Après quarante ans d'absence, Felice Lasco revient dans son quartier natal de la Sanità, à Naples, où vit encore sa mère vieillissante. Il redécouvre les ruelles de son enfance et cherche à renouer avec Oreste, son ami d'autrefois devenu une figure redoutée du crime organisé local. Malgré les mises en garde d'un prêtre du quartier, Felice s'entête à percer le mystère de la rupture qui l'a jadis contraint à l'exil vers le Moyen-Orient. Le film déroule ainsi, avec mélancolie, le poids d'un passé qui ne s'efface jamais vraiment.
Nostalgia adapte le roman éponyme de l'écrivain italien Ermanno Rea, publié en 2016, qui explore lui-même le retour d'un exilé napolitain dans son quartier d'origine. Mario Martone, cinéaste et homme de théâtre napolitain de naissance, a immédiatement pensé au livre comme une matière idéale pour prolonger sa réflexion personnelle sur sa ville et sur ce qu'être Napolitain signifie au-delà de la simple appartenance italienne. Le réalisateur confie avoir eu l'idée de confier le rôle principal à Pierfrancesco Favino dès la lecture du roman, en misant justement sur le fait que l'acteur, d'origine romaine, apporterait une distance salutaire à un personnage qui a lui-même perdu ses repères napolitains après quarante ans d'exil. Martone s'est particulièrement attaché à filmer le quartier de la Sanità, un quartier populaire construit à flanc de colline près des catacombes, qu'il connaît intimement pour y avoir grandi. Le film s'ouvre sur une citation du poète et cinéaste Pier Paolo Pasolini sur la nostalgie comme forme de connaissance, qui éclaire d'emblée l'intention du réalisateur de dépasser la simple mélancolie sentimentale. Nostalgia a été présenté en compétition officielle pour la Palme d'or au Festival de Cannes 2022, confirmant la reconnaissance internationale dont bénéficie le cinéaste napolitain.
La critique a salué la subtilité avec laquelle Mario Martone explore les fantômes de l'Italie contemporaine à travers le prisme individuel de son personnage principal, tout en soulignant une seconde partie du récit jugée par certains plus répétitive et moins tenue en tension que la première. La performance de Pierfrancesco Favino a été unanimement remarquée, confirmant le statut de l'acteur comme l'un des plus importants de sa génération en Italie. Plusieurs observateurs ont comparé le film à Gomorra de Matteo Garrone pour son ancrage napolitain, tout en notant une approche plus intime et moins spectaculaire de la criminalité organisée. Le public italien et international a réservé un accueil respectueux au film, davantage porté par sa dimension contemplative que par un rythme haletant, ce qui a pu limiter son succès auprès d'un public plus large en quête de sensations fortes. Les spectateurs napolitains, en particulier, ont salué la fidélité de la reconstitution du quartier de la Sanità et de son atmosphère si particulière. Le film a bénéficié d'une exposition importante grâce à sa sélection cannoise, qui lui a permis de circuler largement dans les festivals internationaux. Sur le plan des récompenses, Nostalgia a remporté quatre prix Nastro d'Argento, dont celui du meilleur réalisateur et du meilleur acteur pour Pierfrancesco Favino, ainsi qu'un David di Donatello du meilleur acteur dans un second rôle pour Francesco Di Leva. Le film a également été proposé pour représenter l'Italie aux Oscars 2023, sans toutefois figurer dans la sélection finale.
Inspirations du réalisateur : Mario Martone a puisé directement dans son identité napolitaine pour construire ce récit du retour, expliquant que le personnage de Felice traverse une transformation à la fois temporelle et linguistique après quarante années passées loin de sa ville natale. Casting initialement prévu : Le choix de confier le rôle du Napolitain Felice à l'acteur romain Pierfrancesco Favino a été assumé dès la lecture du roman par Mario Martone, qui a jugé que cette distance d'origine servirait justement le personnage d'un homme devenu étranger à sa propre ville après des décennies d'exil.
Nostalgia explore avant tout le retour aux origines et la difficulté de renouer avec un passé que le temps a profondément transformé. Le film interroge la loyauté et l'amitié d'enfance, mise à l'épreuve par les choix de vie radicalement différents empruntés par Felice et Oreste. La criminalité organisée napolitaine est traitée en arrière-plan constant, sans jamais devenir le sujet frontal du récit, mais comme une force qui façonne insidieusement le destin des personnages. Le poids de l'exil et le sentiment de déracinement irriguent l'ensemble du film, Felice n'étant plus vraiment chez lui ni à Naples ni ailleurs. La religion, incarnée par le personnage du prêtre de quartier, apparaît comme une tentative de rédemption sociale face à l'emprise du crime organisé. Enfin, le film aborde la vieillesse et la relation filiale à travers les retrouvailles de Felice avec sa mère, dont la santé déclinante accentue l'urgence de son retour.
Vers la fin du film, Felice finit par retrouver Oreste et comprend que leur amitié d'enfance ne peut être ressuscitée telle qu'elle était, les décennies et les choix de vie ayant creusé un fossé impossible à combler. La conclusion du film reste teintée d'ambiguïté sur le sort réservé à Felice, dont l'insistance à renouer avec son passé le place en danger face aux réseaux criminels que contrôle désormais son ancien ami. Mario Martone choisit de ne pas trancher totalement sur cette issue, préférant laisser planer une forme de fatalité tragique cohérente avec la citation de Pasolini qui ouvre le film sur la nostalgie comme douleur de la connaissance. Cette fin en clair-obscur souligne que le retour aux origines, aussi nécessaire soit-il, ne garantit jamais la paix intérieure recherchée.
Le titre Nostalgia renvoie explicitement au sentiment central qui habite Felice tout au long du film, ce mélange de désir de retour et de douleur du souvenir qui, étymologiquement, définit le mot grec dont il est issu : nóstos, le retour, et álgos, la douleur. Le film explore ainsi la nostalgie non comme une simple mélancolie douce, mais comme une véritable blessure liée à l'impossibilité de retrouver intact ce qui a été perdu.
La musique du film s'appuie notamment sur plusieurs morceaux du groupe électronique allemand Tangerine Dream, dont l'atmosphère planante et hypnotique accompagne avec justesse l'errance mentale de Felice dans les ruelles de son enfance napolitaine.
Nostalgia continue d'être régulièrement projeté dans les cinémathèques et festivals consacrés au cinéma italien contemporain, confirmant la place de Mario Martone parmi les réalisateurs transalpins les plus respectés de sa génération. Le film reste disponible en VOD et en Blu-ray dans plusieurs pays européens depuis sa sortie.
Les amateurs de Nostalgia apprécient généralement Gomorra de Matteo Garrone pour son exploration de la criminalité organisée napolitaine, ainsi que Le Traître de Marco Bellocchio, autre film italien porté par une performance marquante de Pierfrancesco Favino.