En Argentine, au milieu des années 70, juste avant le coup d'État, un avocat renommé voit sa vie basculer suite à une altercation violente dans un restaurant. Refusant d'affronter les conséquences de ses actes, il choisit de nier la réalité et de continuer sa vie comme si de rien n'était. Alors qu'une enquête commence sur la disparition d'un homme, la paranoïa et le silence s'installent peu à peu dans la petite ville. Ce thriller politique dépeint avec une précision chirurgicale comment une société entière peut se complaire dans le déni avant de sombrer dans l'horreur.
L'idée originelle est née de la volonté de Benjamín Naishtat d'explorer la complicité silencieuse de la classe moyenne argentine lors de la montée en puissance de la dictature militaire. Il a voulu montrer que l'horreur n'a pas toujours besoin de monstres, mais se nourrit surtout de l'indifférence et de la peur de citoyens ordinaires. L'écriture du scénario s'est faite en mélangeant les codes du polar noir et ceux du drame politique historique. Le réalisateur s'est inspiré des témoignages d'époque pour construire une atmosphère de tension diffuse et constante. Le film a été conçu comme un avertissement sur la fragilité des démocraties face à l'acceptation insidieuse de la violence. Le projet visait à questionner la responsabilité de chacun dans le basculement d'une société.
La presse internationale a salué la maîtrise du réalisateur à créer une atmosphère de malaise croissant sans jamais recourir à la démonstration sanglante. Les critiques ont été impressionnés par la performance de Darío Grandinetti, qui incarne avec une froideur glaciale l'avocat complice. La mise en scène, précise et sans fioritures, a été comparée aux meilleurs thrillers politiques des années 70. Le public a été captivé par cette plongée dans les coulisses du pouvoir et de la morale défaillante. Les retours soulignent souvent le réalisme troublant de la peinture sociale de l'époque. Le film a reçu un excellent accueil critique dans les festivals, notamment à Saint-Sébastien, où il a été récompensé pour sa réalisation et son interprétation.
Le réalisateur a choisi d'utiliser une colorimétrie spécifique, aux teintes rouges et sépia, pour souligner le climat oppressant de l'époque. La principale difficulté de production a été de trouver des décors qui n'avaient pas été transformés par la modernité pour reconstituer les années 70. Pour une scène particulière au restaurant, l'équipe a dû travailler sur les détails de l'époque pour rendre chaque geste naturel. Le tournage s'est déroulé dans une ambiance très professionnelle, marquée par une grande attention portée à la psychologie des personnages. Les acteurs ont beaucoup travaillé sur le non-dit pour exprimer la peur et la paranoïa.
Le film aborde la complicité silencieuse face à l'injustice et au crime. La dénégation comme mécanisme de survie sociale est disséquée avec une grande acuité. La montée du totalitarisme est montrée à travers les petits compromis moraux du quotidien. Enfin, la fragilité des valeurs démocratiques face à la peur et à l'intérêt personnel constitue le cœur de la réflexion.
La fin montre le basculement irréversible de la société vers le coup d'État, rendant le crime de l'avocat non seulement impuni, mais presque banal dans un climat de terreur généralisée. L'homme continue sa vie en profitant du système qu'il a aidé à mettre en place par son indifférence. Le dernier plan suggère que la morale n'est plus qu'un lointain souvenir dans un pays dévasté par la violence. C'est une conclusion cynique et réaliste sur la nature humaine. La justice n'a pas triomphé, elle a simplement cessé d'exister.
Le titre « Rojo » (Rouge) évoque à la fois la couleur du sang versé, la violence politique latente et peut-être le danger qui se rapproche inexorablement de la petite ville.
La bande originale, composée de musiques d'époque inquiétantes, renforce la tension et le sentiment d'imminence d'une catastrophe politique majeure.
Ce film rappelle la noirceur de Z de Costa-Gavras ou le climat paranoïaque de La Conversation de Francis Ford Coppola.