Ashitaka, un jeune prince, est maudit après avoir tué un dieu-sanglier transformé en démon par la haine des hommes. Sa quête de guérison le mène dans une forêt ancienne déchirée entre les dieux animaux qui la protègent et les humains qui cherchent à l'exploiter. Il y rencontre San, une jeune fille élevée par les loups qui combat aux côtés des créatures de la forêt. Pris entre deux mondes irréconciliables, Ashitaka cherche une voie de paix dans un conflit qui semble inévitable.
Princesse Mononoké (Mononoke Hime) est l'aboutissement d'un projet que Hayao Miyazaki nourrissait depuis le début des années 1980. Les premières esquisses de personnages et de décors datent de 1980, soit plus de quinze ans avant la sortie du film. Miyazaki voulait créer une épopée dans le Japon médiéval de la période Muromachi (XIVe-XVIe siècle), un cadre historique rarement exploré dans le cinéma d'animation japonais. L'idée centrale — le conflit entre la nature et l'industrialisation naissante, entre les dieux anciens et la modernité — lui tenait profondément à cœur, et reflète ses convictions écologistes profondes. Le film a été produit avec un budget sans précédent pour un film d'animation japonais, et a mobilisé toutes les ressources de Studio Ghibli. Pour la première fois dans l'histoire du studio, des techniques d'animation numérique ont été utilisées pour les effets les plus complexes, sans jamais abandonner le dessin à la main comme fondement esthétique. Miyazaki a effectué de nombreuses recherches sur la faune, la flore et l'histoire du Japon médiéval pour donner au film une authenticité documentaire. Il a déclaré avoir voulu créer un film sans véritable héros ni véritable méchant, tous ses personnages étant animés par des motivations compréhensibles même lorsqu'elles s'opposent.
Résumé des critiques professionnelles : Le film a été acclamé par la critique mondiale comme un chef-d'œuvre de l'animation et l'une des œuvres majeures du cinéma de la fin du XXe siècle. Sa complexité thématique, sa refus du manichéisme et sa beauté visuelle ont été célébrés comme des preuves que le cinéma d'animation pouvait atteindre la profondeur des grandes œuvres de cinéma en prises de vues réelles. En Occident, la version doublée en anglais, avec un casting de voix prestigieux, a contribué à faire connaître Miyazaki à un large public international.
Réception du public : Au Japon, Princesse Mononoké a battu tous les records au box-office à sa sortie en 1997, devenant le film le plus rentable de l'histoire du pays avant d'être détrôné quelques années plus tard par Titanic puis par Le Voyage de Chihiro du même Miyazaki. À l'international, il a connu un succès croissant, notamment en France et aux États-Unis, où il a définitivement installé Miyazaki comme l'un des grands maîtres du cinéma mondial.
Récompenses obtenues : Le film a remporté le Japan Academy Prize du meilleur film en 1998 — une distinction rarissime pour un film d'animation, généralement réservée aux films en prises de vues réelles. Il a également remporté de nombreux prix dans les festivals d'animation internationaux. En 2001, Le Voyage de Chihiro de Miyazaki remportera l'Ours d'or à Berlin et l'Oscar du meilleur film d'animation, confirmant la stature mondiale du réalisateur.
Inspirations du réalisateur : Miyazaki a puisé dans les mythes et les croyances shintoïstes japonaises pour créer les dieux animaux du film, notamment le Grand Esprit de la Forêt (Shishigami), figure syncrétique mêlant cerf, humain et lumière divine. Il s'est également inspiré des peintures et des estampes de l'époque Muromachi pour la conception visuelle des décors et des costumes. Son amour de la nature et son engagement écologiste personnel transparaissent dans chaque aspect du film.
Difficultés de production : Le film a été l'un des plus longs et des plus exigeants jamais produits par Studio Ghibli, mobilisant des centaines d'animateurs pendant plusieurs années. La complexité des scènes de bataille et des effets naturels — pluie, feu, brouillard — a repoussé les limites techniques du studio. Miyazaki a supervisé personnellement un nombre considérable de plans clés, ce qui a représenté une charge de travail écrasante.
Anecdote sur une scène particulière : La scène de la mort du Grand Esprit de la Forêt, dans laquelle le dieu se répand sous forme d'un liquide noir dévastateur avant de se dissoudre dans la lumière, a nécessité des mois de travail et d'expérimentation pour trouver le bon rendu visuel. Miyazaki cherchait quelque chose qui soit à la fois beau et terrifiante, une représentation de la mort divine qui soit digne de la grandeur du personnage. Le résultat est l'une des séquences les plus impressionnantes de toute l'œuvre de Miyazaki.
Princesse Mononoké est l'œuvre de Miyazaki la plus explicitement écologiste, explorant le conflit entre l'industrialisation humaine et la nature sauvage avec une complexité morale exceptionnelle. Aucun camp n'est présenté comme entièrement bon ou entièrement mauvais : les humains de La Cité du Fer cherchent leur survie et leur émancipation, les dieux de la forêt défendent leur existence millénaire, et tous ont leurs raisons. La haine et la malédiction — matérialisées dans le film sous forme de vers noirs — sont présentées comme des forces contagieuses qui dénaturent tout ce qu'elles touchent. Le film aborde aussi la coexistence difficile mais nécessaire entre des mondes antagonistes, et la figure du médiateur — incarnée par Ashitaka — comme seule réponse possible à des conflits qui semblent insolubles. La nature y est sacrée mais pas idéalisée : elle peut être aussi violente et impitoyable que les humains. Enfin, le film célèbre la complexité comme valeur en soi, refusant les réponses simples à des questions qui ne le sont pas.
La fin de Princesse Mononoké est délibérément ambiguë et refuse le happy end conventionnel. Lady Eboshi et ses hommes détruisent la tête du Grand Esprit de la Forêt, déclenchant une catastrophe qui dévaste la région. Mais Ashitaka et San parviennent à restituer la tête au dieu, qui se dissout dans la lumière en répandant une pluie régénératrice. La forêt commence à renaître, mais elle ne sera jamais ce qu'elle était. La malédiction d'Ashitaka est levée, mais San refuse de pardonner aux humains et refuse de vivre parmi eux — leur relation reste donc suspendue, belle et impossible. Miyazaki refuse de trancher le conflit : les humains restent dans leur cité, la forêt recommence à vivre, et entre les deux, il n'y a pas de réconciliation mais une coexistence fragile et mélancolique.
Mononoke Hime signifie littéralement « Princesse des esprits » en japonais. Le terme mononoke désigne dans la tradition japonaise les esprits de la nature, aussi bien bienveillants que malveillants, et renvoie à un monde invisible qui coexiste avec le monde humain. Le titre désigne San, la jeune fille élevée par les loups, qui n'est ni tout à fait humaine ni tout à fait animal — une figure de l'entre-deux, du passage entre les mondes. Ce titre annonce le thème central du film : la frontière poreuse et conflictuelle entre la nature et l'humanité, entre le sacré et le profane, entre la guerre et la paix.
La bande originale de Princesse Mononoké est composée par Joe Hisaishi, et est unanimement considérée comme l'une des plus grandes partitions de l'histoire du cinéma d'animation. Le thème principal, d'une ampleur orchestrale et d'une beauté saisissante, a acquis une renommée mondiale et est régulièrement interprété en concert. Hisaishi a conçu une musique épique et intime à la fois, capable d'accompagner les batailles titanesques comme les moments de tendresse entre Ashitaka et San. L'album de la bande originale s'est vendu à des millions d'exemplaires au Japon et dans le monde. Cette partition est souvent citée comme le sommet de la collaboration entre Miyazaki et Hisaishi, une œuvre musicale autonome qui transcende le cadre du film.
Princesse Mononoké continue d'être célébré comme l'un des plus grands films d'animation jamais réalisés, régulièrement reprogrammé en salles à l'occasion de rétrospectives Studio Ghibli. Depuis l'accord de distribution mondial entre Studio Ghibli et Netflix, le film est accessible à un public encore plus large sur la plateforme. Joe Hisaishi continue de donner des concerts à travers le monde dédiés à la musique de Studio Ghibli, où le thème de Princesse Mononoké est invariablement l'un des moments les plus acclamés. Le message écologiste du film résonne plus que jamais dans le contexte contemporain de crise climatique et de destruction de la biodiversité.