Dans un monde rongé par la violence et la cupidité des hommes, Noé reçoit une vision prophétique annonçant un déluge destiné à effacer l'humanité corrompue de la surface de la Terre. Guidé par cette mission divine, il entreprend de construire une arche immense afin de sauver sa famille et un couple de chaque espèce animale. Alors que la pluie s'apprête à tout engloutir, Noé doit affronter les hordes désespérées cherchant à s'emparer de son embarcation, ainsi que ses propres doutes sur la nature de l'humanité qu'il est censé préserver. Le film transforme le récit biblique en une épopée fantastique et intime sur la culpabilité, la foi et le libre arbitre.
Darren Aronofsky nourrit le projet d'adapter l'histoire de Noé depuis l'âge de treize ans, époque à laquelle il avait remporté un concours de rédaction des Nations unies consacré à ce récit biblique. Le réalisateur évoque pour la première fois publiquement ce projet en 2007, fasciné par la dimension à la fois intime et cosmique de cette figure de l'Ancien Testament. Avec son collaborateur de longue date Ari Handel, il développe un script qui prend d'importantes libertés par rapport au texte biblique original, transformant la mission de Noé en une aventure fantastique traversée de doutes existentiels. En attendant de trouver un financement suffisant, les deux hommes adaptent d'abord leur récit sous la forme d'un roman graphique publié en 2011. Le scénariste John Logan, habitué des grandes productions hollywoodiennes, est ensuite engagé pour retravailler le script aux côtés d'Aronofsky. Russell Crowe est choisi pour incarner Noé, retrouvant Logan Lerman qu'il avait déjà côtoyé sur un précédent tournage. Le tournage principal se déroule en grande partie en Islande, dont les paysages désolés et minéraux viennent nourrir l'atmosphère apocalyptique du récit.
Le film reçoit des critiques globalement positives dans les pays occidentaux, saluant l'ambition visuelle du projet et la prestation habitée de Russell Crowe, tandis que d'autres observateurs jugent le scénario trop simplifié au regard de la richesse du sujet abordé. La photographie volontairement grisâtre de Matthew Libatique et les effets spéciaux inhabituels imaginés pour les animaux sont particulièrement remarqués par la presse spécialisée. Certains critiques soulignent également la résonance contemporaine du propos écologique du film, perçu comme une mise en garde sur la responsabilité humaine face à la nature. Le public se montre plus partagé que la critique professionnelle, une partie des spectateurs jugeant le film décevant au regard de ses ambitions initiales et de son budget conséquent. Le film suscite également une controverse importante dans plusieurs pays à majorité musulmane, où sa diffusion est interdite en raison de la représentation jugée offensante d'une figure prophétique commune aux trois grandes religions monothéistes. Malgré ces polémiques, le film parvient à rentabiliser son important budget de production à l'échelle mondiale. Le film obtient le Golden Globe de la meilleure chanson originale pour le titre Mercy Is interprété par Patti Smith, une récompense qui vient saluer la dimension musicale soignée du projet malgré un accueil critique et commercial plus mesuré sur le plan narratif.
Darren Aronofsky a délibérément refusé d'utiliser de véritables animaux durant le tournage, préférant recréer intégralement en images numériques les milliers de créatures peuplant l'arche, avec la volonté explicite qu'elles ne ressemblent pas exactement aux espèces animales contemporaines. Cette approche a nécessité un travail considérable de la société Industrial Light & Magic pour concevoir plus de quatorze mille animaux numériques inédits. Le réalisateur a par ailleurs connu un conflit important avec le studio Paramount autour du montage final du film, les producteurs souhaitant tester plusieurs versions alternatives face aux réactions inquiètes d'un public test majoritairement religieux, avant de finalement accepter la version personnelle d'Aronofsky. Le tournage en Islande a également nécessité une logistique importante, notamment pour la construction du décor de l'arche installé aux États-Unis.
Le film explore la culpabilité du survivant et le poids du libre arbitre face à une mission dictée par une volonté supérieure, Noé se retrouvant tourmenté par la question de savoir si l'humanité qu'il préserve mérite réellement d'être sauvée. Il aborde également la responsabilité de l'homme envers la nature, dans une résonance clairement contemporaine avec les enjeux écologiques actuels. La foi aveugle et ses dérives potentielles constituent un autre axe important du récit, Noé sombrant progressivement dans un comportement de plus en plus radical et isolé de sa propre famille.
Après le déluge, Noé s'isole dans un profond désespoir, incapable de trouver un sens à sa survie et rongé par le poids de la mission qu'il a accomplie. C'est finalement sa famille, et notamment sa fille adoptive Ila, qui lui permet de retrouver un but et une raison de continuer à vivre, en lui rappelant que la nouvelle humanité qu'ils doivent fonder repose désormais sur le pardon et non plus sur le jugement. Le film se conclut sur une bénédiction adressée par Noé à ses descendants, marquant sa réconciliation avec sa propre humanité après avoir accompli, au prix de terribles épreuves morales, la mission qui lui avait été confiée.
Le titre Noé reprend simplement le nom du personnage central du récit biblique, choisi par une puissance supérieure pour préserver la vie sur Terre face à un déluge destiné à punir la corruption de l'humanité.
La musique du film, composée par le collaborateur habituel de Darren Aronofsky, Clint Mansell, épaulé par le Kronos Quartet, déploie des nappes orchestrales à la fois inquiétantes et poétiques qui accompagnent efficacement la dimension à la fois intime et cosmique du récit.
Noé continue d'être régulièrement cité dans les discussions consacrées aux adaptations cinématographiques contemporaines de récits bibliques, ainsi que dans les analyses portant sur la dimension écologique de certaines productions hollywoodiennes des années 2010. Les polémiques entourant son interdiction dans plusieurs pays restent également évoquées dans les articles consacrés à la réception internationale du film.
Les amateurs du film pourront apprécier Exodus: Gods and Kings pour un autre péplum biblique sorti la même année, Gladiator pour retrouver Russell Crowe dans un registre épique similaire, ou encore The Fountain, autre film de Darren Aronofsky partageant une dimension métaphysique comparable.