Le film raconte l'histoire de Hamlet revisitée à travers le regard d'Ophélie, personnage longtemps réduit à un rôle de victime silencieuse dans la pièce de Shakespeare. Ici, Ophélie est une jeune femme déterminée et observatrice, qui tombe amoureuse du prince Hamlet tout en découvrant les secrets et les trahisons qui gangrènent la cour du Danemark. Loin de se noyer passivement dans la folie, elle choisit son propre destin avec audace. Cette relecture féministe offre une nouvelle lumière sur un chef-d'œuvre de la littérature mondiale.
Ophélie est adapté du roman éponyme de Lisa Klein, publié en 2006, qui propose une réécriture de Hamlet de Shakespeare du point de vue de son personnage féminin le plus célèbre. La réalisatrice australienne Claire McCarthy a été attirée par la possibilité de donner enfin une voix pleine et entière à Ophélie, trop souvent reléguée à un rôle de faire-valoir tragique dans les adaptations classiques. Le projet a mis plusieurs années à se concrétiser, notamment en raison de la difficulté à trouver le bon équilibre entre fidélité à Shakespeare et originalité narrative. Le choix de Daisy Ridley, star de la saga Star Wars, dans le rôle principal a été une décision audacieuse qui visait à attirer un public jeune et contemporain vers un récit historique. Naomi Watts, dans le double rôle de la reine Gertrude et d'une herboriste mystérieuse, apporte une dimension supplémentaire au film. La production a bénéficié de décors naturels somptueux, notamment au Danemark et en République tchèque, pour reconstituer le royaume médiéval de l'œuvre originale. Le film s'inscrit dans une tendance croissante du cinéma contemporain à revisiter les classiques littéraires sous un angle féministe, dans la lignée de Cendrillon ou Maléfique. Claire McCarthy a travaillé en étroite collaboration avec la romancière Lisa Klein pour adapter son œuvre en respectant son esprit tout en l'enrichissant de nouvelles dimensions visuelles.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a réservé un accueil mitigé au film, saluant ses ambitions féministes et la beauté de sa photographie tout en pointant un scénario parfois trop sage dans sa réécriture du mythe. La performance de Daisy Ridley a été jugée convaincante mais sous-exploitée par un scénario qui n'ose pas toujours aller au bout de sa logique subversive. Certains critiques shakespeariens ont critiqué les libertés prises avec le texte original, tandis que d'autres les ont au contraire célébrées.
Réception du public : Le film a trouvé un public principalement composé de jeunes femmes et d'amateurs de littérature classique revisitée. Sa présentation au Festival de Sundance en 2018 lui a offert une bonne visibilité initiale. Sur les plateformes de streaming, il a continué à circuler et à trouver de nouveaux spectateurs, notamment grâce à la popularité de Daisy Ridley.
Récompenses obtenues : Le film n'a pas reçu de récompenses majeures lors des cérémonies habituelles, mais a été sélectionné dans plusieurs festivals dont Sundance, ce qui a contribué à sa légitimité critique. Il a été bien accueilli dans les milieux académiques spécialisés dans les études shakespeariennes et féministes.
Inspirations du réalisateur : Claire McCarthy a déclaré avoir été inspirée depuis longtemps par la figure d'Ophélie, qu'elle considérait comme l'une des grandes injustices de la littérature : un personnage féminin d'une richesse potentielle infinie réduit à un rôle de victime muette. Elle voulait explorer ce que cette femme aurait pu vivre, penser et décider si on lui en avait laissé la possibilité.
Difficultés de production : Le plus grand défi du film a été de rendre la langue et les codes de l'époque accessibles à un public contemporain tout en conservant la dimension poétique et tragique de l'univers shakespearien. Les décors naturels, bien que magnifiques, ont soumis l'équipe à des conditions de tournage parfois difficiles, notamment en raison du froid et des changements météorologiques imprévisibles.
Anecdote sur une scène particulière : La scène de la rivière — qui rejoue la célèbre mort d'Ophélie mais en la transformant en acte volontaire de disparition plutôt qu'en noyade passive — a été l'une des plus complexes à tourner techniquement et émotionnellement. Daisy Ridley a confié qu'elle avait tenu à réaliser elle-même la majorité des prises dans l'eau froide, refusant de déléguer à une doublure cascadeuse pour les plans les plus intenses.
Ophélie est avant tout une œuvre sur l'émancipation féminine, qui transforme un personnage historiquement passif en actrice déterminée de son propre destin. Le regard et le point de vue sont au cœur du film : qui raconte l'histoire détermine qui existe dans cette histoire. La trahison et le secret de cour constituent le cadre dramatique du récit, révélant les mécanismes de pouvoir qui broient les individus les plus vulnérables. L'amour est présenté comme une force à la fois libératrice et dangereuse, capable d'aveugler autant que d'illuminer. Le film explore aussi la question de la folie : simulée ou réelle, elle est dans les deux cas une réponse à un monde invivable. Enfin, la survie comme acte de résistance — Ophélie choisit de vivre là où Shakespeare lui imposait de mourir — constitue le message politique central du film.
Contrairement à la tragédie originale, l'Ophélie de Claire McCarthy ne se noie pas mais simule sa mort grâce à une potion préparée par l'herboriste, alter ego mystérieux de la reine Gertrude. Elle échappe ainsi au piège mortel de la cour danoise et s'enfuit pour vivre une autre vie, à l'abri des intrigues qui ont détruit tous ceux qu'elle aimait. Cette fin radicalement différente de Shakespeare est le cœur politique du film : refuser la mort imposée, choisir de vivre plutôt que de se consumer dans une tragédie écrite par d'autres. La dernière image d'Ophélie, libre et en route vers un avenir inconnu mais choisi, est celle d'une victoire tranquille sur les forces qui voulaient sa perte.
Le titre Ophélie est d'une clarté programmatique : il annonce que ce film appartient à ce personnage, que c'est son histoire et non celle de Hamlet. Nommer le film du prénom de celle qui était traditionnellement un personnage secondaire est en soi un acte de restitution symbolique. Ophélie, dont le prénom vient du grec opheleia (aide, secours), est ici transformée de personnage secouru en personnage qui se sauve elle-même. Ce titre minimal dit l'essentiel : une femme existe, pense, ressent et agit — et cela mérite d'être raconté.
Depuis sa sortie, Ophélie a continué à circuler dans les programmes d'études féministes et de littérature anglaise, où il est utilisé comme support pédagogique pour aborder les relectures contemporaines de Shakespeare. Daisy Ridley a continué à développer sa carrière après la fin de la saga Star Wars, cherchant des rôles plus complexes et indépendants. Le film reste un exemple représentatif du mouvement de réappropriation féministe des classiques littéraires qui a marqué le cinéma des années 2010-2020.