Virginie, Aristide et Erik sont trois policiers parisiens dont le quotidien bascule en une seule nuit. Ils sont chargés d'escorter jusqu'à l'aéroport un homme voué à être expulsé vers son pays d'origine. En chemin, Virginie comprend que ce passager risque sa vie une fois arrivé à destination. Tiraillée entre son devoir et sa conscience, elle va devoir choisir entre obéir aux ordres et tenter de sauver un inconnu.
Police est l'adaptation du roman éponyme d'Hugo Boris, paru chez Grasset en 2016. C'est le producteur Jean-Louis Livi qui a fait découvrir cet ouvrage à Anne Fontaine, immédiatement happée par le destin de ces policiers ordinaires confrontés à un dilemme moral qu'ils n'ont pas été formés à affronter. La réalisatrice, plutôt connue pour des films comme Coco avant Chanel ou Marvin ou la belle éducation, a voulu s'éloigner de ses sujets habituels pour explorer l'univers policier sous un angle intime plutôt que spectaculaire. Pour nourrir l'écriture, coécrite avec Claire Barré, elle a rencontré plusieurs agents, dont un commissaire qui l'a initiée au tir en salle d'armes. Elle a également passé du temps dans des commissariats parisiens et échangé avec des membres de la police aux frontières, hommes et femmes. Cette immersion lui a permis d'ancrer le scénario dans des détails authentiques sur le métier de policier. L'idée de départ n'était donc pas de filmer une intrigue policière classique, mais de raconter un cas de conscience vécu en une seule nuit, presque en temps réel. Cette contrainte resserre le récit sur quatre personnages et l'habitacle d'une voiture, donnant au film une tension presque théâtrale.
Résumé des critiques professionnelles : L'accueil de la presse a été partagé. Plusieurs critiques ont salué la sobriété de la mise en scène d'Anne Fontaine ainsi que la justesse du trio d'acteurs, en particulier Virginie Efira et Grégory Gadebois. D'autres ont regretté un scénario jugé trop schématique et une résolution un peu convenue au regard de la gravité du sujet abordé. La tension du huis clos automobile a néanmoins été largement appréciée par les observateurs. Réception du public : Le public s'est montré partagé, certains spectateurs saluant l'humanité du récit et la force du dénouement, d'autres pointant un rythme trop lent pour un film vendu comme un thriller. Le film a tout de même trouvé son audience auprès des amateurs de drames sociaux français, portés par un casting populaire.
Inspirations du réalisateur : Anne Fontaine retrouve dans Police deux acteurs avec lesquels elle avait déjà travaillé : Grégory Gadebois, croisé sur la comédie Mon pire cauchemar, et Virginie Efira, présente dans Marvin ou la belle éducation. Cette fidélité au casting témoigne de la confiance qu'elle accorde à ses interprètes pour des rôles exigeants émotionnellement. Difficultés de production : Le tournage s'est étalé sur neuf semaines à Paris et en Île-de-France, une durée resserrée pour un film reposant essentiellement sur des scènes en intérieur de voiture, qui imposent des contraintes techniques particulières de cadrage et de lumière.
Police interroge la frontière entre obéissance hiérarchique et conscience individuelle à travers le prisme du métier de policier. Le film met en scène des personnages ordinaires, non des héros, confrontés à une décision qui dépasse largement leur cadre professionnel habituel. La question de l'accueil des étrangers et de la politique migratoire irrigue tout le récit, sans jamais être traitée de façon frontale ou démonstrative. Le trio de policiers illustre aussi des rapports de pouvoir internes à l'institution, entre solidarité de corps et tensions personnelles. La maternité empêchée ou contrariée, incarnée par le personnage de Virginie, ajoute une dimension intime au récit. Le film explore enfin la notion de responsabilité individuelle face à un système qui déresponsabilise ses agents en les réduisant à de simples exécutants.
Au terme du trajet vers l'aéroport, Virginie choisit de désobéir aux ordres reçus pour offrir une chance de survie à l'homme qu'elle doit escorter, quitte à mettre en péril sa carrière et sa relation avec ses collègues. Ce geste final cristallise le dilemme qui traverse tout le film : peut-on rester un simple exécutant d'une décision administrative lorsque l'on sait qu'elle peut coûter une vie ? La fin ne donne pas de réponse univoque sur les conséquences de ce choix, laissant le spectateur sur l'incertitude du destin du personnage secouru. Ce parti pris reflète la volonté d'Anne Fontaine de ne pas transformer son film en fable morale trop nette, mais de restituer la complexité et l'ambiguïté d'une décision prise dans l'urgence.
Le titre Police renvoie directement à la profession des trois personnages principaux, mais aussi à l'institution elle-même, avec ses règles, sa hiérarchie et ses zones grises. En choisissant un mot aussi simple et générique, Anne Fontaine met l'accent sur l'universalité du dilemme plutôt que sur une intrigue policière particulière. Le titre suggère également une forme d'ironie : ceux qui sont censés faire respecter la loi se retrouvent à devoir la transgresser pour agir selon leur conscience.
Les spectateurs ayant apprécié Police pourront se tourner vers 96 heures ou La French pour d'autres portraits de policiers français, ou vers Dheepan de Jacques Audiard pour un regard croisé sur la question migratoire.