En pleine ruée vers l'or, l'Irlandais Patrick Tate s'est installé avec sa femme française Audrey et leurs deux enfants dans la petite ville paisible de Garlow, sur le sentier californien. Charpentier et croque-mort, il voit ses affaires prospérer le jour où le hors-la-loi Dutch Albert débarque en ville et y installe saloon, jeux d'argent et prostitution. Tiraillé entre l'argent facile généré par la violence ambiante et la sécurité de sa famille, Patrick entretient une relation de plus en plus trouble avec cet homme dangereux. Alors que les meurtres s'accumulent, il devra choisir son camp avant qu'il ne soit trop tard.
Écrit et réalisé par l'Irlandais Ivan Kavanagh, jusqu'alors surtout connu pour ses films d'horreur The Canal et Son, Never Grow Old marque son incursion dans le western revisionniste. Dans un entretien accordé à Cineuropa avant la sortie américaine du film, Kavanagh explique que sa principale source d'inspiration a été les photographies de pionniers prises à partir des années 1850, dont les visages marqués par la dureté de la vie l'ont profondément marqué. Il s'est également nourri des hymnes religieux de l'époque, empreints de résignation face à la misère et d'espoir placé dans l'au-delà, pour restituer une image sobre et sincère de la fondation de l'Amérique et de l'expérience de l'immigration. Le réalisateur a voulu rendre hommage aux westerns qu'il admirait enfant tout en y injectant une noirceur et un réalisme cru propres à sa sensibilité de cinéaste d'horreur.
L'accueil critique a été mitigé mais globalement respectueux du travail de mise en scène d'Ivan Kavanagh. Plusieurs journaux français, dont L'Obs et Le Parisien, ont salué l'atmosphère habilement reconstituée du film, tourné en Irlande, qui offre au genre une lumière inhabituelle et une boue omniprésente loin des westerns américains traditionnels. La prestation de John Cusack, dans un rôle de méchant inquiétant et habité, a été particulièrement remarquée par la critique, certains y voyant l'une de ses meilleures compositions depuis longtemps. Le public a lui aussi souligné la performance de John Cusack et d'Emile Hirsch, tout en jugeant le rythme du film parfois trop lent pour un genre habituellement plus nerveux. Les amateurs de westerns crépusculaires, comme Bone Tomahawk ou The Wild Bunch, ont globalement apprécié cette proposition sombre et sans concession. Aucune récompense majeure n'a été recensée pour ce film distribué de façon relativement confidentielle, davantage remarqué pour ses qualités esthétiques que pour un quelconque palmarès en festival.
Malgré une intrigue qui se déroule officiellement en Californie pendant la ruée vers l'or, le tournage a eu lieu en Irlande, notamment dans la région du Connemara, dont les paysages bruts et humides ont permis de recréer une frontière américaine inhabituellement sombre et pluvieuse. C'est le deuxième film sur lequel Ivan Kavanagh et Emile Hirsch collaborent, les deux hommes retravaillant ensemble deux ans plus tard sur le film Son.
Never Grow Old s'intéresse à la corruption progressive d'un homme ordinaire par l'appât du gain, et à la manière dont la violence environnante finit par contaminer même les esprits les plus pacifiques. Le film interroge aussi la fragilité de la communauté face à l'arrivée d'un élément déstabilisateur extérieur, suggérant que l'individualisme forcené ne suffit jamais à remplacer la solidarité collective. L'expérience de l'immigration irlandaise et française sur le sol américain traverse également tout le récit, en écho direct aux origines de son réalisateur.
Acculé par la spirale de violence qu'il a lui-même nourrie en profitant du chaos semé par Dutch Albert, Patrick Tate finit par se retourner contre lui pour protéger sa famille, mettant un terme à une complicité tacite devenue intenable. La scène d'ouverture du film, qui montre un homme armé entrant dans l'église de Garlow, prend alors tout son sens rétrospectif : le récit boucle sur lui-même pour révéler le prix payé par Patrick pour racheter sa complaisance envers le mal qu'il avait laissé s'installer dans sa ville.
Le titre Never Grow Old (« ne jamais vieillir ») fait référence à un hymne religieux de l'époque, évoqué par le réalisateur comme source d'inspiration, qui promettait aux fidèles une vie éternelle après la mort en réponse à la dureté de leur existence terrestre. Il souligne par contraste la mortalité omniprésente qui frappe les habitants de Garlow tout au long du récit.
On peut rapprocher ce film de Bone Tomahawk pour sa noirceur crue, de The Wild Bunch pour sa vision désenchantée de l'Ouest américain, ou encore de In a Valley of Violence pour la figure du personnage pacifique poussé à la violence.