Au début des années 1970, alors que le Royaume-Uni traverse une grave récession, le jeune Steve Jones rêve de monter un groupe de rock malgré son incapacité presque totale à jouer d'un instrument. Sa rencontre avec le manager Malcolm McLaren et la styliste Vivienne Westwood le propulse à la tête des Sex Pistols, groupe fondateur du mouvement punk britannique. La série suit l'ascension fulgurante et chaotique du groupe, de ses débuts anonymes jusqu'à sa notoriété sulfureuse, à travers les luttes internes et les changements de line-up. Racontée du point de vue de Steve Jones, elle éclaire d'un jour nouveau une histoire déjà largement mythifiée.
Pistol s'appuie sur les mémoires du guitariste Steve Jones, Lonely Boy: Tales From a Sex Pistol, coécrites avec Ben Thompson, qui offrent un point de vue inédit sur l'histoire du groupe puisque centré non pas sur le chanteur Johnny Rotten mais sur l'un des membres fondateurs restés dans l'ombre médiatique. La série est créée par le scénariste Craig Pearce, collaborateur historique de Baz Luhrmann sur des films comme Roméo + Juliette ou Moulin Rouge, qui reçoit une commande de six épisodes de la chaîne FX en janvier 2021. Danny Boyle, réalisateur britannique reconnu pour Trainspotting et Slumdog Millionaire, est chargé de mettre en scène l'intégralité des six épisodes, apportant sa signature visuelle énergique faite de montages rapides, d'images d'archives et de ruptures de rythme. Le choix de partir du témoignage de Steve Jones plutôt que de celui de Johnny Rotten a suscité une forte opposition de ce dernier, qui a intenté un procès pour empêcher l'utilisation de la musique des Sex Pistols dans la série, procès qu'il a finalement perdu devant la justice britannique. Toby Wallace est choisi pour incarner Steve Jones, aux côtés d'Anson Boon dans le rôle de Johnny Rotten et de Maisie Williams dans un rôle secondaire. Le tournage débute en mars 2021, en partie à Hemel Hempstead, avec une attention particulière portée à la reconstitution de l'esthétique punk londonienne des années 1970.
La critique a salué l'énergie visuelle caractéristique de Danny Boyle, qui parvient à retranscrire la fureur et l'urgence du mouvement punk à travers un montage nerveux mêlant fictions et images d'archives. Plusieurs observateurs ont toutefois estimé que la série retombait par endroits dans les conventions classiques du biopic musical, entre ascension fulgurante et chute annoncée, limitant sa capacité à véritablement surprendre. Les performances d'Anson Boon dans le rôle de Johnny Rotten et de Toby Wallace dans celui de Steve Jones ont été particulièrement remarquées par la presse spécialisée. Le public s'est montré globalement enthousiaste, séduit par l'énergie brute de la mise en scène et par la redécouverte d'une histoire souvent racontée mais rarement montrée sous cet angle centré sur Steve Jones. La polémique entourant le refus de Johnny Rotten de voir la musique des Sex Pistols utilisée dans la série a également largement alimenté la couverture médiatique du programme, renforçant sa visibilité auprès du grand public. Le bassiste Glen Matlock a pour sa part exprimé sa déception quant à la fidélité de certains éléments de l'intrigue par rapport à la réalité vécue par le groupe. Sur le plan des récompenses, Pistol a obtenu plusieurs nominations aux BAFTA Television Awards, confirmant la reconnaissance de la mise en scène de Danny Boyle malgré un accueil critique plus contrasté sur l'écriture globale de la série.
Inspirations du réalisateur : Danny Boyle a choisi de laisser une grande liberté d'improvisation à ses acteurs plutôt que de suivre un découpage traditionnel, cherchant à retrouver dans la mise en scène elle-même l'énergie brute et anarchique propre au mouvement punk, notamment à travers l'usage du split-screen, des flashbacks et des ralentis. Difficultés de production : Johnny Rotten a intenté une action en justice en 2021 pour empêcher toute utilisation de la musique des Sex Pistols dans la série ainsi que sa propre apparition à l'écran, un procès qu'un tribunal britannique a finalement rejeté, permettant à la production de poursuivre sans entrave. Anecdote sur une scène particulière : Les acteurs incarnant les membres du groupe ainsi que Chrissie Hynde ont interprété eux-mêmes les morceaux de musique en direct sans doublage en studio, Danny Boyle ayant insisté pour capter les performances scéniques et les prestations vocales de façon brute afin de préserver l'énergie live propre au mouvement punk. Casting initialement prévu : Steve Jones lui-même a rencontré le scénariste Craig Pearce pour répondre à ses questions et apporter son témoignage direct, contribuant ainsi à façonner le point de vue narratif centré sur son propre parcours plutôt que sur celui de Johnny Rotten.
Pistol explore avant tout la naissance du mouvement punk comme réponse à la morosité économique et sociale du Royaume-Uni des années 1970. La série interroge la fabrication de la célébrité et de la provocation comme outils marketing, incarnés par le rôle central du manager Malcolm McLaren dans la stratégie du groupe. La rivalité et les tensions internes entre les membres du groupe, en particulier entre Steve Jones et Johnny Rotten, structurent une grande partie du récit. La série aborde également la précarité sociale et le manque d'opportunités qui poussent une jeunesse britannique désabusée vers la contestation radicale. Enfin, le programme interroge la notion d'héritage et de mémoire collective, en proposant un récit volontairement décalé par rapport à la légende déjà largement établie du groupe.
La série se conclut sur la dissolution rapide et chaotique des Sex Pistols, dont l'existence officielle n'aura duré que trois ans et un unique album studio malgré une influence culturelle disproportionnée par rapport à sa brève carrière. Le dernier épisode s'attarde sur le sentiment de trahison ressenti par Steve Jones face à l'évolution du groupe sous l'influence croissante de Sid Vicious et de Malcolm McLaren, dont les intérêts respectifs s'éloignent progressivement de l'esprit originel du projet musical. La série choisit de terminer sur une note amère plutôt que triomphale, insistant sur le prix payé par les membres fondateurs pour une notoriété qui leur a largement échappé une fois le mouvement punk devenu un phénomène culturel plus vaste qu'eux-mêmes.
Le titre Pistol renvoie directement au nom du groupe, les Sex Pistols, mais évoque aussi la métaphore de l'arme chargée que représentait le mouvement punk naissant, prêt à faire feu contre les conventions sociales et musicales de l'époque, une image cohérente avec l'esprit de provocation revendiqué par le groupe dès ses débuts.
La série s'appuie logiquement sur les morceaux emblématiques des Sex Pistols eux-mêmes, interprétés en direct par les acteurs sans doublage studio, ainsi que sur une sélection de titres d'artistes contemporains du mouvement comme Hawkwind, restituant fidèlement le paysage musical britannique du milieu des années 1970.
Pistol a été retirée du catalogue de Hulu et de Disney+ à l'international en mai 2023, dans le cadre d'une vague de retraits de programmes décidée par la plateforme, rendant la série plus difficile d'accès dans certains pays depuis cette date. La série continue néanmoins d'être régulièrement citée dans les rétrospectives consacrées à l'histoire du mouvement punk britannique.
Les amateurs de cette série apprécient généralement le documentaire The Filth and the Fury de Julien Temple, consacré à l'histoire réelle des Sex Pistols, ainsi que d'autres biopics musicaux comme Bohemian Rhapsody pour leur approche similaire de la naissance et de l'ascension chaotique d'un groupe culte.