Six malfaiteurs, désignés uniquement par des noms de couleurs pour préserver leur anonymat, se retrouvent dans un entrepôt désaffecté après qu'un braquage de bijouterie a brutalement tourné au carnage. L'un d'eux, Monsieur Orange, agonise, victime d'une balle dans le ventre, tandis que ses complices tentent de comprendre comment la police a pu être prévenue à l'avance. Les soupçons se portent rapidement sur la présence d'une taupe infiltrée au sein du groupe, exacerbant la paranoïa et la violence entre les gangsters. Le film retrace, par une narration éclatée, les événements qui ont précédé et suivi ce braquage raté.
Reservoir Dogs n'est pas tiré d'un livre mais d'un scénario original écrit par Quentin Tarantino, qui signe ici son premier long métrage après avoir longtemps travaillé comme employé de vidéoclub. Le cinéaste a ouvertement reconnu s'être inspiré du film hongkongais City on Fire de Ringo Lam, dont plusieurs éléments de l'impasse mexicaine finale et de la structure narrative se retrouvent dans son propre scénario. Tarantino a également puisé dans le film noir français, les œuvres de Jean-Pierre Melville comme Le Samouraï, ainsi que dans Les Pirates du métro pour l'idée de donner des noms de couleurs à ses personnages. Initialement envisagé comme un film amateur tourné avec des moyens très limités, le projet a pris de l'ampleur grâce à l'implication de l'acteur Harvey Keitel, séduit par le scénario et prêt à investir personnellement dans la production. Le titre du film viendrait d'un client du vidéoclub où travaillait Tarantino, qui aurait déformé le titre Au revoir les enfants de Louis Malle en Reservoir Dogs.
La critique a salué avec enthousiasme ce premier long métrage, saluant les dialogues stylisés, la narration non linéaire et les performances de l'ensemble du casting, en particulier Harvey Keitel et Michael Madsen. Le film est aujourd'hui considéré comme un classique du cinéma indépendant et un film culte, régulièrement cité parmi les meilleurs débuts de réalisateur de l'histoire du cinéma. Le public a réservé un accueil enthousiaste au film après sa présentation remarquée au Festival de Sundance 1992, où il est devenu le film le plus commenté de l'édition avant d'être distribué par Miramax ; le succès commercial est resté modeste aux États-Unis mais bien plus important au Royaume-Uni. Reservoir Dogs a remporté le prix de la critique au Festival international du film fantastique de Yubari en 1993, tandis que Steve Buscemi a reçu l'Independent Spirit Award du meilleur second rôle masculin la même année.
Quentin Tarantino a ouvertement reconnu son admiration pour le film hongkongais City on Fire de Ringo Lam, dont plusieurs éléments narratifs et visuels ont directement influencé son propre scénario. Le tournage s'est déroulé dans un ancien funérarium désaffecté transformé en entrepôt, un décor qui explique la présence du corbillard sur lequel s'assoit le personnage de Monsieur Blonde durant certaines scènes. Tarantino a choisi de ne jamais montrer le braquage lui-même à l'écran, un choix d'abord motivé par des raisons budgétaires avant de devenir un parti pris artistique assumé, laissant le spectateur imaginer les détails de l'opération. Le film a connu une sortie vidéo retardée au Royaume-Uni jusqu'en 1995, la British Board of Film Classification ayant d'abord refusé de lui accorder une certification pour une diffusion en vidéo à domicile en raison de sa violence.
Reservoir Dogs explore la trahison et la paranoïa au sein d'un groupe de criminels confrontés à l'échec cuisant de leur plan, chacun soupçonnant l'autre d'être un indicateur de police. Le film interroge aussi les codes d'honneur, souvent illusoires, du milieu criminel, ainsi que la violence comme langage ultime lorsque la confiance entre les hommes s'effondre.
L'origine exacte du titre est restée longtemps mystérieuse, Tarantino ayant lui-même entretenu le doute en interview ; il aurait pour origine la déformation par un client de vidéoclub du titre français Au revoir les enfants de Louis Malle, mal prononcé et compris comme Reservoir Dogs.
On peut rapprocher Reservoir Dogs de City on Fire de Ringo Lam, sa principale source d'inspiration hongkongaise, ainsi que d'autres films de braquage ratés mettant en scène des malfaiteurs anonymisés, comme Heat de Michael Mann.