Dimanche, 12 juillet 2026
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Nelly et Mr Arnaud

Nelly et Mr Arnaud

1995 France, Italie, Allemagne
Synopsis

Nelly, jeune femme brillante mais sans emploi et dont le mariage s'effondre, accepte la proposition inattendue de Monsieur Arnaud, homme riche et solitaire à l'âge de sa retraite, de taper à la machine ses mémoires contre rémunération. Au fil des séances de travail, une relation ambiguë et non dite se tisse entre eux, ni amour, ni amitié ordinaire, quelque chose de plus complexe et de plus précieux que les catégories habituelles ne permettent de nommer. Le dernier film de Claude Sautet, d'une maturité et d'une élégance absolument remarquables.

Genèse du film

Nelly et Monsieur Arnaud est le dernier film de Claude Sautet, réalisé alors que le cinéaste était conscient que sa santé déclinait, et qui porte en lui cette conscience particulière de la fin des choses et de la beauté mélancolique du temps qui passe. Le scénario, co-écrit par Sautet et Jacques Fieschi, voulait explorer une forme de relation amoureuse ou quasi-amoureuse qui refuse toutes les conventions romanesques habituelles et qui existe dans un espace intermédiaire difficile à nommer — entre admiration et tendresse, entre désir refoulé et respect profond. La construction de deux personnages très différents par l'âge, la situation sociale et la façon d'être au monde, mais d'une égalité absolue dans leur intelligence et leur sensibilité, constituait le défi central du scénario. Emmanuelle Béart et Michel Serrault, réunis pour la première fois, apportaient chacun à leur personnage une présence et une complexité qui transcendaient les limites du matériau écrit pour créer quelque chose d'unique et d'irremplaçable à l'écran.

Critiques et réception

Résumé des critiques professionnelles : Nelly et Monsieur Arnaud a été accueilli comme un chef-d'œuvre de la maturité cinématographique, les critiques saluant unanimement la finesse et l'intelligence de la mise en scène de Sautet, qui atteignait ici une épure et une profondeur rarement égalées dans toute sa filmographie. La performance de Michel Serrault a été qualifiée d'inoubliable, et celle d'Emmanuelle Béart de révélation d'une actrice enfin à la hauteur de tout son talent.

Réception du public : Le film a connu un grand succès public en France et en Europe, touchant un public large et fidèle à la qualité du cinéma de Sautet tout en conquérant de nouveaux spectateurs séduits par la beauté et l'intelligence du film. Il est demeuré longtemps en salles grâce au bouche-à-oreille.

Récompenses obtenues : Nelly et Monsieur Arnaud a remporté le César du Meilleur film et le César du Meilleur réalisateur en 1996, couronnant le dernier film d'un des plus grands cinéastes français de sa génération. Michel Serrault a également été nominé pour sa performance.

Anecdotes de tournage

Inspirations du réalisateur : Claude Sautet a inscrit ce film dans la continuité de toute sa filmographie sur les relations humaines complexes et les sentiments que les conventions sociales empêchent d'exprimer ouvertement, en poussant encore plus loin que dans ses films précédents le refus des explications verbales au profit des regards, des silences et des gestes.

Difficultés de production : Sautet travaillait dans des conditions de santé difficiles lors du tournage, ce qui l'a contraint à une économie de moyens et d'énergie qui a paradoxalement renforcé la sobriété et l'épure de sa mise en scène. Ce film a été réalisé par un homme qui savait qu'il était peut-être en train de signer son testament cinématographique.

Anecdote sur une scène particulière : La scène dans laquelle Monsieur Arnaud demande à Nelly de ne plus revenir, non par rejet mais par une forme de protection de lui-même face à des sentiments qui le dépassent, est d'une sobriété et d'une intensité qui résument tout le style de Sautet : ce qui n'est pas dit, ce qui ne sera jamais dit, pèse infiniment plus que ce qui est exprimé.

Thèmes abordés

Nelly et Monsieur Arnaud explore les formes de relations humaines qui résistent à la catégorisation — ni amitié, ni amour, ni simple rapport professionnel — et la façon dont les différences d'âge, de sexe et de condition sociale n'empêchent pas la naissance de quelque chose d'authentique et de précieux entre deux êtres. Le film aborde aussi la vieillesse et le retrait progressif du monde qui l'accompagne, à travers le personnage de Monsieur Arnaud qui n'a plus rien à prouver mais qui découvre dans la présence de Nelly une raison inattendue de continuer à s'intéresser à l'existence. La liberté et la dépendance dans les relations amoureuses, incarnées dans la relation de Nelly avec l'homme plus jeune Jérôme, constituent un contrepoint à la relation principale et révèlent ce que Nelly cherche réellement.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Monsieur Arnaud écarte Nelly de sa vie au moment où leurs sentiments deviennent trop présents pour être encore ignorés, choisissant la distance plutôt que l'aveu d'un amour impossible ou trop compliqué à vivre. Cette fin, volontairement ouverte et sans résolution dramatique, est la conclusion naturelle d'un film qui a refusé depuis le début de soumettre ses personnages aux conventions narratives du cinéma romantique. On est laissé avec la certitude que quelque chose d'irremplaçable a existé entre ces deux êtres, et que cela suffit, même si rien ne s'est concrétisé.

Signification du titre

Nelly et Monsieur Arnaud met sur la même ligne deux noms, mais avec une asymétrie révélatrice : Nelly par son seul prénom, Monsieur Arnaud avec sa marque de respect. Cette dissymétrie résume la relation entre les deux personnages — une relation d'égaux sur le plan de l'intelligence et de la sensibilité mais marquée par les conventions sociales et générationnelles que ni l'un ni l'autre ne peut tout à fait effacer.

Actualités

Nelly et Monsieur Arnaud est régulièrement présenté comme l'un des plus grands films du cinéma français des années 90 et comme le testament cinématographique de Claude Sautet, décédé d'une leucémie en 2000. Le film continue d'être étudié comme un exemple parfait du cinéma des sentiments à la française, où tout ce qui est essentiel passe dans les regards et les silences plutôt que dans les paroles.

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