Hando est le leader charismatique et violent d'un gang de skinheads néonazis basé à Melbourne, en Australie. Le groupe passe ses journées à terroriser la communauté vietnamienne locale, qu'il accuse d'effacer l'identité de leur quartier. L'équilibre du gang est bouleversé par l'arrivée de Gabe, une jeune fille riche et instable en fuite qui devient la maîtresse de Hando. Alors que les affrontements avec la communauté asiatique s'intensifient, les tensions internes et la paranoïa menacent de détruire le groupe de l'intérieur.
L'idée originelle de ce drame social coup de poing est venue des vagues de violence urbaine qui secouaient la jeunesse marginalisée de Melbourne au début des années 1990. Le réalisateur Geoffrey Wright s'est inspiré de faits réels et d'entretiens menés avec d'anciens membres de mouvements extrémistes pour écrire son scénario. L'inspiration découle de la volonté de radiographier la haine raciale sans fard ni glamour, en adoptant un style brut proche du cinéma direct. Le projet a été conçu comme une œuvre coup de poing destinée à dénoncer la misère intellectuelle et la dérive fasciste d'une frange délaissée de la société australienne.
La critique professionnelle a accueilli le film avec une certaine stupeur, saluant l'interprétation viscérale de Russell Crowe mais s'inquiétant de la violence graphique crue de certaines séquences. Plusieurs journalistes ont loué le courage du réalisateur à traiter un sujet aussi tabou avec une telle honnêteté brute. Le public s'est montré profondément secoué par l'œuvre, qui a suscité de vifs débats de société en Australie lors de sa sortie en salles. Le long-métrage est devenu une œuvre de référence sur la sous-culture skinhead. Lors des AFI Awards australiens, le film a raflé plusieurs récompenses majeures, notamment celle du Meilleur Acteur pour Russell Crowe.
Le réalisateur s'est inspiré des techniques visuelles nerveuses d'Orange Mécanique pour filmer la violence stylisée des affrontements de rue. La production a fait face à de nombreuses difficultés de tournage, l'équipe ayant été parfois confrontée à l'hostilité de passants persuadés d'assister à de véritables agressions racistes. Lors d'une scène de bagarre générale dans un entrepôt, les acteurs se sont tellement investis que plusieurs d'entre eux s'en sont tirés avec de vraies ecchymoses. Pour le casting initial, le rôle de Davey a été confié à Daniel Pollock, un ami proche du réalisateur dont la performance habitée a marqué les esprits avant sa disparition tragique peu après le tournage.
Le film traite de la haine raciale, de la xénophobie systémique, de la quête pathologique d'appartenance identitaire et de l'autodestruction sociale. Il démonte les mécanismes psychologiques de l'endoctrinement de groupe et de la manipulation par la violence.
La fin du film se déroule sur une plage sauvage où les derniers survivants du gang tentent d'échapper à la police. Gabe, réalisant la folie meurtrière de Hando, se retourne contre lui tandis que Davey, pour protéger la jeune femme, abat son leader charismatique, laissant les personnages brisés face à l'immensité de l'océan.
Le titre fait référence à l'argot désignant les chaussures coquées de marque Doc Martens utilisées par les skinheads, symbolisant la violence piétinante et l'ancrage destructeur de leur idéologie de rue.
Le film est resté célèbre pour avoir lancé la carrière internationale de Russell Crowe et a fait l'objet d'une suite sous forme de série télévisée en Australie en 2018 pour analyser l'évolution des mouvements nationalistes.
American History X, This Is England, Orange Mécanique, Green Room.