À Lyon, au début des années 1960, le jeune Émile, douze ans, voue une admiration sans bornes à son père André, qu'il considère comme un véritable héros aux multiples vies. Chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion ou encore conseiller personnel du général de Gaulle selon les récits qu'il en fait, André confie bientôt à son fils des missions secrètes destinées, dit-il, à sauver l'Algérie française. Fasciné et fier de participer à ces aventures extraordinaires, Émile s'acquitte de chaque tâche avec le plus grand sérieux, sans se douter un instant que la réalité pourrait être tout autre. Le jeune garçon devra peu à peu affronter la vérité derrière les récits fantasques de son père, une découverte aussi douloureuse que bouleversante.
Le film est adapté du roman autobiographique éponyme de l'écrivain et journaliste Sorj Chalandon, publié en 2015 aux éditions Grasset, dans lequel l'auteur revient sur sa propre enfance marquée par les mensonges et la personnalité instable de son père. Jean-Pierre Améris, profondément ému par sa lecture du roman, a confié que cette histoire avait fait remonter à la surface l'ambiance particulière de sa propre enfance, lui permettant d'adapter le livre en s'appuyant sur ses souvenirs personnels. Le réalisateur a coécrit l'adaptation avec Murielle Magellan, cherchant à préserver l'équilibre délicat entre le regard émerveillé de l'enfant et la gravité sous-jacente de la instabilité psychologique paternelle. Améris a voulu interroger, à travers ce récit intimiste, la façon dont un enfant compose avec les souffrances et les mensonges de ses parents, une dimension qu'il jugeait universelle au-delà du contexte historique spécifique du roman.
L'accueil critique a été partagé, certains saluant la performance habitée de Benoît Poelvoorde dans un registre inattendu, mêlant fantaisie inquiétante et fragilité psychologique, tandis que d'autres ont jugé la mise en scène parfois trop démonstrative face à la gravité du sujet abordé. Plusieurs observateurs ont néanmoins souligné la réussite du film à restituer le regard naïf et fasciné de l'enfant face aux mensonges grandissants de son père.
Le public a réservé un accueil sincère au film, touché par cette relation père-fils complexe et par la reconstitution soignée de la France du début des années 1960. Le film a trouvé son public parmi les lecteurs du roman original ainsi que les amateurs de récits intimistes sur l'enfance et la filiation.
Le film a été présenté en sélection au Festival International du Film Francophone d'Angoulême, une reconnaissance appréciable pour cette adaptation littéraire portée par un casting engagé dans un registre exigeant.
Jean-Pierre Améris s'est directement inspiré du roman autobiographique de Sorj Chalandon ainsi que de sa propre enfance, dont l'ambiance familiale trouvait un écho particulier dans le récit de l'auteur, pour construire une adaptation intimiste et personnelle.
Le tournage s'est déroulé en juin et juillet 2019 à Lyon, notamment dans la Presqu'île et le Vieux Lyon, ainsi qu'à Fareins dans l'Ain, l'équipe ayant particulièrement soigné la reconstitution de l'atmosphère lyonnaise du début des années 1960.
Une scène de mission secrète confiée par André à son fils, l'un des moments les plus marquants du film, a nécessité un important travail de mise en scène afin de restituer à la fois la naïveté fascinée d'Émile et l'inquiétante ambiguïté des intentions paternelles.
Benoît Poelvoorde a construit son personnage en s'appuyant sur un jeu volontairement vivant et théâtral plutôt que sombre, un choix de mise en scène assumé par Jean-Pierre Améris pour restituer le charisme trompeur du père aux yeux de son fils.
Le film explore le mensonge et la mythomanie paternelle, questionnant les conséquences psychologiques pour un enfant grandissant dans l'admiration d'un père dont les récits s'avèrent progressivement fantaisistes voire dangereux. Il aborde également la fascination enfantine pour l'héroïsme et l'aventure, Émile étant prêt à tout pour prouver sa valeur aux yeux de son père. Le film questionne aussi le contexte historique trouble de la guerre d'Algérie, utilisé par le père comme toile de fond à ses récits fantasques et à ses missions secrètes imaginaires confiées à son fils. La souffrance psychique et la maladie mentale, encore taboues à l'époque du récit, constituent enfin un thème sous-jacent essentiel du film.
Émile finit par découvrir la vérité derrière les récits extraordinaires de son père, réalisant que celui-ci souffre en réalité d'un profond déséquilibre psychologique le poussant à inventer des exploits et des missions imaginaires pour donner un sens à son existence. Cette révélation bouleverse profondément le jeune garçon, contraint de faire le deuil de l'image héroïque qu'il s'était construite de son père tout au long de son enfance. La famille, longtemps prisonnière du silence et du déni face à la instabilité d'André, doit alors affronter collectivement cette réalité douloureuse, la mère jouant un rôle clé dans cette prise de conscience nécessaire. Le film se termine sur une note mélancolique et lucide, Émile devant apprendre à grandir malgré la perte de ses illusions d'enfance sur la véritable nature de son père.
Le titre "Profession du père" fait directement référence à la question administrative classique posée aux enfants sur l'occupation professionnelle de leur père, mettant en lumière par contraste l'impossibilité pour le jeune Émile de répondre simplement à cette question tant les récits de son père multiplient les métiers et les identités fantasques.
Le roman original de Sorj Chalandon, best-seller salué par la critique littéraire française, avait déjà obtenu plusieurs prix littéraires avant son adaptation cinématographique, confirmant l'intérêt du public pour ce récit intimiste sur l'enfance et la filiation.
Ma vie de courgette (2016), Au revoir les enfants (1987), Le Sens de la fête (2017), La Vie devant soi (2020)