Il y a deux millions d'années, Edouard est un jeune homme préhistorique rejeté par son clan à cause de son apparence chétive. Il découvre le feu, la taille des silex et l'art. Mais son frère Vania, chef brutal du clan, refuse le progrès et veut garder les traditions. Edouard, aidé par la belle Lucy, va devoir se battre pour imposer ses idées et faire évoluer l'humanité. Un film d'animation sur la naissance de l'intelligence et de la civilisation.
Le film est librement adapté du roman "Pourquoi j'ai mangé mon père" de Roy Lewis, publié en 1960. Ce livre culte raconte avec humour l'évolution de l'homme par les yeux d'une famille préhistorique. Jamel Debbouze a mis 7 ans à développer le projet. L'idée originelle lui est venue après la lecture du livre qu'il a adoré. Il voulait faire le premier film d'animation en "performance capture" français, comme Avatar. Son inspiration était de parler de la différence, du rejet et du progrès à travers la préhistoire. Il a co-écrit le scénario avec Fred Testot et voulait un film à la fois drôle, familial et philosophique.
Les critiques professionnelles ont été très partagées. La presse salue l'ambition technique et le message humaniste du film. Mais beaucoup critiquent l'humour trop "Jamel", les anachronismes lourds et le scénario décousu. Le film obtient 2,5/5 sur Allociné presse. Télérama parle d'un "film sympathique mais épuisant". La réception du public a été décevante. Avec seulement 1,4 million d'entrées pour un budget de 32 millions d'euros, c'est un échec commercial retentissant. Les spectateurs ont été déroutés par l'animation et les gags. Le film n'a obtenu aucune récompense. Il a été un des plus gros flops du cinéma français en 2015 et a plombé les studios de Pathé. Jamel Debbouze a reconnu que le film était "trop personnel" et "mal compris".
Jamel Debbouze s'inspire de La Guerre du feu pour le côté préhistorique mais voulait y ajouter l'humour de Rrrr! d'Alain Chabat. La production a été un enfer et a duré 7 ans. C'était le premier film européen en performance capture, et le studio a dû tout apprendre. Les acteurs jouaient dans des combinaisons avec des capteurs, ce qui a été très lourd pour eux. Jamel a dû arrêter la réalisation plusieurs mois à cause d'un burn-out. La scène du feu a nécessité des années de recherche pour être réaliste. Jamel Debbouze a doublé lui-même son personnage, Edouard, mais aussi le père et le frère. Il a fait appel à sa femme Mélissa Theuriau et à son frère Arié Elmaleh pour le casting vocal. Au départ, le film devait être en live-action avec des costumes, mais c'était impossible à produire.
Le film est une fable sur le progrès et l'obscurantisme. Il oppose Edouard l'inventeur à Vania le conservateur qui a peur du changement. Il traite de la différence et du handicap, Edouard étant plus faible physiquement mais plus intelligent. La transmission du savoir et l'éducation sont au cœur du récit. Jamel y parle aussi de la famille, de la place du père et de l'amour. C'est une métaphore du monde d'aujourd'hui, où les innovateurs sont souvent rejetés avant d'être reconnus. Le film défend l'idée que l'évolution vient de ceux qui osent penser différemment.
Edouard réussit à prouver que le feu et les outils peuvent sauver le clan. Il bat son frère Vania non par la force mais par l'intelligence. Il devient le nouveau chef et guide son peuple vers le progrès. Il n'a pas "mangé son père" au sens propre, mais il a "mangé" ses idées, c'est-à-dire qu'il a dépassé l'ancien monde. La fin montre le clan qui part vers l'avenir, symbolisant les premiers pas de l'humanité. Le message est optimiste : l'intelligence et la curiosité finiront toujours par l'emporter sur la brutalité.
Le titre vient directement du roman de Roy Lewis. Il est à prendre au second degré. "Manger son père" est une expression qui signifie tuer le père symboliquement, dépasser la génération précédente et ses traditions. C'est le concept freudien du meurtre du père. Edouard ne mange littéralement personne, mais il "dévore" les idées de son père et de son frère pour imposer les siennes. Le point d'interrogation du titre français ajoute une touche d'humour et d'absurde. C'est un titre provocateur qui intrigue.
L'échec du film a mis un coup d'arrêt à la carrière de réalisateur de Jamel Debbouze. Il a déclaré en 2020 qu'il ne referait plus d'animation car "c'est trop dur et ingrat". Le film est étudié dans les écoles de cinéma comme un cas d'échec industriel français. Malgré tout, il a trouvé un second public à la TV et est défendu par une petite communauté de fans. Le studio Pathé a mis des années à s'en remettre financièrement.