Quelques heures après le cauchemar qui a ravagé un immeuble de Barcelone, une équipe d'élite parvient à en extraire l'unique survivante, la journaliste Angela Vidal, avant de faire exploser le bâtiment. Emmenée à bord d'un navire militaire isolé en pleine mer pour y subir une batterie d'examens, la jeune femme ignore qu'elle porte encore en elle les germes du mal qui a décimé l'immeuble. Très vite, l'infection se réveille et se propage parmi l'équipage, transformant le bateau en piège flottant. Coupés du monde, les survivants doivent affronter une horde de créatures avant que l'Apocalypse ne gagne le dernier rempart qui les sépare du reste de l'humanité.
[Rec]4 boucle une saga initiée en 2007 par Jaume Balagueró et Paco Plaza, dont le succès inattendu avait fait du found footage hispanique un phénomène mondial. Après un troisième volet signé Paco Plaza qui avait déçu une partie du public en abandonnant le ton anxiogène de l'origine, Balagueró souhaite reprendre seul les rênes de la conclusion pour renouer avec l'esprit de ses deux premiers films. Il abandonne toutefois le dispositif caméra à l'épaule pour une mise en scène plus classique, jugeant que la formule avait atteint ses limites narratives. L'idée du huis clos en mer s'impose rapidement comme une manière de retrouver la sensation d'enfermement de l'immeuble originel tout en renouvelant le décor. Le tournage se déroule sur un authentique cargo amarré aux îles Canaries, dont les coursives métalliques et labyrinthiques offrent un terrain de jeu idéal pour l'action. Le réalisateur revendique l'influence des films de vaisseaux hantés et des séries B de science-fiction des années 1980. Manuela Velasco, actrice fétiche de la franchise, est associée dès les prémices du projet, son retour conditionnant en partie le feu vert de la production. Le scénario cherche également à refermer les zones d'ombre laissées par le deuxième film sur la nature exacte de l'entité démoniaque.
À sa sortie, le film reçoit un accueil mitigé mais globalement plus favorable que le précédent volet, la presse saluant le retour à une tension plus maîtrisée et à l'énergie horrifique des débuts. Plusieurs critiques regrettent cependant l'abandon du dispositif found footage, estimant que le film perd une partie de son identité visuelle en optant pour une réalisation traditionnelle. D'autres saluent au contraire le sens du rythme de Balagueró et quelques séquences de tension particulièrement efficaces dans les coursives du navire. Le public de la saga, souvent nostalgique du tout premier opus, se montre partagé : beaucoup apprécient de retrouver Angela Vidal mais jugent l'intrigue trop prévisible pour un film censé clore la franchise. Sur les plateformes de notation, le score reste correct sans jamais atteindre celui du film fondateur, considéré comme une référence absolue du genre. Le film n'a pas été distingué par des récompenses majeures, sa sortie discrète en vidéo à la demande dans plusieurs territoires ayant limité sa visibilité critique et institutionnelle.
Jaume Balagueró explique s'être inspiré du huis clos maritime de certains classiques du cinéma de genre pour construire l'architecture anxiogène du navire, un espace clos qu'il voulait aussi labyrinthique que l'immeuble du premier film. Le tournage sur un véritable cargo amarré au large des Canaries impose des conditions physiques éprouvantes à l'équipe technique, contrainte de travailler dans des coursives exiguës et une chaleur étouffante pendant plusieurs semaines. Une scène de confrontation dans la salle des machines a nécessité de nombreuses prises en raison de la complexité des effets pratiques et de la chorégraphie des créatures, Balagueró tenant à limiter au maximum les effets numériques pour préserver le réalisme tactile de la saga. Manuela Velasco a confié avoir accepté de reprendre le rôle d'Angela Vidal à la condition que le personnage bénéficie d'une véritable évolution dramatique plutôt que d'un simple retour nostalgique.
[Rec]4 poursuit l'exploration de la contamination et de la perte de contrôle du corps, thème central de la saga depuis son premier volet. Le film interroge également la responsabilité scientifique et militaire face à une menace qu'elle a elle-même contribué à créer en cherchant à l'étudier plutôt qu'à l'éradiquer. L'isolement en pleine mer renforce le sentiment d'impuissance des personnages, incapables de fuir un mal qui semble les poursuivre où qu'ils aillent. La figure d'Angela Vidal, à la fois victime et possible vecteur du mal, cristallise une réflexion sur l'identité et la perte de soi face à une force qui dépasse l'entendement.
Dans les dernières minutes, il apparaît qu'Angela porte toujours en elle une part de l'entité démoniaque révélée dans le deuxième film, ce qui explique la résurgence de l'infection à bord du navire malgré les précautions prises. Le dénouement, plus ambigu que celui des épisodes précédents, laisse planer un doute sur le sort réel de la jeune femme et sur la possibilité que le mal ait définitivement quitté son corps. Cette conclusion ouverte permet à Balagueró de refermer la boucle narrative entamée en 2007 tout en évitant une explication trop rigide de la mythologie de la saga.
Le sous-titre "Apocalypse" désigne moins une destruction à grande échelle qu'une révélation au sens biblique du terme, celle de la véritable nature du mal contenu dans le corps d'Angela. Balagueró a lui-même précisé que le titre ne devait pas laisser attendre des scènes de destruction massive, le budget de la saga imposant un traitement resserré et intimiste de la menace.
Présenté comme la conclusion définitive de la franchise, [Rec]4 continue d'alimenter les discussions sur un éventuel redémarrage de la saga, plusieurs producteurs ayant évoqué à demi-mot la possibilité d'un reboot sans que le projet ne se concrétise.
[Rec], [Rec]2, [Rec]3 Génesis, Quarantine, La Nuit a dévoré le monde.