Dans une Islande médiévale isolée, deux sœurs orphelines sont chassées de leur foyer par une belle-mère cruelle. Elles tentent de survivre dans une nature sauvage et hostile, tout en développant une relation complexe marquée par la magie noire. L'aînée, persuadée de posséder des pouvoirs surnaturels, tente de manipuler son entourage pour survivre, tandis que la cadette s'enfonce dans le doute. Ce conte cruel mêle folklore islandais et réalité brutale. L'histoire dépeint une descente aux enfers où la sorcellerie devient une échappatoire désespérée.
Ce film culte, longtemps resté méconnu avant sa restauration en 2019, est né du désir de la réalisatrice Nietzchka Keene de retranscrire la puissance brute des contes populaires islandais. Elle s'est inspirée de légendes locales pour créer une œuvre qui se distingue des standards cinématographiques de l'époque. L'écriture du scénario a nécessité des recherches approfondies sur la vie rurale en Islande au Moyen Âge. Le choix de tourner dans des paysages sauvages était crucial pour donner une dimension quasi mystique au récit. Le projet a été réalisé avec des moyens modestes, valorisant l'atmosphère et l'image par-dessus tout. La volonté de la réalisatrice était de créer un monde onirique où la magie semble à la fois effrayante et réelle.
La presse a encensé la ressortie restaurée du film, le qualifiant de chef-d'œuvre oublié du cinéma indépendant. Les critiques ont souligné l'esthétique visuelle unique, mélangeant réalisme rugueux et surréalisme mystique. La performance de la jeune Björk a été particulièrement remarquée, révélant déjà son talent magnétique. Le public cinéphile a été fasciné par l'atmosphère envoutante et la rareté du ton de ce conte noir. Les retours mentionnent souvent la puissance évocatrice des images, comparées à des tableaux médiévaux. Le film a acquis le statut d'œuvre culte, célébrée lors de plusieurs festivals de cinéma fantastique pour sa singularité et sa poésie noire.
Le tournage dans des conditions climatiques extrêmes en Islande a été un défi colossal pour l'équipe, renforçant le réalisme et la dureté du récit. La réalisatrice a privilégié la lumière naturelle, souvent très changeante, pour capturer des instants de pure magie visuelle. La principale difficulté de production a été de trouver les décors parfaits qui n'avaient pas été altérés par la modernité. Pour une scène particulière dans une grotte naturelle, l'équipe a dû braver le froid intense pendant plusieurs heures. Le casting a été un mélange d'acteurs professionnels et d'amateurs locaux pour renforcer l'authenticité des visages.
Le film explore la marginalité des femmes dans une société médiévale patriarcale et dure. La sorcellerie est traitée comme une forme de rébellion et de survie face à une oppression quotidienne. Le lien sororal est au centre du récit, marqué par des sentiments de jalousie et de loyauté indéfectible. La nature, omniprésente, agit comme un personnage à part entière, protectrice ou destructrice.
La fin montre la victoire tragique de la magie sur la réalité, où les sœurs finissent par se perdre elles-mêmes dans leur propre mythe. L'aînée disparaît dans une nature indifférente, laissant sa cadette seule face aux conséquences de leurs actes. La conclusion est ouverte, laissant planer le doute sur la nature réelle de leurs pouvoirs. C'est une fin mélancolique qui souligne le prix à payer pour avoir voulu défier le destin par l'occulte. La réalité reprend ses droits, brutale et silencieuse.
Le titre fait référence à la nature incertaine des protagonistes qui sont accusées par le monde de sorcellerie. Il souligne leur condition de parias qui se définissent par rapport à cette étiquette imposée, qu'elles finissent par embrasser pour exister.
La bande originale, minimaliste et composée de sons naturels traités, renforce l'immersion totale dans l'atmosphère sauvage et mystérieuse du film.
Ce conte rappelle l'ambiance mystique de The VVitch de Robert Eggers ou la poésie sombre de Valhalla Rising de Nicolas Winding Refn.