Marion Crane, une employée de bureau fatiguée de sa vie monotone, décide sur un coup de tête de voler une importante somme d'argent confiée par un client de son patron. En fuite vers la Californie, elle est surprise par un violent orage et décide de passer la nuit dans un motel isolé, le Bates Motel. Elle y fait la connaissance du gérant, Norman Bates, un jeune homme timide et attentionné mais oppressé par la présence de sa mère possessive. Ce séjour va basculer dans un cauchemar absolu et redéfinir à jamais les codes de l'horreur et du suspense.
Le chef-d'œuvre trouve sa source dans le roman homonyme de Robert Bloch, publié en 1959, lui-même largement inspiré par l'histoire vraie du tueur en série Ed Gein. Alfred Hitchcock, alors au sommet de sa gloire, cherchait un projet radicalement différent pour surprendre son public et renouveler son art. Fasciné par le retournement de situation macabre du livre, il acheta anonymement les droits et tenta de racheter le plus d'exemplaires possible pour préserver le secret de l'intrigue. Son inspiration est venue de l'envie de réaliser un film d'horreur à petit budget avec l'efficacité technique d'une équipe de télévision.
À sa sortie, la critique professionnelle a d'abord été décontenancée et parfois sévère face à la violence inédite et à la structure narrative révolutionnaire du film. Cependant, de nombreux critiques ont rapidement révisé leur jugement pour crier au génie face à la maîtrise formelle absolue d'Hitchcock. Aujourd'hui, le film est universellement considéré comme l'un des sommets de l'histoire du septième art. Le public a quant à lui réservé un accueil triomphal et hystérique au long-métrage, faisant la queue pendant des heures devant les cinémas. L'interdiction stricte d'entrer dans la salle après le début de la projection, imposée par le réalisateur, a grandement alimenté la curiosité et l'excitation générale. Malgré son immense succès populaire et son impact culturel sans précédent, le film n'a remporté aucun Oscar majeur lors de la cérémonie, bien qu'il ait reçu quatre nominations importantes, dont celle du Meilleur réalisateur.
Alfred Hitchcock a délibérément choisi de tourner en noir et blanc pour des raisons économiques, mais aussi pour éviter que la scène de la douche ne soit jugée trop sanglante et censurée par les studios. Ce choix artistique a finalement renforcé l'esthétique expressionniste et l'atmosphère angoissante du film. La production s'est déroulée dans le plus grand secret sur les plateaux d'Universal, avec une équipe réduite et triée sur le volet pour éviter toute fuite sur le scénario. Les acteurs ont dû prêter serment de ne pas révéler la fin de l'histoire à leurs proches ou aux journalistes. La célèbre scène de la douche a nécessité sept jours de tournage et pas moins de soixante-dix dix prises de vues différentes pour seulement trois minutes à l'écran. Pour simuler le bruit des coups de couteau entrant dans la chair, l'équipe technique a utilisé un melon d'eau de type casaba. Pour le rôle emblématique de Norman Bates, Anthony Perkins était le premier choix absolu d'Hitchcock en raison de sa fragilité apparente qui contrastait magnifiquement avec la folie cachée du personnage.
Le film explore de manière pionnière la psychologie de la schizophrénie et les névroses familiales oedipiennes. Il aborde la thématique de la culpabilité à travers le vol commis par Marion et sa punition disproportionnée. Le motif du voyeurisme est omniprésent, liant le regard du personnage à celui du spectateur. Enfin, la dualité de la nature humaine et la fragilité des apparences constituent le cœur du récit.
La scène finale mémorable révèle que la mère de Norman est morte depuis des années et que le jeune homme s'est approprié sa personnalité pour commettre les meurtres. Interné, Norman est totalement submergé par la voix de sa mère dans son esprit, tandis qu'un sourire glaçant s'affiche sur son visage. Le plan final montre sa fusion totale avec la défunte, illustrant la victoire définitive de la folie sur la raison.
Le titre désigne directement l'état psychiatrique de psychose qui affecte le personnage de Norman Bates, caractérisé par une perte de contact avec la réalité. Il annonce d'emblée au spectateur que l'horreur ne viendra pas d'une créature surnaturelle, mais des méandres torturés de l'esprit humain. C'est un mot clinique qui est devenu, grâce au film, synonyme d'angoisse absolue.
La bande originale composée par Bernard Herrmann est l'une des plus célèbres de l'histoire du cinéma, utilisant uniquement des instruments à cordes pour créer une tension stridente. Les motifs musicaux aigus et saccadés de la scène de la douche imitent le cri des oiseaux et renforcent l'impact terrifiant de l'agression.
Le Bates Motel et la maison victorienne construits pour le tournage restent l'une des attractions les plus visitées des studios Universal à Hollywood. Le film continue d'être étudié dans toutes les écoles de cinéma pour sa grammaire visuelle parfaite et son montage révolutionnaire.