Sophie a vingt-huit ans et rêve de devenir dessinatrice, un rêve qui lui semblerait tellement plus accessible si elle avait suivi une école d'art. Elle aspire également à trouver l'amour, avec la même difficulté à distinguer les évidences des désillusions. Entre petits boulots, expériences amoureuses hasardeuses et premiers pas dans le milieu de l'édition, elle apprend à encaisser les coups autant qu'à en donner. Sur cette playlist mentale qui accompagne son quotidien résonne inlassablement Daniel Johnston, chantant que l'amour véritable finit toujours par vous tomber dessus.
Playlist marque le premier long métrage de la scénariste et dessinatrice Nine Antico, déjà reconnue pour ses bandes dessinées comme Girls don't cry ou Coney Island Baby. Bien que passionnée de cinéma depuis toujours, au point d'avoir étudié un an en faculté de cinéma, elle s'était longtemps sentie frustrée de ne pouvoir réaliser elle-même des films. C'est le producteur Thomas Verhaeghe qui la contacte en 2010 pour envisager une adaptation de Girls don't cry, mais Antico préfère se tourner vers l'écriture d'un scénario entièrement original. Bien qu'inspiré de sa propre vie et de celle de son entourage, Playlist n'est volontairement pas conçu comme un récit autobiographique, mais comme un patchwork d'expériences vécues ou observées, mélangées et recomposées. Le choix du noir et blanc s'impose naturellement à une autrice davantage habituée à ce mode d'expression en bande dessinée, dans une volonté assumée de rendre son récit intemporel plutôt que trop ancré dans l'actualité.
Résumé des critiques professionnelles : La critique salue une comédie romantique attachante, portée par le duo fusionnel formé par Sara Forestier et Laetitia Dosch. Le montage en noir et blanc et la voix off, assurée par le chanteur Bertrand Belin, sont particulièrement appréciés pour leur touche vintage et leur clin d'œil assumé à la Nouvelle Vague. Certains observateurs relèvent un aspect parfois trop intellectuel, tempéré par des séquences drôles, poétiques et sincères. Le film est unanimement salué comme une entrée en cinéma réussie pour une autrice de bande dessinée reconnue. Réception du public : Le public se montre séduit par l'originalité de ton du film, ses personnages attachants et sa bande-son très marquée, mêlant vinyles rock et ambiance rétro. Plusieurs spectateurs établissent un parallèle avec la série Fleabag ou le film Frances Ha, saluant la sincérité et l'humour du portrait féminin dressé. D'autres jugent en revanche le récit trop classique dans sa résolution, la comédie romantique retombant selon eux dans certains poncifs du genre. Récompenses obtenues : Le film n'a pas remporté de récompense majeure, mais s'est imposé comme une réussite critique notable pour un premier long métrage français.
Inspirations du réalisateur : Nine Antico puise directement dans son expérience de dessinatrice et dans son entourage pour construire le personnage de Sophie, sans pour autant vouloir raconter littéralement sa propre histoire. Elle revendique un mélange volontaire d'éléments vécus et inventés, refusant de démêler le vrai du faux dans son récit. Anecdote sur une scène particulière : Le film glisse plusieurs clins d'œil au monde de la bande dessinée, notamment à travers l'apparition à l'écran de l'auteur Cyril Pedrosa, un choix qui ravit les amateurs du milieu éditorial dépeint dans le film.
Playlist explore le passage à l'âge adulte et les désillusions professionnelles d'une génération confrontée à la précarité et aux compromis nécessaires pour percer dans un milieu créatif exigeant. Le film interroge également les rapports amoureux contemporains, entre quête d'absolu et acceptation de relations plus floues et non conventionnelles. La musique occupe une place structurante dans le récit, chaque chanson de la playlist de Sophie accompagnant une étape de son évolution personnelle. Le regard féminin sur le désir et l'ambition artistique, porté par une réalisatrice elle-même issue du monde de la bande dessinée, confère au film une sincérité particulière.
Le film se referme sur un jeu de mots assumé autour de son propre titre, Sophie parvenant à une forme d'équilibre entre ses ambitions artistiques et ses désillusions amoureuses sans que tout ne se résolve de façon idéalisée. Cette conclusion en clin d'œil souligne la tonalité légère et autodérisoire de l'ensemble du récit, refusant le happy end trop lisse au profit d'une note plus réaliste sur l'apprentissage de la vie adulte.
Le titre renvoie à la playlist musicale qui accompagne mentalement Sophie tout au long de son parcours, chaque chanson représentant une étape ou une émotion de son chemin de vie, tandis que le film lui-même se conclut par un jeu de mots sur ce même terme.
Frances Ha de Noah Baumbach, la série Fleabag et Girls Don't Cry adaptent, chacun à leur manière, le regard sincère et autodérisoire d'une jeune femme sur ses désillusions sentimentales et professionnelles.