À Tanger, Naïma élève seule ses trois fils après la mort de son mari. Ses deux aînés ont déjà cédé à la tentation de l'exil clandestin vers l'Espagne, dont les côtes semblent si proches. Lorsque le cadet, Hossein, seize ans, envisage à son tour de partir, Naïma refuse cette fois de le laisser faire. Elle invente un prétexte pour l'emmener loin de la tentation, vers un village du sud du Maroc, où mère et fils vont devoir réapprendre à se faire confiance.
Olivier Coussemacq, scénariste et réalisateur français déjà auteur de L'Enfance du mal, a construit Nomades à partir d'une expérience personnelle douloureuse : la perte précoce de sa mère et son propre déchirement d'avoir dû quitter le Maroc, pays de son enfance. Plutôt que de raconter une autobiographie directe, il choisit de transposer ce deuil dans le vécu d'une jeunesse marocaine contemporaine tentée par l'exil, à travers le regard d'une mère qui refuse de perdre un troisième fils. Le film est une coproduction franco-marocaine, tournée avec des comédiens en grande partie non professionnels.
Résumé des critiques professionnelles : La presse spécialisée a salué la sincérité et la délicatesse du film, tout en notant qu'il pouvait parfois manquer de complexité dans le traitement du sujet de l'exil. La mise en scène sobre et la qualité de la photographie ont été particulièrement remarquées, de même que la performance du jeune acteur principal, Jamil Idrissi. Réception du public : Le film a trouvé un public plus confidentiel, conforme à sa distribution en salles limitée, mais a été bien accueilli lors de sa présentation dans plusieurs festivals internationaux, notamment au Festival international du film de Moscou.
Inspirations du réalisateur : Olivier Coussemacq a confié que le film puisait directement dans son propre deuil et dans son rapport douloureux à l'exil, sans pour autant vouloir en faire une autobiographie littérale ; il a préféré transposer ces émotions dans le portrait d'une mère marocaine contemporaine. Difficultés de production : Le tournage s'est déroulé au Maroc, orchestré localement par le comédien et cinéaste Mohamed Nadif, qui interprète également un petit rôle dans le film ; les trois jeunes acteurs jouant les frères étaient tous des comédiens non professionnels, ce qui a nécessité un important travail de direction d'acteurs sur place.
Nomades explore la tentation de l'exil qui pousse une partie de la jeunesse marocaine à risquer sa vie pour rejoindre l'Europe, ainsi que la douleur des familles qui restent. Il questionne aussi la manière dont une mère peut regagner la confiance d'un fils en s'affirmant elle-même, dans une société où les femmes doivent souvent ruser pour exercer une forme de pouvoir. Le film oppose enfin le monde urbain, tourné vers l'ailleurs, à la vie rurale, plus enracinée mais tout aussi complexe.
Le film se conclut sur un rapprochement entre Naïma et Hossein, qui renonce finalement à son projet de départ après avoir vécu ses premiers émois amoureux et pris conscience des contradictions de son désir d'ailleurs. Cette résolution, plus intime que spectaculaire, montre que la mère parvient à retenir son fils non par la contrainte mais par l'exemple de sa propre force et de sa capacité à se réinventer.
Le titre Nomades renvoie autant à la tentation de l'exil qui hante la jeunesse tangéroise qu'au mode de vie plus traditionnel de la famille du sud marocain vers laquelle Naïma entraîne son fils, suggérant que le déracinement peut aussi être une voie de reconstruction.
La musique du film a été composée par la pianiste et compositrice Sarah Murcia, dont les sonorités feutrées accompagnent avec discrétion la tension sourde du récit.
Sorti en France le 7 août 2019, Nomades reste un film assez confidentiel dans la filmographie d'Olivier Coussemacq, davantage connu pour son travail de scénariste, notamment sur plusieurs films policiers français.
Nomades peut être rapproché d'autres films traitant de l'exil et de la jeunesse maghrébine, comme Much Loved ou certains films de Nabil Ayouch, qui partagent un même regard sensible sur les tentations et les impasses de l'émigration clandestine.