1955, Le Caire. L'agent secret Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, est envoyé en Égypte pour élucider la mort de son collègue Jack Jefferson. Entre charme désuet, maladresses diplomatiques et complots internationaux, il va devoir déjouer les machinations de nazis en fuite et de nationalistes égyptiens. Accompagné de la belle Larmina, il va mener l'enquête avec son arrogance légendaire, prouvant que l'élégance et le patriotisme peuvent parfois faire bon ménage avec la plus totale incompétence.
Le projet de ressusciter OSS 117 germe dans l'esprit de Jean Dujardin et de son complice Michel Hazanavicius, grands admirateurs des romans de Jean Bruce et des premières adaptations cinématographiques des années 1960. L'idée originelle n'est pas de faire une simple parodie, mais de recréer l'esthétique et le ton très particuliers de ces vieux films d'espionnage à la française, avec leurs codes désuets et leur nonchalance. Hazanavicius s'inspire directement du style de Bernard Borderie et d'André Hunebelle, tout en y injectant l'humour absurde et le personnage de Brice de Canet que Dujardin venait de populariser. Le réalisateur puise également dans son amour pour le cinéma de genre et les comédies des années 50, voulant rendre un hommage à la fois tendre et moqueur à cette époque révolue. Le scénario est coécrit avec Jean-François Halin, qui apporte sa pierre à l'édifice en structurant une intrigue d'espionnage classique sur laquelle viennent se greffer les décalages comiques. Le tournage est pensé comme un véritable voyage dans le temps, avec une attention maniaque portée aux décors, aux costumes et au format de l'image. Finalement, ce film marque le début d'une collaboration fructueuse entre le réalisateur et son acteur fétiche, posant les bases de leur future carrière hollywoodienne.
Résumé des critiques professionnelles : La presse française accueille le film avec un enthousiasme unanime, saluant la prouesse de Jean Dujardin qui compose un personnage à la fois hilarant et profondément attachant. Les critiques louent la reconstitution minutieuse des années 50 et l'intelligence d'un humour qui ne tombe jamais dans la caricature grossière. Le Figaro et Les Cahiers du Cinéma s'accordent à dire que le film dépasse le simple exercice de style pour devenir une véritable œuvre cinéphile. On souligne également la qualité de la mise en scène de Michel Hazanavicius, qui parvient à capturer l'essence même du cinéma de genre tout en le subvertissant.
Réception du public : Le public français répond massivement présent, propulsant le film au rang de phénomène culturel dès sa sortie en salles. Les spectateurs sont séduits par les répliques cultes et le charme surannant du héros, créant un véritable bouche-à-oreille qui maintient le film à l'affiche pendant de longs mois. Il devient rapidement un incontournable des soirées télévisées et s'exporte avec un certain succès à l'international. Les fans de cinéma populaire y voient enfin une comédie française qui ne se contente pas de facilismes, mais qui propose un vrai travail d'écriture.
Récompenses obtenues : Cette réussite critique et publique se traduit par une moisson de récompenses lors des cérémonies françaises. Le film rafle notamment plusieurs César, dont celui du meilleur acteur pour Jean Dujardin, consacrant définitivement son talent comique. Il remporte également le Prix du public et le César des lycéens, confirmant son statut de film fédérateur. La reconnaissance de l'Académie des César valide ainsi le pari audacieux de ressusciter un mythe du roman populaire français.
Inspirations du réalisateur : Michel Hazanavicius s'est profondément inspiré des premiers OSS 117 interprétés par Ivan Desny et surtout par Kerwin Mathews dans les productions américaines. Il a également étudié les films de Jacques Martin et les comédies de Marcel Camus pour capturer cette atmosphère de légèreté typiquement française d'après-guerre. Le jeu de Dujardin est calqué sur celui de Sean Connery dans James Bond, mais poussé dans ses derniers retranchements pour en extraire le comique. Le réalisateur a visionné des dizaines de films de série B pour s'imprégner des cadrages et des mouvements de caméra typiques de l'époque.
Difficultés de production : Trouver les financements pour un projet aussi atypique, mélange de reconstitution historique et de parodie, s'est avéré être un véritable parcours du combattant. Les producteurs hésitaient à miser sur un acteur connu principalement pour ses sketchs télévisés dans un rôle de premier plan au cinéma. De plus, la reconstitution du Caire des années 50 a nécessité des décors complexes et coûteux, en grande partie tournés en studio à Paris et au Maroc. L'équipe a dû faire face à des contraintes budgétaires strictes, les obligeant à ruser pour donner l'illusion d'un budget beaucoup plus important.
Anecdote sur une scène particulière : La scène où OSS 117 fait la morale à un groupe d'enfants égyptiens a été particulièrement complexe à tourner en raison de la chaleur écrasante et de l'agitation naturelle des jeunes figurants. Jean Dujardin a dû improviser une grande partie de son monologue, ajoutant ce côté donneur de leçons totalement décalé qui rend la séquence si mémorable. L'équipe a également dû cacher des ventilateurs hors champ pour éviter que les acteurs ne fondent sous leurs costumes en laine épaisse. Il a fallu plusieurs prises pour obtenir le rythme parfait, les enfants ne pouvant pas toujours suivre les indications de mise en scène.
Casting initialement prévu : À l'origine, les producteurs avaient pensé à d'autres acteurs pour incarner l'agent secret, envisageant des profils plus classiques du cinéma français. Cependant, Hazanavicius a toujours voulu Dujardin, allant jusqu'à menacer de ne pas réaliser le film si son ami n'obtenait pas le rôle. Bérénice Bejo, compagne du réalisateur, a également dû passer des essais poussés pour convaincre que son personnage n'était pas qu'un simple faire-valoir. Le choix de Richard Sammel pour le rôle du nazi Von Zimmel s'est imposé grâce à son aptitude à jouer des personnages rigides avec un second degré parfait.
Le film explore avec ironie les thèmes du colonialisme, du machisme et de l'arrogance occidentale typiques de l'époque. À travers les yeux d'un héros profondément réactionnaire et inconscient de ses propres travers, Hazanavicius dresse une satire cinglante des années 50. On y aborde aussi la guerre froide, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la naissance du sentiment nationaliste égyptien, le tout traité avec un décalage comique constant.
La fin du film voit OSS 117 déjouer le complot nazi et égyptien, sauvant ainsi le canal de Suez d'une destruction imminente. Après une fusillade finale spectaculaire dans les souks, il parvient à neutraliser le méchant Von Zimmel. Le héros repart ensuite vers de nouvelles aventures, laissant derrière lui une ville apaisée, bien qu'il n'ait pas vraiment compris les véritables enjeux politiques de sa mission, restant fidèle à sa légendaire superficialité.
Le titre reprend exactement celui du roman original de Jean Bruce publié en 1957. OSS 117 fait référence au matricule de l'agent secret américain Hubert Bonisseur de La Bath, travaillant pour l'Office of Strategic Services. Le Caire, nid d'espions situe l'action dans la capitale égyptienne, véritable plaque tournante du renseignement international durant la guerre froide, soulignant l'aspect géopolitique de l'intrigue.
La bande originale, composée par Ludovic Bource et Kamel Ech-Cheikh, est un élément central de la réussite du film. Elle reprend avec brio les codes des musiques d'espionnage des années 60, mêlant cuivres éclatants, rythmes jazzy et influences orientales pour créer une atmosphère à la fois rétro et incroyablement dynamique. Le thème principal est devenu iconique, capturant parfaitement l'élégance désuète et l'assurance du héros.
Bien que le film soit sorti en 2006, il reste une référence absolue de la comédie française et est régulièrement rediffusé à la télévision. Aucune suite directe n'est actuellement en développement, Michel Hazanavicius et Jean Dujardin ayant exploré d'autres genres cinématographiques depuis. Cependant, le personnage d'OSS 117 continue de vivre à travers des rééditions en Blu-ray collector et des expositions dédiées aux costumes et décors du film.
Les fans de ce film apprécieront certainement sa suite directe, OSS 117, Rio ne répond plus, qui reprend la même formule avec le même brio. On peut également citer Austin Powers, autre parodie brillante des codes du cinéma d'espionnage, ou encore les premiers James Bond avec Sean Connery pour l'esthétique rétro. Du côté du cinéma français, La Grande Vadrouille ou les films de Jean-Paul Belmondo des années 60 offrent ce même mélange d'aventure et de second degré.