Le inspecteur Somerset, sur le point de prendre sa retraite, est contraint de faire équipe avec un jeune flic impulsif pour enquêter sur une série de meurtres sadiques. Chaque crime est méticuleusement mis en scène pour représenter l'un des sept péchés capitaux de la religion catholique. Les deux hommes plongent dans une ville pluvieuse et malsaine, traquant un tueur extrêmement méthodique qui se prend pour un instrument divin. Au fur et à mesure de leurs découvertes macabres, ils réalisent que le meurtrier planifie un ultime acte qui les touchera de très près.
Le scénario original a été écrit par Andrew Kevin Walker alors qu'il travaillait dans un magasin de vidéos à New York. Il s'inspirait de la grisaille et de la criminalité de la ville pour imaginer un tueur basant ses crimes sur les péchés capitaux. Le réalisateur David Fincher a été approché après le fiasco critique de son précédent film, Alien 3. Il a immédiatement été fasciné par l'aspect sombre et nihiliste du script, y voyant une opportunité de créer un thriller unique. Fincher s'est fortement inspiré de l'esthétique des films noirs des années 40, mais en y ajoutant une violence visuelle très contemporaine. Il voulait montrer une ville saturée de pluie, de saleté et de désespoir, presque comme un personnage à part entière. L'idée n'est pas tirée d'une histoire vraie, mais de l'observation des excès de la société américaine. La production a d'abord hésité, trouvant le script trop sombre, avant de céder face à la détermination du réalisateur. Fincher a insisté pour que chaque meurtre ne soit pas montré directement, mais suggéré, pour jouer sur l'angoisse du spectateur.
Les critiques professionnelles ont salué le film comme un chef-d'œuvre du genre, louant sa réalisation methodique et son atmosphère étouffante. Beaucoup de journalistes ont souligné l'intelligence du scénario qui parvient à renverser les codes du film de serial killer. La performance de Kevin Spacey, bien que brève, a été décrite comme terrifiante de froideur et de perfectionnisme. Le contraste entre les deux inspecteurs, interprétés avec brio par Freeman et Pitt, a été particulièrement apprécié par la presse spécialisée. Le public a été profondément marqué par cette plongée dans l'horreur, faisant du film un immense succès commercial à travers le monde. Les spectateurs ont été choqués par le dénouement inattendu, ce qui a provoqué de nombreux débats dans les halls de cinéma. L'ambiance déprimante du film a cependant repoussé une partie du public cherchant un divertissement plus léger. Malgré cela, le bouche-à-oreille a été extraordinairement puissant, transformant l'œuvre en un phénomène culturel des années 90. Le film n'a remporté aucun prix majeur aux Oscars, ce qui a été considéré comme un snob injuste envers le thriller. Il a toutefois été nommé pour le meilleur montage et a raflé de nombreuses récompenses dans des festivals spécialisés dans le fantastique.
David Fincher s'est inspiré des travaux du photographe Joel-Peter Witkin pour concevoir l'esthétique macabre des scènes de crime. Il a aussi regardé de très près le film "Le Silence des Agneaux" pour comprendre comment filmer la fascination morbide d'un enquêteur. Le réalisateur voulait que chaque plan reflète l'obsession du tueur, utilisant des angles de vue perturbants et une lumière très contrastée. Cette approche visuelle a permis de créer une tension palpable sans avoir besoin d'effets d'effroi artificiels. Le tournage a été épuisant à cause de la pluie artificielle continue, qui rendait les plateaux glissants et insalubres. Les acteurs étaient trempés en permanence, ce qui a nécessité des soins médicaux réguliers pour éviter les hypothermies, surtout pour Brad Pitt. La production a également dû faire face à des coupes budgétaires, forçant Fincher à improviser certaines scènes avec moins de moyens. La scène finale dans le désert a été tournée sous des températures caniculaires, créant un contraste brutal avec le froid du reste du film. La fameuse boîte n'a été révélée aux acteurs qu'au dernier moment pour capturer une réaction de dégoût totalement authentique. Le rôle de Somerset a d'abord été proposé à Robert De Niro ou Gene Hackman qui l'ont refusé avant que Morgan Freeman ne soit choisi.
Le film aborde de front la notion de péché capital, utilisant la théologie catholique comme une grille de lecture sanglante de la société moderne. Il dénonce l'apathie et l'indifférence des citoyens face à la souffrance, illustrée par le personnage de l'homme ligoté dans son lit. La ville elle-même est un thème central, présentée comme un enfer urbain où la criminalité coule dans les égouts au même titre que la pluie. L'œuvre interroge la frontière ténue entre la justice légale, souvent impuissante, et la justice divine punitive imaginée par le tueur. La culpabilité et la responsabilité morale sont explorées à travers les deux inspecteurs, qui se sentent complices malgré eux. Le film questionne également l'obsession du travail qui détruit les vies personnelles, comme le montre la solitude absolue de Somerset. La souffrance innocente est au cœur de l'intrigue, prouvant que dans un monde corrompu, ce sont les purs qui paient le prix fort. Enfin, le thème de l'inéluctabilité de la fatalité ronge chaque plan, suggérant que le mal est une force omniprésente impossible à vaincre totalement.
Dans les dernières minutes du film, John Doe révèle à Mills qu'il a tué sa femme, Tracy, et que sa tête se trouve dans la boîte livrée par le ravisseur. Doe avoue être jaloux de la vie normale de l'inspecteur, incarnant ainsi le péché d'envie, et veut forcer Mills à commettre le péché de colère. Somerset tente désespérément de raisonner Mills pour qu'il ne tire pas sur le tueur, sachant que cela ferait de lui l'instrument du psychopathe. Submergé par le chagrin et la rage, Mills abat Doe de plusieurs balles, accomplissant sans le vouloir le plan diabolique du meurtrier. Cette fin brise le mythe hollywoodien du héros triomphant, montrant que le mal a réussi à corrompre un homme bon. Somerset, bien qu'ayant décidé de prendre sa retraite, reste sur les lieux du crime pour épauler Mills dans ses derniers instants de liberté avant son arrestation. La dernière réplique du film, prononcée par Somerset, cite Hemingway pour dire que le monde mérite d'être combattu, mais n'est pas une place pour les faibles. Cette conclusion nihiliste laisse le spectateur dans un état de stupeur, sans aucune rédemption possible pour les personnages principaux.
Le titre "Seven" fait bien sûr référence aux sept péchés capitaux qui structurent l'ensemble du récit et la folie meurtrière du tueur. Écrit sous forme de chiffre plutôt qu'en toutes lettres, il donne au film un aspect froid, clinique et presque mathématique. Ce chiffre symbolise la perfection divine dans la religion chrétienne, une perfection que le tueur cherche obsessionnellement à atteindre par ses crimes. Il évoque également la notion de cycle et de finalité, car après le septième meurtre, la mission de l'assassin est achevée. Le titre impose d'emblée une contrainte narrative au spectateur, qui sait qu'il assistera à une descente graduelle vers les enfers en sept étapes. En dehors de la religion, le chiffre sept est souvent associé au mystère et à la chance, ce qui crée un paradoxe ironique avec l'horreur du scénario. La simplicité du titre contraste violemment avec la complexité des questionnements moraux soulevés par l'intrigue. Il fonctionne comme un compte à rebours implacable qui rapproche inexorablement les personnages de leur perte de contrôle.
La bande originale composée par Howard Shore est un chef-d'œuvre d'oppression sonore qui accompagne parfaitement la pluie battante du film. Le compositeur a utilisé des sons industriels, des nappes de synthétiseur grinçantes et des percussions lourdes pour créer une atmosphère anxiogène et claustrophobe. Ce n'est pas une musique mélodieuse, mais un tapis sonore brut qui s'infiltre dans l'esprit du spectateur, reflétant la folie grandissante du tueur. L'absence quasi totale de moments de répit dans la musique renforce le sentiment d'épuisement physique et psychologique ressenti par les deux inspecteurs. Le travail de Howard Shore sur ce film est souvent cité comme l'un des plus marquants de la musique de film des années 90, tant il parvient à devenir un personnage à part entière de l'histoire.