Douze vaisseaux extraterrestres se posent simultanément en différents points du globe, plongeant l'humanité dans la stupeur et l'angoisse. La linguiste Louise Banks est recrutée d'urgence par l'armée américaine pour tenter de communiquer avec les visiteurs. Tandis qu'elle déchiffre pas à pas leur langage mystérieux, Louise commence à vivre d'étranges visions et comprend que la maîtrise de cette langue extraterrestre change sa façon de percevoir le temps lui-même.
Premier Contact est l'adaptation de la nouvelle Story of Your Life (1998) de Ted Chiang, un texte court mais d'une richesse philosophique et narrative exceptionnelle, unanimement salué dans la communauté de la science-fiction littéraire. Le producteur Dan Cohen avait acquis les droits de la nouvelle dès 2000, mais le projet a mis plus de quinze ans à se concrétiser, le défi de l'adaptation étant considérable : la nouvelle repose sur une expérience narrative intérieure et une manipulation du temps extrêmement complexes à transposer à l'écran. C'est le réalisateur québécois Denis Villeneuve, qui venait de signer Sicario et Enemy, qui a été choisi pour relever le défi. Villeneuve, féru de science-fiction exigeante, voyait dans ce projet l'occasion de proposer un film de premier contact radicalement différent des blockbusters du genre : pas de guerre, pas d'invasion, mais un dialogue patient et philosophique entre deux espèces. Le scénariste Eric Heisserer a travaillé pendant plusieurs années sur l'adaptation, cherchant comment traduire visuellement les concepts temporels et linguistiques du texte de Chiang sans trahir sa substance.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a été dithyrambique pour Premier Contact, immédiatement salué comme l'un des meilleurs films de science-fiction de la décennie. La performance d'Amy Adams a été particulièrement encensée, de même que la direction artistique, la photographie de Bradford Young et la partition de Jóhann Jóhannsson. Les journalistes ont salué un film qui prenait son public au sérieux, proposant une réflexion profonde sur le langage, la mémoire et le temps sans jamais sacrifier l'émotion.
Réception du public : Le film a connu un grand succès commercial et critique, dépassant les 200 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget d'environ 47 millions. Il a fait l'objet de discussions passionnées sur les réseaux sociaux et a introduit des milliers de spectateurs à l'œuvre de Ted Chiang, dont les nouvelles ont connu un regain d'intérêt considérable après la sortie du film.
Récompenses obtenues : Le film a reçu huit nominations aux Oscars, dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur, et a remporté la statuette du meilleur montage sonore. Denis Villeneuve a également reçu de nombreuses nominations dans les grands festivals et cérémonies internationales, et le film a figuré en tête de nombreuses listes des meilleurs films de 2016.
Inspirations du réalisateur : Denis Villeneuve a confié avoir été profondément marqué par la nouvelle de Ted Chiang qu'il avait lue des années avant de commencer le projet. Il s'est inspiré de la linguistique réelle — notamment des travaux sur la relativité linguistique et l'hypothèse Sapir-Whorf — pour donner une crédibilité scientifique au cœur du film. La forme circulaire des vaisseaux et l'écriture en forme d'encre des heptapodes ont été conçues pour illustrer visuellement une conception non linéaire du temps.
Difficultés de production : L'un des défis majeurs du film a été de créer le langage des heptapodes, qui devait être à la fois alien et lisible pour le spectateur. Villeneuve a collaboré avec des linguistes et des graphistes pour développer un système d'écriture circulaire cohérent, dont la logique interne reflète la perception atemporelle des extraterrestres.
Anecdote sur une scène particulière : La scène finale, qui révèle la nature des "souvenirs" de Louise, a fait l'objet d'un travail de montage très élaboré pour que la révélation soit à la fois surprise et logique rétrospectivement. Villeneuve et son monteur Joe Walker ont testé de nombreuses versions pour trouver le rythme exact qui permettrait à l'émotion de prendre le spectateur de court sans le laisser perdu.
Premier Contact est d'abord une méditation sur le langage et sa capacité à modeler notre perception de la réalité — l'hypothèse au cœur du film est que maîtriser la langue des heptapodes modifie littéralement la structure cognitive de Louise, lui permettant de percevoir le temps de façon non linéaire. Le film questionne le déterminisme et le libre arbitre : si l'on sait à l'avance ce qui va arriver, peut-on encore choisir ? La réponse que propose Villeneuve est une affirmation de la vie et de l'amour malgré la connaissance de la douleur à venir. Le deuil et la maternité sont des thèmes émotionnels puissants qui traversent tout le film, Louise portant en elle à la fois la joie et le chagrin de sa relation avec sa fille. Enfin, le film propose une vision optimiste et collaborative du "premier contact", s'opposant aux récits catastrophistes qui dominent habituellement le genre.
La révélation finale de Premier Contact est l'une des plus belles torsions narratives du cinéma de science-fiction récent. Ce que le spectateur croyait être des flashbacks — les scènes de Louise avec sa fille Hannah, qui mourra d'une maladie rare — sont en réalité des flash-forwards : Louise "se souvient" de l'avenir parce qu'elle maîtrise déjà le langage des heptapodes. Elle sait donc que sa fille mourra jeune, et elle choisit quand même de l'avoir. Cette décision, prise en pleine connaissance de cause, est au cœur du film : elle affirme que l'amour vaut la peine d'être vécu même quand on en connaît le prix. La séquence où Louise appelle le général Shang avec le numéro de téléphone qu'elle ne connaîtra "que dans le futur" boucle ce paradoxe temporel avec une élégance remarquable.
Le titre français Premier Contact est une traduction partielle du titre original anglais Arrival (Arrivée). Si Premier Contact insiste sur l'aspect diplomatique et scientifique — la rencontre entre deux espèces — le titre original Arrival est plus ambigu et plus riche : il désigne bien sûr l'arrivée des vaisseaux extraterrestres sur Terre, mais aussi, métaphoriquement, l'arrivée de Hannah dans la vie de Louise — une naissance. Cette double signification d'Arrival est perdue dans la traduction française, qui privilégie la dimension spectaculaire du premier contact au détriment de la dimension intime et maternelle.
La bande originale de Premier Contact a été composée par Jóhann Jóhannsson, musicien islandais réputé pour ses compositions minimalistes et atmosphériques. La partition, d'une beauté envoûtante, mêle cordes, textures électroniques et sons traités pour créer une ambiance à la fois contemplative et inquiétante, parfaitement en accord avec l'atmosphère du film. Le thème principal, "On the Nature of Daylight" de Max Richter, utilisé en ouverture et en clôture du film, a contribué à faire connaître cette œuvre à un immense public et est devenu indissociable des émotions que le film suscite. La BO a été nommée dans plusieurs catégories lors des cérémonies de récompenses de 2017.
Premier Contact reste l'un des films de science-fiction les plus discutés et les plus admirés de la décennie 2010. Il figure régulièrement dans les classements des meilleurs films de science-fiction de tous les temps. Ted Chiang, l'auteur de la nouvelle originale, a connu une notoriété internationale renouvelée grâce au film, et ses œuvres continuent d'être adaptées — notamment la série Severance qui s'inspire de son imaginaire.