Nour, seize ans, vit des journées d'été insouciantes entourée de ses amis, portée par les rêves et les joies simples de son âge. Sa vie bascule lorsque Maurice, un homme de trente-cinq ans, jette son dévolu sur elle et qu'elle se retrouve contrainte de l'épouser. Sa légèreté d'adolescente laisse alors place à un quotidien confiné, rythmé par les tâches ménagères et l'absence de perspective. Le film retrace ce basculement brutal d'une enfance interrompue vers une vie d'adulte imposée sans consentement véritable.
Le film aborde de front la question du mariage forcé de mineures, une réalité encore actuelle dans certaines régions du monde, à travers le destin d'une adolescente contrainte d'épouser un homme bien plus âgé qu'elle. Le scénario, coécrit par le réalisateur Khalil Dreyfus Zaarour et Elissa Ayoub, cherche à documenter de l'intérieur le basculement d'une jeunesse insouciante vers une vie d'adulte imposée sans consentement réel. Le projet s'inscrit dans une volonté de sensibilisation à cette pratique, encore trop peu représentée à l'écran dans le cinéma libanais et arabe.
Le film a été distingué dans plusieurs festivals régionaux, remportant notamment les prix du meilleur film, de la meilleure réalisation et de la meilleure actrice à l'Alexandria International Film Festival en 2018, ainsi qu'un prix du jury jeune public au Festival du film arabe la même année. Le public a réagi avec une forte émotion, de nombreux spectateurs témoignant avoir été profondément marqués par la façon dont le film met en lumière une réalité sociale rarement montrée avec autant de franchise. Le film a également reçu un prix spécial du jury au Festival des droits des femmes et du cinéma, confirmant sa portée militante au-delà du seul cercle cinéphile.
Le scénario s'est construit avec la volonté assumée de donner une voix cinématographique à une problématique sociale encore taboue dans certaines sociétés, celle du mariage précoce imposé à des adolescentes sans leur consentement. La mise en scène a cherché à marquer un contraste très net entre l'insouciance filmée des scènes d'été entre amis et l'enfermement progressif du quotidien conjugal imposé à l'héroïne, afin de souligner la brutalité de cette rupture.
Le film dénonce frontalement la pratique du mariage forcé de mineures et ses conséquences sur la vie et l'épanouissement d'une adolescente. Il interroge le poids du silence familial et social qui permet à de telles unions de se perpétuer sans réelle contestation. La perte brutale de l'enfance et de l'insouciance occupe une place centrale, le film opposant sans cesse les jours heureux d'avant à l'enfermement du mariage imposé. Il questionne également le pouvoir de l'argent et du statut social, l'écart de richesse entre l'adolescente et son futur mari facilitant l'acceptation de cette union par l'entourage. Enfin, le film porte un regard sur la résilience et la mémoire du bonheur perdu, l'héroïne continuant intérieurement de porter le deuil de sa liberté d'avant.
Le film se referme sur le constat amer d'une existence désormais figée dans la routine domestique, l'héroïne portant le deuil silencieux de ses rêves et de sa liberté d'adolescente. Cette conclusion volontairement sobre, sans happy end ni résolution spectaculaire, cherche à souligner la réalité durable et non résolue vécue par de nombreuses jeunes filles mariées de force, plutôt qu'à offrir un dénouement rassurant.
Nour signifie « lumière » en arabe, un prénom porteur d'espoir et de clarté qui entre en contraste frontal avec l'obscurité progressive dans laquelle sombre le quotidien de l'héroïne après son mariage forcé.
Le film s'inscrit dans une filiation de cinéma engagé sur la condition des jeunes filles, aux côtés d'œuvres comme Wadjda, qui abordent elles aussi la place des femmes et des mineures dans des sociétés patriarcales.