1967, cette fois à Rio de Janeiro. L'OSS 117 est de retour pour une nouvelle mission qui l'envoie au Brésil afin de remplacer un agent disparu et de démanteler un réseau d'espions soviétiques. Toujours aussi arrogant, macho et complètement à côté de la plaque, Hubert Bonisseur de La Bath va naviguer entre les favelas, les plages de Copacabana et les milieux de la pègre locale. Accompagné de la séduisante agent double Dolorès Koubliev, il va devoir faire preuve de toute sa fausse bravoure pour survivre aux multiples pièges qui se referment sur lui.
Fort de l'immense succès du premier opus, Michel Hazanavicius et Jean Dujardin décident très rapidement de remettre ça, voulant capitaliser sur la dynamique exceptionnelle qu'ils ont créée. L'idée originelle de cette suite est de déplacer l'action dans les années 60, une période encore plus faste pour les films d'espionnage et marquée par l'esthétique pop et colorée du Brésil. Le réalisateur s'inspire cette fois des James Bond de l'ère Roger Moore, poussant le curseur du comique et de l'absurde encore un peu plus loin. Jean-François Halin revient à l'écriture pour affiner les dialogues ciselés et les situations rocambolesques qui font la signature de la franchise. L'équipe de production bénéficie d'un budget plus conséquent, permettant de véritables tournages en extérieurs à Rio de Janeiro pour ancrer le film dans son décor. Hazanavicius souhaite également explorer de nouvelles facettes de son personnage, en le confrontant à une époque en pleine mutation sociale et culturelle. Finalement, ce deuxième volet naît du désir de l'équipe de parfaire son hommage au cinéma de genre, tout en offrant au public une dose supplémentaire de l'humour qui a fait son succès.
Résumé des critiques professionnelles : La critique salue la performance de l'équipe qui parvient à faire aussi bien, voire mieux, que le premier film, un exploit rare pour une suite. Les journalistes apprécient la montée en puissance de l'absurde et la qualité de la reconstitution des années 60, avec des couleurs chatoyantes et une mise en scène très inspirée. Le duo Dujardin-Bejo est une fois de plus encensé pour son timing comique irréprochable et leur complicité à l'écran. On note aussi une attention particulière portée à la chorégraphie des scènes d'action, qui rivalisent avec les meilleures productions hollywoodiennes de l'époque.
Réception du public : Le public français plébiscite ce retour, offrant au film un excellent démarrage en salles et confirmant l'attachement viscéral des spectateurs pour ce héros décalé. Les répliques fusent et deviennent immédiatement cultes, générant un bouche-à-oreille très favorable qui assure une belle carrière commerciale au long cours. Le film s'impose comme l'un des plus grands succès comiques de l'année, dépassant même les scores de son prédécesseur sur certains week-ends. Les spectateurs repartent enchantés par cette dose de bonne humeur et d'élégance rétro, fidèles en tout point à l'esprit de la franchise.
Récompenses obtenues : Bien que la moisson de César soit légèrement moins impressionnante que pour le premier volet, le film reste très bien considéré par les académies. Il est nommé dans plusieurs catégories techniques et artistiques, récompensant la direction artistique et les costumes d'une grande richesse. Jean Dujardin et Bérénice Bejo reçoivent également des nominations, témoignant de la solidité de leurs interprétations respectives. Le film prouve ainsi que la suite n'est pas seulement un produit dérivé, mais une œuvre à part entière qui mérite sa place au palmarès.
Inspirations du réalisateur : Pour ce deuxième opus, Hazanavicius s'est inspiré des films de la période swinging sixties, notamment les productions de la Hammer et les James Bond plus fantaisistes. Il a également étudié le cinéma brésilien de l'époque, notamment la Tropicália, pour insuffler une énergie nouvelle et un rythme plus trépidant à son récit. L'esthétique visuelle puise beaucoup dans les magazines de mode et les publicités des années 60, avec des couleurs très saturées. Le réalisateur a voulu rendre hommage aux films d'aventure exotiques qui inondaient les écrans à cette époque, en y ajoutant sa touche d'ironie habituelle.
Difficultés de production : Le tournage au Brésil a présenté son lot de défis logistiques, notamment pour obtenir les autorisations de filmer dans des lieux emblématiques comme le Corcovado ou les favelas. L'équipe a également dû faire face à des conditions météorologiques capricieuses, avec des pluies torrentielles qui ont parfois retardé le calendrier. De plus, la complexité des chorégraphies et des scènes d'action a nécessité un entraînement intensif pour Jean Dujardin. Les contraintes douanières pour le matériel de cinéma ont aussi causé quelques sueurs froides à la production lors de l'arrivée à Rio.
Anecdote sur une scène particulière : La scène d'ouverture, où OSS 117 se bat dans un train, a été particulièrement complexe à chorégraphier en raison de l'espace restreint et des mouvements réels du wagon. Jean Dujardin a réalisé une grande partie de ses cascades lui-même, s'attirant les félicitations de l'équipe pour son engagement physique. L'équipe a dû construire un faux wagon en studio pour les plans les plus dangereux, en le montant sur des vérins pour simuler les secousses. Les cascadeurs ont dû répéter pendant des semaines pour que les mouvements paraissent à la fois fluides et désordonnés, collant au personnage.
Casting initialement prévu : Le rôle de l'agent double Dolorès Koubliev a été spécifiquement écrit pour Bérénice Bejo, permettant au réalisateur de mettre en valeur le talent comique de sa compagne. Le personnage de Hubert Bonisseur de La Bath étant indissociable de Jean Dujardin, aucune autre option n'a jamais été sérieusement envisagée. Laurent Spielvogel, qui incarne le méchant Von Zimmel, a été choisi pour son aptitude à jouer des personnages autoritaires avec un second degré parfait. L'apparition de Pierre Bellemare en tant que narrateur a été une surprise de dernière minute, ajoutant une touche de nostalgie radiophonique au film.
Ce volet aborde avec la même ironie les thèmes de la guerre froide, des luttes d'influence en Amérique du Sud et de l'émancipation féminine naissante. Le personnage d'OSS 117, profondément ancré dans ses préjugés, se retrouve confronté à une époque qui commence à changer, notamment à travers le personnage de Dolorès qui affirme son indépendance. On y explore aussi l'absurdité de la bureaucratie, les dérives du capitalisme et les clichés culturels, le tout sur un ton de comédie pure.
La conclusion voit OSS 117 déjouer les plans du cartel d'espions et sauver les intérêts occidentaux au Brésil, non sans une bonne dose de destructions collatérales. Après une course-poursuite effrénée et un affrontement final dans les studios de cinéma, il parvient à neutraliser les antagonistes. Le film se termine sur une note légère, avec le héros qui repart vers de nouveaux cieux, toujours aussi inconscient de l'impact de ses actions et de son charme désuet.
Le titre est une référence directe au langage codé utilisé dans les romans d'espionnage et les films du genre. Rio ne répond plus indique que la station d'écoute ou l'agent en poste à Rio de Janeiro a perdu le contact, signalant un danger imminent ou une compromission du réseau. Cela ancre immédiatement le film dans son décor brésilien et pose le mystère initial qui va pousser le héros à mener l'enquête.
La bande originale de ce deuxième opus, toujours signée Ludovic Bource, monte encore d'un cran dans l'hommage aux musiques de films des années 60. Elle intègre des sonorités bossa nova et des rythmes brésiliens qui s'entremêlent parfaitement avec les cuivres typiques du genre espionnage. Le thème principal est repris et varié, offrant une écoute aussi plaisante que le film lui-même, avec un sens du rythme qui accompagne à merveille l'action.
Suite au succès de ce deuxième film, un troisième opus, OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, a vu le jour en 2021, clôturant la trilogie avec le même succès. Le film reste un pilier de la comédie française et continue d'inspirer de nouvelles générations de cinéastes. Des projets de séries dérivées ou de spin-off ont été évoqués par le passé, mais c'est bien la trilogie cinématographique qui constitue le cœur de l'œuvre.
Évidemment, le premier volet OSS 117, Le Caire, nid d'espions est le premier film à voir ou à revoir. Les amateurs de ce style se tourneront vers la trilogie Austin Powers de Jay Roach, ou vers Johnny English avec Rowan Atkinson pour des parodies d'espions tout aussi savoureuses. Côté français, Le Cerveau de Gérard Oury ou les aventures de Fantômas offrent ce même esprit d'aventure populaire et décalé.