Rama, jeune romancière, se rend à la cour d'assises de Saint-Omer pour assister au procès de Laurence Coly, une femme accusée d'avoir abandonné sa fille de quinze mois sur une plage du nord de la France, laissée mourir à la marée montante. Venue dans l'idée d'écrire un livre inspiré du mythe de Médée, Rama voit peu à peu ses certitudes vaciller à mesure que se déroulent les témoignages et les explications de l'accusée. Le procès devient le miroir de ses propres interrogations sur la maternité, l'héritage familial et la place des femmes issues de l'immigration en France.
Saint Omer est le premier long métrage de fiction d'Alice Diop, jusque-là documentariste reconnue pour des films comme La Permanence ou Nous. Le projet s'inspire directement de l'affaire Fabienne Kabou, mère franco-sénégalaise condamnée en 2017 pour l'infanticide de sa fille de quinze mois, abandonnée en 2013 sur la plage de Berck-sur-Mer. Bouleversée par cette affaire, la réalisatrice a assisté elle-même au procès réel avant d'en tirer, avec la scénariste Amrita David et l'écrivaine Marie NDiaye, un récit de fiction qui interroge la monstruosité et la maternité à travers le regard d'une romancière venue observer les débats.
Résumé des critiques professionnelles : Le film a été unanimement salué par la critique française et internationale, plusieurs observateurs évoquant l'un des meilleurs films de l'année, porté par la puissance de sa mise en scène, de sa direction d'actrices et par l'intensité de son dispositif quasi-documentaire tourné en huis clos judiciaire. La performance de Guslagie Malanda dans le rôle de l'accusée a été particulièrement saluée pour sa complexité insondable. Réception du public : Bien que sorti sur un nombre limité de copies, le film a rencontré un accueil enthousiaste, porté par la reconnaissance critique et festivalière dont il a bénéficié dès sa présentation à Venise. Récompenses obtenues : Saint Omer a remporté le Lion d'argent, Grand Prix du jury, et le Lion du futur du meilleur premier film à la Mostra de Venise 2022, ainsi que le Prix Jean Vigo. Il a ensuite reçu le César du meilleur premier film et le Prix Louis-Delluc, et a représenté la France aux Oscars 2023 dans la catégorie du meilleur film international, où il a figuré dans la présélection des quinze films finalistes sans être retenu parmi les nommés.
Inspirations du réalisateur : Alice Diop a assisté personnellement au procès réel de Fabienne Kabou, dont l'affaire l'a profondément marquée, avant de choisir de raconter cette histoire par le biais d'un personnage de fiction, la romancière Rama, qui lui permet de mettre en scène sa propre position de spectatrice et d'interroger sa relation intime au sujet du film.
Le film explore la maternité dans ce qu'elle peut avoir de plus sombre et de plus incompréhensible, ainsi que le poids du regard social et racial porté sur une femme noire jugée pour un crime aussi terrible qu'un infanticide. Il interroge aussi la transmission entre mères et filles, la solitude de l'immigration et la manière dont un procès peut devenir le miroir des propres failles de celle qui l'observe.
Le film se referme sans offrir d'explication définitive au geste de Laurence Coly, refusant tout verdict psychologique simple sur les raisons de l'infanticide. Cette absence de résolution nette est un choix assumé de la réalisatrice, qui préfère laisser le spectateur, comme Rama, dans le trouble suscité par la parole de l'accusée plutôt que de proposer une explication rassurante.
Le titre Saint Omer désigne la ville du nord de la France où se tient le procès de Laurence Coly, choisissant de nommer le film d'après ce lieu judiciaire précis plutôt que d'après ses personnages, pour souligner la dimension collective et sociale de l'affaire plutôt que son seul aspect individuel.
Sorti en salles le 23 novembre 2022, Saint Omer a confirmé la reconnaissance critique d'Alice Diop, récompensée depuis par le César du meilleur premier film, et reste régulièrement cité parmi les films français les plus marquants du début des années 2020.
Saint Omer peut être rapproché d'autres films de procès explorant la culpabilité féminine et la maternité, comme Anatomie d'une chute de Justine Triet, ainsi que des précédents documentaires d'Alice Diop, notamment La Permanence, dont il prolonge certaines préoccupations sociales.