Betty Sizemore est une serveuse de province douce et naïve qui s'évade de son quotidien morose en regardant son feuilleton télévisé préféré, un soap opera médical. Un jour, elle est le témoin traumatisé du meurtre brutal de son mari par deux tueurs à gages professionnels. Sous le choc, Betty développe une amnésie dissociative et se persuade qu'elle est réellement une infirmière, fiancée au médecin vedette de la série. Elle décide alors de traverser le pays pour rejoindre Los Angeles et retrouver son grand amour de fiction, ignorant qu'elle est poursuivie par les assassins.
L'idée originale est issue d'un scénario original écrit par John C. Richards et Kimberly Kaufman, qui souhaitaient explorer l'impact de la culture pop et de la télévision sur la psyché des gens ordinaires. Le réalisateur Neil LaBute a eu le coup de foudre pour cette histoire qui mêlait de façon inédite la comédie satirique et la violence brute du film noir. Son inspiration est venue de sa volonté de réaliser une fable moderne sur la recherche du bonheur et le besoin d'illusion. Le projet s'est construit comme un road-movie excentrique à travers l'Amérique profonde.
La presse internationale a accueilli le film avec un grand enthousiasme, louant l'originalité de son ton qui oscille habilement entre humour féroce et pure tendresse. Les critiques ont particulièrement encensé la performance lumineuse de Renée Zellweger, qui parvient à rendre son personnage d'amnésique profondément touchant et jamais ridicule. Le duo d'assassins incarné par Morgan Freeman et Chris Rock a également été salué pour son ironie mordante.
Le public a été agréablement surpris par ce film singulier qui détourne les codes de la comédie hollywoodienne classique. Les spectateurs ont adoré l'humour noir de l'intrigue et l'évolution psychologique du personnage de Betty tout au long de son voyage. C'est devenu une œuvre culte du début de la décennie pour les amateurs de cinéma indépendant américain.
Le film a connu un immense triomphe au Festival de Cannes 2000, où il a remporté le Prix du scénario. De plus, Renée Zellweger a gagné le prestigieux Golden Globe de la meilleure actrice dans une comédie en 2001, ce qui a définitivement lancé sa carrière vers les sommets d'Hollywood.
Le réalisateur s'est inspiré des classiques de la comédie loufoque (screwball comedy) tout en y intégrant une esthétique visuelle soignée pour différencier le monde réel de l'univers saturé du feuilleton télévisé.
La production a dû veiller à équilibrer les scènes de pure comédie avec les éclats de violence du début du film pour ne pas perdre l'adhésion du spectateur en route.
Une scène particulièrement délicate a été celle où Betty rencontre enfin l'acteur de la série, qui pense qu'elle est simplement une comédienne de méthode très intense, créant un quiproquo mémorable.
Pour le casting initial, le rôle des tueurs à gages a été confié à Morgan Freeman et Chris Rock précisément pour créer un contraste comique de générations et de styles de jeu totalement opposés.
Le film traite du pouvoir thérapeutique du déni, de la frontière poreuse entre fiction et réalité dans la société des médias, et de l'émancipation féminine. À travers son délire, Betty parvient à échapper à la domination d'un mari violent et à se construire une force intérieure inédite, prouvant que l'illusion peut parfois aider à surmonter les traumatismes réels.
À la fin, après avoir réalisé la supercherie et survécu aux tueurs, Betty refuse l'offre de l'acteur d'intégrer réellement la série télévisée. Elle décide d'utiliser son indépendance fraîchement acquise pour faire de vraies études d'infirmière et voyager à travers le monde. C'est la conclusion positive d'une guérison psychologique et d'une véritable prise en main de son destin.
Le titre fait référence à l'identité fictive que s'attribue le personnage principal durant sa crise d'amnésie. Il symbolise le masque protecteur qu'elle enfile pour survivre à la violence du monde réel et réinventer sa propre existence à partir de rien.
Le film est régulièrement cité par les critiques comme l'une des meilleures satires américaines des années 2000 et continue d'être projeté lors de rétrospectives consacrées aux lauréats du Festival de Cannes.
Fargo, Prête à tout, Little Miss Sunshine, Tootsie.