Dans le New York du début des années 1990, un groupe de jeunes artistes et marginaux lutte pour survivre dans l'East Village, entre la misère, le sida et la drogue. Mark, cinéaste sans le sou, et Roger, musicien séropositif à la recherche de sa grande chanson, partagent un appartement dont ils refusent de payer le loyer à leur ancien ami Tom Collins devenu promoteur immobilier. Autour d'eux gravitent Mimi, danseuse de cabaret et séropositive, Maureen la performeuse exubérante, et Angel, le drag queen au grand cœur. C'est l'adaptation de la comédie musicale de Broadway qui a remporté le prix Pulitzer et le Tony Award du meilleur spectacle.
Rent est l'adaptation de la comédie musicale éponyme de Jonathan Larson, créée à Broadway en 1996 et devenue l'un des spectacles les plus influents et les plus aimés de l'histoire du théâtre musical américain. Larson, qui avait travaillé pendant des années sur ce projet en vivant lui-même dans la précarité à New York, est mort d'une dissection aortique la nuit de la première générale de son spectacle en janvier 1996, sans avoir pu assister au triomphe qui suivit. Rent était lui-même une adaptation de l'opéra La Bohème de Puccini, transposée dans le New York des années 1980-1990 à l'époque de la crise du sida. Chris Columbus, réalisateur des deux premiers Harry Potter, avait vu le spectacle dès ses débuts et avait nourri pendant des années l'ambition de l'adapter au cinéma. Sa décision de conserver la quasi-totalité du casting original de Broadway — dont plusieurs membres avaient joué le spectacle pendant dix ans — était un choix fort qui signifiait que les interprètes seraient plus âgés que leurs personnages, mais qui garantissait une authenticité et une maîtrise musicale incomparables. Le film a été coproduit par Sony Pictures et Columbia Pictures avec un budget de 45 millions de dollars.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a été partagée : les inconditionnels de la comédie musicale originale et les professionnels qui connaissaient l'œuvre ont salué les performances vocales et la sincérité émotionnelle du film, tandis que d'autres ont estimé que le format cinématographique ne permettait pas de retrouver la magie de la scène. La décision de conserver des acteurs visiblement plus âgés que leurs personnages a également été discutée.
Réception du public : Le film a réalisé des recettes mondiales d'environ 29 millions de dollars pour un budget de 45 millions — un résultat décevant qui témoigne de la difficulté à transposer un succès de Broadway au cinéma pour un public plus large. Les fans de la comédie musicale ont constitué le cœur de l'audience, mais le film n'a pas réussi à toucher le grand public non familier avec l'œuvre.
Récompenses obtenues : Le film n'a pas reçu de nominations aux grandes cérémonies. Idina Menzel et les autres interprètes ont reçu des nominations dans des cérémonies dédiées aux comédies musicales. La bande originale a connu une diffusion importante auprès des fans.
Inspirations du réalisateur : Chris Columbus a cherché à rester le plus fidèle possible à l'esprit du spectacle original, en conservant non seulement la musique et les paroles mais aussi l'énergie et l'intimité de la mise en scène de Broadway. Il voulait que le film soit un document de ce que cette comédie musicale avait représenté pour une génération d'artistes new-yorkais, un témoignage de l'époque autant qu'un divertissement.
Difficultés de production : Tourner une comédie musicale dans les rues réelles de New York, en extérieur, a posé des défis considérables pour les scènes chantées — la synchronisation du son, la gestion des bruits ambiants et la continuité musicale dans des espaces non contrôlés ont nécessité des solutions techniques innovantes. Columbus a décidé que les acteurs chanteraient en direct sur le plateau pour certaines scènes, plutôt que de mimer sur une playback, ce qui donnait aux performances une spontanéité et une vulnérabilité précieuses.
Anecdote sur une scène particulière : La scène d'ouverture Seasons of Love, dans laquelle le cast entier chante face caméra dans un espace nu, a été tournée en une seule journée dans les studios de Culver City. Columbus voulait que cette séquence, emblème du spectacle original, soit filmée avec une simplicité totale — pas de décor, pas d'effets, juste les visages et les voix des interprètes.
Rent est une célébration de la vie et de l'art dans un contexte de mortalité et de précarité — la crise du sida est le fond sur lequel se détachent tous les destins des personnages, et leur façon de continuer à créer, à aimer et à rêver face à la mort est le sujet profond du film. La bohème artistique et la marginalité volontaire comme modes de résistance au conformisme sont au cœur du propos, dans une tradition qui remonte à La Bohème de Puccini et aux romantiques du XIXe siècle. La solidarité dans la communauté LGBTQ+ et la lutte pour la visibilité et la dignité dans une Amérique encore peu favorable à ces combats sont des thèmes politiques importants du film. Rent pose également la question de la valeur de l'art dans une société mercantile — le loyer que refusent de payer les personnages est une métaphore du refus de soumettre leur vie créatrice aux exigences du marché.
La fin de Rent est fidèle à la comédie musicale originale dans son refus d'un happy end sans nuance. Mimi, que l'on croyait morte, revient dans un état de grâce mystérieux, offrant une résolution qui tient du miracle plutôt que du réalisme. Mais cette résolution est tempérée par la mort d'Angel quelques scènes plus tôt — le film refuse de sauver tout le monde, rappelant que la crise du sida n'a pas de dénouement heureux universel. La conclusion célèbre "no day but today" — il n'y a pas d'autre jour que celui d'aujourd'hui — comme seule réponse possible à la mortalité et à l'incertitude.
Rent désigne en anglais le loyer — cette obligation financière qui est au cœur du conflit du film entre les artistes et leur ancien ami devenu promoteur. Mais "rent" signifie aussi "déchirer" en anglais (du verbe to rend), une signification secondaire qui évoque la déchirure, la rupture — autant de blessures que les personnages portent en eux. Enfin, le titre renvoie à La Bohème de Puccini, dont un des airs les plus célèbres évoque la chaleur et la beauté que l'on refuse de louer (renter) quand on préfère les choisir librement.
La bande originale de Rent est directement issue de la comédie musicale de Jonathan Larson, l'une des partitions les plus influentes du théâtre musical américain des trente dernières années. Des chansons comme Seasons of Love, La Vie Bohème et Take Me or Leave Me sont devenues des classiques du répertoire musical contemporain, fredonnées bien au-delà du public habituel de Broadway. La version filmée conserve l'intégralité ou presque de la partition originale, offrant aux fans un enregistrement de haute qualité avec le cast historique du spectacle. La chanson Seasons of Love, comptant les minutes d'une année en "five hundred twenty-five thousand six hundred minutes", est devenue l'une des chansons les plus reconnues du répertoire de Broadway.
La comédie musicale Rent continue d'être jouée dans des productions régionales et estudiantines dans le monde entier. En 2019, NBC a diffusé une version live télévisée du spectacle. Jonathan Larson est au cœur du film biographique Tick, Tick... Boom! de Lin-Manuel Miranda (2021), qui retrace sa vie avant Rent. La bande originale est disponible en streaming.