capacité à multiplier les retournements de situation jusqu'à l'absurde. La performance de Kevin Bacon a été unanimement saluée, l'acteur réussissant à rendre son personnage ambigu vraiment fascinant. Cependant, une partie de la presse a critiqué le voyeurisme du film et son traitement très superficiel de la violence. Le public a transformé le film en un immense succès commercial en vidéo, bien que ses résultats en salle aient été plus modestes. Les spectateurs ont été fascinés par l'intrigue complexe et ont adoré chercher à deviner la fin avant les personnages. La scène de la piscine est devenue culte, attirant une curiosité malsaine qui a beaucoup boosté les ventes de cassettes. Le film a acquis le statut de "guilty pleasure", ces œuvres que l'on aime en secret pour leur côté excessif et imprevisible. Le film n'a pas reçu de récompenses dans des cérémonies majeures comme les Oscars ou les Golden Globes, ce qui est logique pour ce genre de production. Il a toutefois remporté plusieurs prix lors des MTV Movie Awards, récompensant la scène la plus explosive et les meilleurs méchants. Les acteurs ont souvent été invités dans des conventions de films de genre pour célébrer le statut culte de cette œuvre. Sa récompense ultime reste sa longévité dans la culture pop, régulièrement cité dans les tops des meilleurs thrillers érotiques.
John McNaughton s'est inspiré des romans noirs de James M. Cain pour instaurer une ambiance de trahison permanente entre les personnages. Il a regardé "Chinatown" de Roman Polanski pour comprendre comment filmer la corruption d'une ville entière avec une élégance trompeuse. Le réalisateur voulait que chaque plan reflète la chaleur étouffante de la Floride, utilisant des couleurs néons très saturées. Cette esthétique de série B assumée a permis de créer un univers visuellement très identifiable et propice au mensonge. Le tournage a été marqué par des scènes très intimes qui ont demandé une grande confiance entre les acteurs pour éviter tout malaise. La production a dû lutter contre la censure américaine pour conserver certaines scènes de nu, obtenant un classement R après de multiples coupes. Le budget relativement faible a obligé l'équipe à utiliser des décors naturels en Floride plutôt que de construire des studios. La coordination des cascades, notamment lors de la scène du bateau, a été complexe en raison des courants marins. L'anecdote la plus célèbre concerne la scène du baiser entre les deux jeunes actrices dans la piscine, devenue un moment iconique des années 90. Les actrices ont admis plus tard qu'elles étaient très nerveuses et que l'alcool contenu dans les verres était en réalité du jus de pêche. La scène finale avec l'alligator a été tournée avec un vrai reptile, obligeant les acteurs à rester à une distance de sécurité très stricte. Kevin Bacon a improvisé beaucoup de ses répliques les plus cinglantes lors des scènes d'interrogatoire. Le rôle de Sam Lombardo a été proposé à plusieurs acteurs plus âgés avant que Kevin Bacon ne soit choisi pour apporter un côté plus prédateur. L'acteur Matt Dillon a failli jouer le rôle de l'inspecteur, mais a préféré celui de la victime présumée pour surprendre son public. Le rôle de Suzie a été décroché par Neve Campbell grâce à son rôle dans la série "Scoop", qui prouvait sa capacité à jouer les filles sages cachant un côté sombre. Bill Murray a accepté un petit rôle d'avocat véreux uniquement parce qu'il adorait le scénario tordu et la ville de Miami.
Le film explore la manipulation et le jeu de pouvoir sadique qui se cache derrière les apparences de la respectable société américaine. Il aborde la corruption sous toutes ses formes, que ce soit l'argent, le sexe ou le pouvoir judiciaire, montrant que tout s'achète. La notion de vérité y est totalement détruite, chaque personnage fabriquant une réalité à sa convenance pour piéger les autres. L'œuvre interroge la sexualité comme une arme de destruction massive utilisée par les femmes pour détruire les hommes. Le thème de la vengeance est central, les trois protagonistes ourdissant un complot diabolique sur plusieurs années pour récupérer une fortune. Le film soulève aussi la question de la classe sociale, la pauvreté de Suzie étant la véritable motivation de sa haine envers les riches. La justice est tournée en dérision, les avocats et les flics étant eux-mêmes corrompus ou incompétents. Enfin, le film célèbre l'intelligence féminine maligne, montrant que les femmes peuvent manipuler les hommes avec une efficacité redoutable.
Lors du véritable dénouement révélé dans les bonus du DVD et à la fin du film, on découvre que Suzie n'est pas la victime innocente qu'elle prétendait être. Elle a en réalité manigancé le complot de A à Z avec Kelly et Sam pour voler la fortune de la mère de Kelly et se venger de l'inspecteur Duquette. Suzie simule sa propre mort en se cachant sur le bateau, puis élimine froidement Sam en le poignardant et en le jetant à la mer. Elle empoisonne ensuite Kelly lors d'une soirée sur une île déserte, récupérant ainsi la totalité de l'argent du chantage. L'inspecteur Duquette, qui n'était pas mort, réapparaît mais Suzie le soudoie avec une partie de l'argent pour qu'il la laisse tranquille. La dernière scène montre Suzie sur une plage tropicale, riche, bronzée et totalement impunie, lisant un livre sur la survie en plein soleil. Ce final cynique à l'extrême montre que la véritable créature machiavélique n'était pas l'homme, mais la jeune fille apparemment la plus fragile. Le spectateur réalise avec stupeur que toutes les scènes précédentes étaient des mensonges savamment orchestrés par cette adolescente perverse. C'est une fin qui clôt le film sur un sentiment d'injustice totale, mais diablement satisfaisante dans sa logique machiavélique.
Le titre original américain "Wild Things" se traduit littéralement par "Choses sauvages", désignant à la fois les bêtes de la forêt et la nature animale des êtres humains. En France, les distributeurs ont choisi de le renommer "Sex crimes", un titre beaucoup plus explicite et vendeur pour le public. Ce titre français met immédiatement l'accent sur l'aspect juridique et criminel de l'intrigue, annonçant un procès et des accusations de viols. Il supprime la poésie ambiguë du titre original pour asséner le thème principal du film : l'utilisation du sexe comme arme de chantage. L'expression "sex crimes" sonne de manière très sérieuse et froide, créant un contraste ironique avec le côté très excessif et humide du film. Ce choix de traduction a permis de cibler directement les amateurs de thrillers érotiques sans ambiguïté sur le contenu. Le mot "crimes" rappelle que les personnages ne se contentent pas de fautes de mœurs, mais commettent des meurtres réels et impitoyables. C'est un titre qui fonctionne comme un avertissement au spectateur sur la nature des actes commis à l'écran. En définitive, bien que moins poétique que l'original, "Sex crimes" résume parfaitement l'essence diabolique du scénario.