Kathryn Bolkovac, policière du Nebraska, s'engage comme volontaire pour une mission de maintien de la paix en Bosnie-Herzégovine au lendemain de la guerre. Sur place, elle découvre l'existence d'un réseau de trafic sexuel impliquant des mineures, protégé jusque dans les plus hautes sphères de l'administration internationale. Bravant les pressions et les menaces, elle tente de faire éclater la vérité au péril de sa carrière et de sa sécurité. Son combat pour dénoncer ce scandale la place bientôt seule face à un système entier prêt à tout pour étouffer l'affaire.
Le scénario, coécrit par la réalisatrice Larysa Kondracki et Eilis Kirwan, s'appuie directement sur les faits réels vécus par Kathryn Bolkovac, ancienne policière américaine devenue lanceuse d'alerte après sa mission en Bosnie à la fin des années 1990. Le film adapte le témoignage publié par Bolkovac elle-même sur cette affaire qui a éclaboussé les forces de maintien de la paix de l'ONU. Kondracki découvre l'histoire à travers des articles de presse et décide d'en faire son premier long-métrage de fiction après plusieurs années consacrées au documentaire. L'écriture vise à rester fidèle aux événements réels tout en construisant un récit de thriller psychologique porté par une héroïne confrontée à l'isolement total.
Le film reçoit un accueil favorable de la critique, saluant en particulier la prestation intense de Rachel Weisz dans le rôle principal, ainsi que la gravité du sujet traité sans complaisance. Certains observateurs jugent néanmoins la mise en scène parfois trop démonstrative dans sa volonté de choquer le spectateur face à la réalité du trafic dénoncé. Le public se montre marqué par la dureté du récit, plusieurs spectateurs qualifiant le film d'expérience éprouvante en raison de scènes jugées difficiles à regarder, tout en saluant l'importance du sujet abordé. Le film obtient notamment le prix de la meilleure réalisation au Festival international du film de Seattle, récompensant le travail de Larysa Kondracki pour ce premier long-métrage.
Kondracki explique s'être fortement appuyée sur le récit autobiographique de Kathryn Bolkovac ainsi que sur des recherches journalistiques approfondies pour reconstituer les événements avec la plus grande fidélité possible. Le tournage, mené notamment en Roumanie pour recréer l'atmosphère de la Bosnie d'après-guerre, a nécessité une reconstitution minutieuse des décors administratifs onusiens de l'époque. Le sujet extrêmement sensible du trafic sexuel de mineures a imposé une grande prudence dans le traitement visuel de certaines scènes, l'équipe cherchant à suggérer l'horreur sans jamais la montrer frontalement.
Le film dénonce frontalement la corruption et l'impunité au sein même des institutions censées protéger les populations civiles, questionnant la responsabilité collective face à des crimes couverts par le silence institutionnel. Il explore également le courage individuel face à un système tout-puissant, et le prix personnel payé par les lanceurs d'alerte lorsqu'ils choisissent de dénoncer l'indicible.
Kathryn parvient finalement à rendre publiques les preuves du trafic, mais au prix de son emploi et de sa sécurité personnelle, l'administration onusienne choisissant de la sacrifier plutôt que de reconnaître officiellement le scandale. Le film se termine sur une note amère qui souligne combien la vérité, une fois révélée, ne suffit pas toujours à obtenir justice face à des institutions protégées par l'immunité diplomatique.
Le titre français, Seule contre tous, insiste sur l'isolement complet de l'héroïne une fois son combat entamé, abandonnée par sa hiérarchie et exposée aux représailles. Le titre original, The Whistleblower, renvoie directement au terme anglais désignant les lanceurs d'alerte, ces citoyens qui choisissent de dénoncer publiquement des faits dissimulés par une organisation ou une institution.
Kathryn Bolkovac, dont l'histoire a inspiré le film, continue de témoigner publiquement sur les mécanismes de trafic sexuel liés aux missions internationales de maintien de la paix.
Spotlight de Tom McCarthy, Dark Waters de Todd Haynes, Erin Brockovich de Steven Soderbergh, She Said de Maria Schrader.