Romaine est une trentenaire gaffeuse, menteuse et profondément indécise qui s'envole pour le Canada avec son compagnon Justin pour y commencer une nouvelle vie. Paniquée à l'idée de cet engagement, elle lui annonce en plein vol qu'elle ne l'aime plus, provoquant leur rupture immédiate dès l'atterrissage. Seule, sans argent et perdue au cœur de l'hiver québécois par moins trente degrés, elle entame un voyage loufoque et initiatique. Entre rencontres excentriques et mensonges récurrents, Romaine va devoir apprendre à se trouver elle-même.
L'origine de cette comédie givrée provient du désir de la réalisatrice Agnès Obadia de dresser le portrait d'une anti-héroïne moderne attachante et imparfaite. Elle s'est inspirée de ses propres voyages et de sa fascination pour le décalage culturel et thermique ressenti par les Européens arrivant au Québec en hiver. L'idée de départ était de confronter un personnage immature et fuyant à la rudesse d'un climat extrême pour la forcer à grandir. Le personnage de Romaine avait déjà été ébauché par la réalisatrice dans un court-métrage précédent, et elle souhaitait lui offrir une aventure à sa démesure.
Les critiques de la presse française ont accueilli le film de manière mitigée, tout en saluant la performance comique de Sandrine Kiberlain. De nombreux journalistes ont souligné le charme de cette comédie excentrique qui évite soigneusement les clichés trop lourds sur le Québec. La drôlerie des situations absurdes nées des mensonges pathologiques de l'héroïne a été saluée par une partie des critiques. En revanche, certains professionnels ont regretté un manque de rigueur dans l'évolution narrative et un rythme parfois inégal.
Le public a répondu présent avec une curiosité bienveillante, séduit par la fantaisie naturelle de l'actrice principale et le dépaysement offert par les décors canadiens. Les amateurs de comédies de mœurs à la française ont apprécié la fraîcheur du ton et l'aspect road-movie hivernal. Le film a réalisé un score honorable en salles, trouvant son public principalement grâce au capital sympathie de son duo d'acteurs. Il bénéficie depuis d'une jolie carrière lors de ses diffusions à la télévision.
Bien que le film n'ait pas été conçu pour courir après les récompenses académiques, il a été présenté dans plusieurs festivals de comédie francophone. Sandrine Kiberlain a parfois été nommée ou saluée dans des sélections amicales pour son timing comique irrésistible et sa poésie burlesque. Le film a également permis de resserrer les liens de coproduction artistique entre la France et le Canada. L'accueil chaleureux lors de sa présentation au Québec a été l'une des plus belles victoires de l'équipe.
Agnès Obadia s'est beaucoup inspirée de la comédie burlesque américaine classique, notamment du cinéma de Woody Allen, pour créer les névroses bavardes de son personnage principal. Elle voulait utiliser le froid polaire comme un élément comique visuel à part entière.
Le tournage s'est déroulé en plein hiver québécois, confrontant l'équipe française à des températures réelles frôlant effectivement les moins trente degrés. Sandrine Kiberlain, peu habituée à ces conditions extrêmes, a dû porter de multiples couches de vêtements techniques sous ses costumes pour pouvoir jouer ses scènes sans geler sur place. Les caméras devaient être enveloppées dans des couvertures chauffantes pour éviter que les batteries ne lâchent au bout de dix minutes. L'équipe locale canadienne, habituée à ces hivers rigoureux, s'amusait beaucoup de la détresse frigorifiée des techniciens parisiens.
Une scène particulièrement cocasse montre Romaine perdue sur une route déserte, tentant d'arrêter une motoneige en détresse. Le tournage de cette séquence a nécessité l'arrêt complet d'une portion de route forestière sous une véritable tempête de neige. L'actrice a dû répéter ses chutes dans la poudreuse à plusieurs reprises, ce qui a provoqué d'énormes fous rires sur le plateau.
Le rôle de Romaine a été écrit sur mesure pour Sandrine Kiberlain, la réalisatrice ne concevant pas une autre actrice capable d'incarner cette maladresse poétique. Pour donner la réplique à cette héroïne déconnectée, Pascal Elbé a été choisi pour son flegme et sa capacité à jouer les hommes normaux dépassés par les événements. Leur duo a fonctionné immédiatement dès les premières lectures de scénario.
Le long-métrage traite avec légèreté de la crise de la trentaine, de l'incapacité à s'engager et de la peur de l'avenir. Le mensonge y est exploré comme un mécanisme de défense absurde mais nécessaire pour se réinventer loin de son passé. Le dépaysement géographique sert de moteur à une véritable quête d'identité et à l'apprentissage de l'indépendance. Enfin, le film jette un regard tendre et amusé sur le choc culturel entre cousins français et québécois.
À la fin du voyage, après avoir accumulé les catastrophes et les quiproquos, Romaine cesse enfin de mentir et assume ses choix face à elle-même. Elle décide de rester au Québec pour un temps, non plus pour fuir, mais pour commencer une vie authentique selon ses propres termes. La scène finale la montre souriante et sereine au milieu des paysages enneigés, symbolisant sa renaissance et sa maturité enfin acquise. Elle a troqué sa panique maladive contre une belle confiance en l'avenir.
Le titre articule avec humour le prénom très ensoleillé de l'héroïne, qui évoque le Sud et l'Italie, avec la rudesse thermique de l'hiver canadien. Il résume à lui seul le pitch du film : une femme inadaptée plongée dans un environnement extrême. C'est un choc thermique qui annonce le choc existentiel que va subir le personnage.
Le film est régulièrement rediffusé lors des soirées d'hiver à la télévision française, offrant un divertissement familial chaleureux. Il reste un témoignage amusant de la comédie des années 2000 menée par une Sandrine Kiberlain au sommet de sa forme.
Les amateurs de comédies initiatiques et de personnages féminins gaffeurs aimeront sans aucun doute Le Journal de Bridget Jones, ou encore Je m'appelle Elisabeth. On peut aussi penser à La Grande Séduction pour l'humour typiquement québécois.