Maureen est une jeune Américaine qui vit à Paris, où elle travaille comme acheteuse personnelle pour une célèbre styliste. Mais sa vraie préoccupation est ailleurs : son frère jumeau Lewis est mort récemment d'une malformation cardiaque dont elle est elle-même porteuse, et elle attend un signe de sa part depuis l'au-delà — un pacte qu'ils avaient conclu ensemble. Tandis qu'elle erre entre Paris et Londres dans un état de deuil suspendu, une série de messages mystérieux commence à arriver sur son téléphone, signés d'un expéditeur inconnu. Un film fantôme, hanté par la perte et l'identité, qui défie toutes les cases du genre.
Genèse du film
Personal Shopper naît de la rencontre entre Olivier Assayas et Kristen Stewart lors du tournage de Sils Maria (2014), dans lequel l'actrice américaine interprétait déjà une assistante — un rôle qui lui valut le César de la Meilleure actrice dans un second rôle, une première pour une actrice américaine. Assayas a confié avoir écrit Personal Shopper spécifiquement pour Stewart, fasciné par sa façon d'habiter l'écran — à la fois présente et absente, brûlante et glaciale. Le film s'inspire librement des romans de Daphné du Maurier et de la tradition du film fantôme britannique, mais aussi de la philosophie de Viktor Frankl sur le sens de l'existence face à la mort. Assayas voulait un film qui traite le surnaturel non pas comme un genre mais comme une métaphore du deuil — cette attente impossible d'un signe de celui qui n'est plus là.
Résumé des critiques professionnelles : Personal Shopper divise profondément la critique lors de sa présentation au Festival de Cannes 2016, où il est à la fois hué et ovationné dans la même salle de projection — une réception qui dit l'essentiel de son caractère singulier et indéfinissable. Ceux qui aiment le film le défendent avec passion, saluant l'audace d'Assayas de mixer genre fantastique, thriller et drame existentiel sans jamais plier vers les codes de l'un ou de l'autre. Ceux qui le rejettent lui reprochent son opacité et sa prétention. Kristen Stewart est en revanche presque universellement saluée pour une performance solitaire et intense qui porte le film sur ses épaules.
Réception du public : Le film trouve un public cinéphile enthousiaste, notamment en France et aux États-Unis, où le cinéma d'auteur européen jouit d'une audience fidèle. Il ne prétend pas au grand public et ne l'atteint pas, mais s'installe rapidement comme un objet de discussion et de fascination dans les milieux du cinéma indépendant.
Récompenses obtenues : Olivier Assayas reçoit le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2016 — une récompense qui sanctionne l'originalité formelle du film plutôt que son récit, confirmant le statut du festival comme défenseur du cinéma qui prend des risques. Kristen Stewart est nommée dans plusieurs associations de critiques américains pour la Meilleure actrice.
Inspirations du réalisateur : Olivier Assayas a confié s'être intéressé depuis longtemps aux relations entre les vivants et les morts dans différentes cultures, et à la façon dont le cinéma peut représenter ce que l'on ne voit pas. Il était fasciné par la figure du médium — quelqu'un qui prétend être en contact avec l'au-delà — comme métaphore de l'acteur : quelqu'un qui prête son corps à des présences qui ne sont pas les siennes.
Difficultés de production : Le film, tourné entre Paris et Londres avec une équipe réduite, s'appuie sur la présence presque constante de Kristen Stewart à l'écran — ce qui exigea de l'actrice un niveau d'engagement et d'endurance exceptionnel. Les séquences de messages sur téléphone, qui constituent l'un des moments les plus originaux et les plus discutés du film, furent particulièrement délicates à filmer, Assayas cherchant comment rendre cinématographiquement passionnant un échange de SMS.
Anecdote sur une scène particulière : La longue séquence du train, dans laquelle Maureen reçoit des messages d'un expéditeur inconnu pendant un trajet en Eurostar, a été tournée en grande partie dans un vrai train en marche. Kristen Stewart a joué la quasi-totalité de la scène sans coupures, ce qui donne à la séquence une tension et une concentration rares.
Thèmes abordés
Personal Shopper est un film sur le deuil, l'identité et la question de ce qui reste de soi après la perte de l'être le plus proche. Maureen est littéralement une "acheteuse personnelle" — elle choisit des vêtements, des identités pour quelqu'un d'autre — et cette métaphore professionnelle dit quelque chose de profond sur son état : elle existe pour les autres, dans l'ombre de sa patronne comme dans l'ombre de son frère mort. Le film explore le désir de transgression — Maureen essaie les vêtements de sa patronne, franchit des limites — comme une façon de trouver sa propre forme. La question du surnaturel est traitée comme une métaphore du deuil impossible : si l'on attend un signe de ceux qui sont partis, c'est que l'on n'a pas encore accepté leur absence définitive.
Explication de la fin
La fin de Personal Shopper est l'une des plus ouvertes et des plus débattues du cinéma récent. Maureen, seule dans une maison, semble finalement recevoir le signe qu'elle attendait de son frère — ou peut-être est-ce simplement une projection de son propre désir de clôture. Assayas laisse délibérément la question sans réponse : était-ce un fantôme réel, ou simplement le deuil qui, enfin, se dénoue ? La fin dit que cette distinction n'a peut-être pas d'importance — ce qui compte, c'est que Maureen semble enfin prête à continuer à vivre.
Signification du titre
Personal Shopper désigne le métier de Maureen — acheteuse personnelle pour une célébrité — mais ce titre banal cache une ironie féroce : une femme dont le travail consiste à choisir l'identité des autres n'a pas encore trouvé la sienne. Le titre dit aussi quelque chose sur la nature du film lui-même : un objet consumériste, une surface lisse derrière laquelle se cache une profondeur existentielle que l'on ne soupçonnait pas.
Actualités
Personal Shopper est aujourd'hui considéré comme l'un des films les plus importants d'Olivier Assayas et l'une des grandes performances de la carrière de Kristen Stewart. Le film a contribué à légitimer l'actrice dans le cinéma d'auteur européen, après des années où elle était principalement associée à la saga Twilight. Assayas a depuis réalisé Wasp Network (2019) et plusieurs séries, confirmant sa place parmi les cinéastes les plus inventifs du cinéma français contemporain.
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