Dans un monde où le numérique a pris le contrôle total de nos vies, cinq destins de personnages ordinaires basculent dans l'absurde à cause de la technologie. Une mère de famille dépend de façon obsessionnelle des notes d'un algorithme pour éduquer ses enfants, tandis qu'un enseignant voit sa vie ruinée par un buzz involontaire. Un autre homme tente désespérément de récupérer l'amour de sa vie via une intelligence artificielle. Chacun va se retrouver confronté à sa propre dépendance aux écrans à travers des situations rocambolesques.
L'idée originelle de ce film à sketches est née du désir collectif de plusieurs réalisateurs et scénaristes français de dresser une satire féroce de notre addiction aux smartphones et aux réseaux sociaux. L'inspiration découle directement de l'observation ironique de notre quotidien, où la quête permanente de validation numérique dicte les rapports humains. Ce n'est pas l'adaptation d'un livre, mais un miroir déformant de la société moderne influencé par la célèbre série Black Mirror, traitée ici sous l'angle de la comédie de mœurs. Les auteurs ont voulu pousser à l'extrême les travers technologiques actuels pour en révéler le ridicule tragique. Le projet s'est construit de manière collaborative pour l'écriture des différentes segments.
La presse cinématographique française a salué cette comédie chorale pour sa lucidité, son cynisme salvateur et la drôlerie féroce de ses situations. Les critiques ont particulièrement applaudi les segments portés par Blanche Gardin et Max Boublil, parfaits en archétypes de la dérive technologique. Le public a réagi avec beaucoup de rires et une pointe d'autodérision, s'amusant à reconnaître ses propres travers numériques à l'écran. Les spectateurs ont souligné la pertinence sociale du propos malgré les outrances inhérentes au format du film à sketches. Sorti peu avant la fermeture des salles de l'année 2020, il a néanmoins obtenu un joli succès d'estime et s'est rattrapé sur les plateformes de streaming. Le long-métrage a été présenté dans plusieurs festivals de comédie en France où il a été chaleureusement accueilli.
Les réalisateurs se sont inspirés des codes graphiques des applications mobiles pour intégrer des éléments visuels d'écrans directement dans la mise en scène. La principale difficulté de production consistait à donner une cohérence visuelle globale au film alors que cinq cinéastes différents dirigeaient chacun leur propre sketch. Pour une scène particulière où un mariage tourne au désastre à cause d'une absence de réseau, le tournage a donné lieu à de grands moments d'improvisation comique. Le casting initialement prévu s'est construit en réunissant la fine fleur de l'humour et du cinéma d'auteur français, séduite par l'acidité du scénario.
Le film aborde de front la tyrannie des algorithmes, la perte de la vie privée à l'ère d'Internet et la solitude moderne masquée par les connexions virtuelles. Il explore également le besoin maladif de reconnaissance sociale à travers les mentions J'aime et le harcèlement involontaire généré par les réseaux sociaux. La superficialité des échanges humains y est moquée.
La conclusion générale du film réunit les différents arcs narratifs dans un final grinçant où la technologie finit par bugger de manière globale. Privés soudainement de leurs béquilles numériques, les personnages se retrouvent obligés de se regarder en face et de réapprendre à communiquer de manière réelle. C'est une invitation ironique à lever les yeux de nos écrans.
Le titre Selfie résume à lui seul l'égocentrisme et le narcissisme moderne générés par l'usage abusif des smartphones, symbolisant une société qui préfère photographier sa vie plutôt que de la vivre.
Le long-métrage est devenu un objet de discussion sociologique intéressant pour illustrer les dérives numériques lors de conférences sur la déconnexion technologique.
Black Mirror, Les Nouveaux Sauvages (2014), En Route Pour L'Enfer (2018), Effacer l'historique (2020).