Nick Walker, flic de Boston tué dans l'exercice de ses fonctions par son partenaire corrompu, se retrouve recruté par la R.I.P.D. — la Brigade des Défunts — une agence de police de l'au-delà chargée de traquer les morts qui refusent de passer dans l'autre monde et se cachent parmi les vivants. Associé à Roy Pulsipher, un vieux cow-boy de l'Ouest sauvage aussi pittoresque qu'efficace, il va découvrir que le complot qui a causé sa mort est bien plus grand qu'il ne le pensait et menace l'équilibre entre les vivants et les morts. Une comédie d'action surnaturelle qui associe le buddy movie et le film fantastique avec un humour décalé et des effets visuels généreux.
R.I.P.D. est l'adaptation de la bande dessinée Rest in Peace Department de Peter M. Lenkov, publiée chez Dark Horse Comics, qui combinait les codes du buddy cop movie avec un univers fantastique de chasseurs de morts-vivants dans la tradition des comics américains. Universal Pictures voyait dans ce matériau le potentiel d'une franchise dans l'esprit de Men in Black — un duo improbable de policiers traitant des affaires surnaturelles — et avait alloué un budget conséquent pour réaliser ses ambitions. Robert Schwentke, réalisateur allemand qui avait su manier le mélange des genres avec RED, était un choix naturel pour un film qui demandait une gestion équilibrée entre l'action, l'humour et les effets visuels. Le casting de Ryan Reynolds et Jeff Bridges cherchait à recréer la dynamique de duo contrastée qui avait fait le succès de Men in Black — le jeune recrue contemporain et le vétéran excentrique de l'au-delà — avec deux personnalités comiques aux styles radicalement opposés. Les scénaristes Phil Hay et Matt Manfredi ont cherché à intégrer une dimension émotionnelle sincère à travers le deuil de Nick et son incapacité à lâcher sa vie passée, donnant au film un cœur dramatique qui devait dépasser la simple comédie d'action.
Résumé des critiques professionnelles : R.I.P.D. a reçu des critiques très sévères, les journalistes dénonçant un film qui se contente de recycler la formule de Men in Black sans lui apporter le moindre élément original ou la moindre créativité propre. L'humour a été jugé laborieux, les effets visuels peu impressionnants pour leur coût et le scénario d'une paresse narrative décourageante. La performance de Jeff Bridges, dans un registre de parodie outranciére du vieux cow-boy, a divisé — certains y voyant une auto-dérision jouissive, d'autres un effort désespéré de sauver un matériau indigent.
Réception du public : Le film a été un échec commercial cuisant, réalisant à peine soixante-dix-huit millions de dollars de recettes mondiales pour un budget de cent trente millions de dollars, ce qui en fait l'un des plus grands flops de l'année 2013. Le public, même celui des films de super-héros et d'action fantastique, a boudé massivement un film que le bouche-à-oreille négatif a rapidement enterré.
Récompenses obtenues : R.I.P.D. a reçu plusieurs nominations aux Razzie Awards, notamment pour le pire remake ou pire film dérivé. Il figure régulièrement dans les listes des plus grands échecs commerciaux et artistiques de la décennie.
Inspirations du réalisateur : Robert Schwentke s'est explicitement inspiré de Men in Black comme modèle de référence pour le ton et la structure du film, reconnaissant ouvertement que le projet cherchait à reproduire la formule du duo contrasté face à des créatures surnaturelles dans un cadre de buddy cop movie.
Difficultés de production : La création des créatures fantomatiques qui se cachent parmi les vivants — et n'apparaissent dans leur vraie forme qu'aux agents de la R.I.P.D. — représentait un défi d'effets visuels considérable qui a absorbé une grande partie du budget. Le résultat final a été jugé décevant par rapport aux moyens investis.
Anecdote sur une scène particulière : La gimmick comique selon laquelle Nick et Roy apparaissent aux yeux des vivants sous des apparences totalement différentes — une vieille dame et un playboy de la mode — a été l'idée la plus originale du film, exploitée avec plus ou moins de bonheur dans plusieurs scènes où les acteurs jouent avec le décalage entre leur propre performance et ce que les autres personnages voient.
R.I.P.D. explore le thème du deuil et de l'incapacité à lâcher les attaches de la vie, Nick symbolisant tous ceux qui refusent d'accepter leur mort et cherchent à rester dans le monde des vivants plutôt que de passer à autre chose. La corruption et la trahison au sein des institutions — Nick a été tué par son propre partenaire — donnent au film une dimension de revenge narrative classique. La question de ce qui nous attend après la mort est traitée avec légèreté mais constitue le cadre métaphysique fondamental du récit. Le duo contrasté, archétype du buddy movie, permet d'explorer les différences générationnelles et de valeurs entre un policier contemporain et un cow-boy de l'ère victorienne. Enfin, l'amour comme lien indissoluble entre les vivants et les morts est le moteur émotionnel de la quête de Nick.
La résolution du film voit Nick et Roy déjouer le complot qui menaçait la frontière entre les vivants et les morts, Nick ayant finalement accepté de laisser aller sa vie passée — y compris sa femme — pour accomplir sa mission dans l'au-delà. Cette acceptation constitue l'arc émotionnel central du film : le personnage apprend que s'accrocher aux attaches de la vie est précisément ce que combattent les agents de la R.I.P.D. La fin propose une résolution émotionnelle sobre dans un film qui n'a pas toujours la sophistication narrative de ses ambitions.
R.I.P.D. est l'acronyme de Rest in Peace Department — le Département du Repos Éternel — jouant sur l'expression anglaise "Rest in Peace" (Repose en Paix) traditionnellement gravée sur les pierres tombales. Ce titre-acronyme pastiche délibérément la structure des sigles d'agences gouvernementales de films comme M.I.B. (Men in Black) ou C.I.A., signalant immédiatement le positionnement du film comme dérivé de ces codes et de ces références. La Brigade Fantôme du titre français est une traduction qui perd le jeu de mots mais maintient la dimension policière et fantomatique.
R.I.P.D. est aujourd'hui cité comme un exemple emblématique d'échec commercial et artistique d'un film qui cherchait à créer une franchise sans avoir les idées originales nécessaires pour justifier son existence. Ryan Reynolds, dont la carrière a connu ensuite un tournant majeur avec Deadpool (2016), a régulièrement plaisanté sur l'échec cuisant de ce film. Jeff Bridges a déclaré regretter d'avoir participé à un projet qui ne lui a pas permis de donner la mesure de son talent. Le film reste un cas d'école de l'adaptation bâclée d'un matériau de comics.
Men in Black de Barry Sonnenfeld (1997) est la référence directe et incontournable dont R.I.P.D. s'inspire ouvertement. Ghost de Jerry Zucker (1990) explore des thèmes similaires de mort non acceptée et de communication entre les vivants et les morts dans un registre radicalement différent. Beetlejuice de Tim Burton (1988) traite des morts qui refusent de quitter notre monde avec un humour surréaliste bien supérieur. Ghostbusters d'Ivan Reitman (1984) reste la référence absolue de la chasse aux entités surnaturelles comédie. Enfin, Bright de David Ayer (2017) sur Netflix partage la même idée du policier qui doit gérer des créatures magiques dans un monde contemporain.