Solange a treize ans, elle est pleine de vie et de curiosité pour l'avenir, avec quelque chose de spécial : elle est sentimentale à l'excès et voue une adoration sans faille à ses parents. Un jour, elle réalise que ceux-ci se disputent de plus en plus fréquemment et commencent à s'éloigner l'un de l'autre, l'ombre du divorce se précisant peu à peu. Tandis que son grand frère, plus mûr, semble déjà résigné à cette séparation annoncée, Solange refuse d'accepter cette réalité et va s'inquiéter, réagir et souffrir face à ce qu'elle perçoit comme une injustice. C'est l'histoire d'une adolescente trop tendre qui voudrait croire à une chose impossible : que l'amour ne s'arrête jamais.
Petite Solange est le quatrième long métrage d'Axelle Ropert, après La Famille Wolberg dévoilé à la Quinzaine des réalisateurs en 2009, Tirez la langue, mademoiselle en 2013 et La Prunelle de mes yeux présenté en compétition à Locarno en 2016. La réalisatrice, également scénariste des films de Serge Bozon comme Madame Hyde et La France, explique avoir puisé l'inspiration du film dans sa propre adolescence vécue dans les années 1980, période marquée par une vague massive de divorces parentaux dans son entourage. Elle confie avoir voulu raconter ce chagrin si large et si universel que représente, pour un enfant, la fin d'une famille, sujet qu'elle juge étonnamment peu traité au cinéma malgré son caractère profondément douloureux. Axelle Ropert explique s'être inspirée de François Truffaut, grand cinéaste de l'enfance, ainsi que du film L'Incompris de Luigi Comencini, dont l'affiche apparaît d'ailleurs dans un plan du film, pour construire ce regard porté à hauteur d'adolescente sur la séparation de ses parents. La réalisatrice a voulu donner une forme artistique à des sentiments qu'elle avait elle-même vécus de façon informelle et violente à l'adolescence, un geste qu'elle compare à une démarche presque thérapeutique et salvatrice.
La critique a salué la délicatesse et la retenue du film, saluant la capacité d'Axelle Ropert à filmer le divorce parental sans jamais recourir à la scène de dispute frontale, préférant toujours le point de vue décalé et incomplet de l'enfant qui tombe sur les tensions par hasard. Plusieurs observateurs ont souligné la performance remarquable de la jeune Jade Springer dans son premier rôle au cinéma, ainsi que la justesse du duo formé par Léa Drucker et Philippe Katerine dans les rôles des parents. D'autres ont noté l'influence assumée de François Truffaut et du cinéma italien de l'enfance, notamment L'Incompris de Luigi Comencini, dans la construction visuelle et narrative du récit. Le public s'est montré particulièrement touché par ce portrait sensible d'une adolescence bouleversée, reconnaissant dans le personnage de Solange une expérience universelle du chagrin enfantin face à la séparation parentale. De nombreux spectateurs ayant eux-mêmes vécu le divorce de leurs parents ont souligné la justesse avec laquelle le film restitue cette expérience intime, longtemps restée taboue ou minimisée dans le discours social. Petite Solange a remporté le Prix Jean Vigo 2021, récompense prestigieuse destinée à encourager l'originalité des jeunes cinéastes, confirmant ainsi la reconnaissance critique du travail d'Axelle Ropert sur ce quatrième long métrage.
Axelle Ropert explique avoir puisé l'inspiration du film dans sa propre adolescence vécue dans les années 1980, période durant laquelle elle a vu de nombreux parents de son entourage divorcer, une expérience qu'elle a longtemps portée en elle avant de choisir d'en faire un film. La réalisatrice a délibérément choisi de filmer les scènes de conflit parental toujours du point de vue décalé de Solange, qui les découvre par hasard sans que ses parents ne s'en rendent compte, refusant ainsi toute scène de dispute frontale entre adultes. Le tournage s'est déroulé à Nantes, Paris et en région parisienne en 2020, la réalisatrice ayant choisi Léa Drucker et Philippe Katerine pour leur grande finesse d'interprétation alliée à un brin d'originalité, qualités qu'elle jugeait indispensables pour incarner cette famille d'une grande simplicité apparente.
Petite Solange explore le divorce parental à travers le regard inédit d'une adolescente plutôt que celui des adultes concernés, offrant une perspective rarement explorée au cinéma sur cette expérience pourtant très répandue. Le film aborde également la solitude de l'enfant face à la séparation de ses parents, Solange se retrouvant seule à ne pas être informée de la situation, contrairement à son frère aîné jugé plus mûr pour l'assumer. La question de l'amour inconditionnel et de sa possible fin traverse tout le récit, Solange refusant d'accepter l'idée que l'amour de ses parents, qu'elle croyait éternel, puisse un jour s'éteindre. Enfin, le film s'intéresse à l'apprentissage douloureux de la vie adulte à travers cette perte d'innocence précoce, Solange devant faire le deuil de sa vision idéalisée de la famille pour grandir malgré elle.
Face à l'impossibilité d'empêcher la séparation de ses parents, malgré tous ses efforts pour préserver l'unité familiale, Solange se trouve confrontée à une perte d'innocence brutale et prématurée qui marque durablement son passage à l'adolescence. Le film met en scène une décision de la jeune fille qui traduit toute l'ampleur de sa détresse face à cette situation qu'elle ne parvient ni à comprendre ni à contrôler, faute d'avoir été suffisamment informée par ses parents des raisons profondes de leur mésentente. Le récit se termine sur cette bascule dans l'âge adulte, Solange devant désormais apprendre à vivre avec la conscience nouvelle que l'amour, contrairement à ce qu'elle croyait, n'est jamais totalement à l'abri de la fin. Cette conclusion, empreinte de mélancolie mais jamais désespérée, souligne la capacité de résilience de l'enfance face aux bouleversements les plus douloureux de la vie familiale.
Le titre Petite Solange associe directement le prénom de l'héroïne du film à un qualificatif affectueux qui souligne à la fois son jeune âge et la tendresse portée par la réalisatrice à ce personnage central. Ce choix de titre, simple et intime, place d'emblée l'accent sur le point de vue de l'enfant plutôt que sur celui des adultes, orientant ainsi la perception du spectateur vers cette perspective rarement explorée au cinéma sur le sujet du divorce parental. Le diminutif « petite » renforce également la vulnérabilité du personnage face à des événements familiaux qui la dépassent largement, soulignant le décalage entre son âge et la gravité de ce qu'elle doit affronter.
Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, référence explicite revendiquée par la réalisatrice pour son regard sur l'enfance confrontée aux difficultés familiales. L'Incompris de Luigi Comencini, dont l'affiche apparaît dans le film et qui partage une même sensibilité pour le point de vue enfantin sur les drames familiaux. Divorce à l'italienne de Pietro Germi, pour son traitement du thème de la séparation conjugale, ici abordé sous un angle radicalement différent.