Dans un futur lointain, mille ans après une guerre apocalyptique qui a ravagé la Terre, l'humanité survit en marge d'une Mer de la Corruption, une forêt toxique peuplée de créatures gigantesques. Nausicaä, princesse de la Vallée du Vent, possède un don unique pour communiquer avec les insectes géants qui terrifient les humains. Quand deux empires guerriers se disputent un arme ancienne capable de détruire la Mer de la Corruption, elle se retrouve au cœur d'un conflit où son empathie et son courage sont la dernière chance de paix. *Nausicaä* est l'œuvre fondatrice de Hayao Miyazaki, un chef-d'œuvre de l'animation mondiale.
Nausicaä de la Vallée du Vent (Kaze no Tani no Naushika) est adapté du manga éponyme que Hayao Miyazaki lui-même publiait depuis 1982 dans le magazine Animage, avant même que le film ne soit mis en chantier. Ce manga, qui s'étendra sur sept volumes et quatorze ans de publication, est considéré comme l'une des œuvres majeures de la bande dessinée japonaise. L'idée du film est née de la proposition de la maison d'édition Tokuma Shoten, qui publiait le manga, de financer une adaptation cinématographique pour populariser encore davantage l'œuvre. Miyazaki a longtemps hésité, estimant que le manga n'était pas suffisamment avancé pour être adapté, mais a finalement accepté à condition de pouvoir créer quelque chose d'original plutôt qu'une simple transposition. Le film ne couvre que la première moitié environ du récit manga, et en diffère sur plusieurs points importants — notamment la fin, beaucoup plus apaisée dans le film que dans le manga. Nausicaä a marqué la naissance officielle de Studio Ghibli : bien que le studio n'ait été officiellement fondé qu'en 1985, c'est ce film qui a constitué la première équipe et posé les bases créatives et artistiques de ce qui allait devenir le plus grand studio d'animation japonais. L'influence de l'œuvre d'Ursula K. Le Guin, de J.R.R. Tolkien et des préoccupations écologistes de Miyazaki sont omniprésentes dans le film. Roger Ebert a décrit Nausicaä comme l'un des films d'animation les plus importants jamais réalisés.
Résumé des critiques professionnelles : À sa sortie en 1984, le film a été acclamé au Japon comme une révolution dans l'animation, tant par la qualité de son dessin que par la profondeur de son propos. À l'international, il a d'abord circulé dans des versions éditées et souvent mal distribuées avant d'être redécouvert dans les années 1990-2000 par les cinéphiles du monde entier. Il est aujourd'hui unanimement considéré comme l'un des chefs-d'œuvre absolus de l'animation mondiale et l'une des œuvres fondatrices du cinéma écologiste.
Réception du public : Au Japon, le film a été un succès immédiat et considérable, confirmant Miyazaki comme le réalisateur d'animation le plus important du pays. À l'international, sa redécouverte progressive, notamment grâce aux accords de distribution passés avec Disney dans les années 1990, lui a permis de toucher un public mondial qui n'a cessé de croître. Il est aujourd'hui l'un des films d'animation les plus aimés et les plus respectés dans le monde entier.
Récompenses obtenues : Le film a remporté le prix Animage du meilleur film d'animation pour deux années consécutives au Japon. Sa reconnaissance internationale est venue avec le recul : il figure systématiquement dans les listes des meilleurs films d'animation de tous les temps établies par les grandes publications cinéphiles mondiales. En 2019, il a été sélectionné pour être conservé à la Library of Congress américaine pour sa signification culturelle et artistique.
Inspirations du réalisateur : Miyazaki s'est inspiré de nombreuses sources pour créer l'univers de Nausicaä : la déesse grecque Nausicaa de l'Odyssée, les travaux des biologistes sur les écosystèmes mycéliens, les peintures de William Blake et les écrits d'Ursula K. Le Guin. Sa préoccupation écologiste profonde — la destruction de la nature par l'humanité et ses conséquences catastrophiques — est au cœur de tout le récit. Il voulait créer une héroïne d'un type nouveau : non une princesse à sauver, mais une femme de science, de courage et d'empathie.
Difficultés de production : Le film a été réalisé avec des moyens limités et dans des délais serrés, ce qui a poussé toute l'équipe à des efforts considérables. Miyazaki a personnellement supervisé un nombre très important de plans clés, au prix d'un épuisement physique documenté. La mise en animation de la Mer de la Corruption et de ses créatures — les Ohm géants notamment — représentait un défi technique majeur pour les techniques d'animation de l'époque.
Anecdote sur une scène particulière : La scène finale, dans laquelle Nausicaä marche sur la mer d'Ohm en furie et est portée par eux comme une figure divine, est considérée comme l'une des séquences les plus poignantes et les plus originales de l'animation mondiale. Miyazaki a déclaré avoir eu du mal à trouver la juste tonalité pour cette séquence, hésitant longuement entre plusieurs versions avant de trouver celle qui équilibre la dimension mystique et l'émotion humaine du moment.
Nausicaä de la Vallée du Vent est l'œuvre fondatrice de l'écologie dans le cinéma d'animation, posant avec une clarté et une beauté extraordinaires la question du rapport de l'humanité à la nature : peut-on survivre en détruisant son environnement, ou la nature finira-t-elle par se venger ? La Mer de la Corruption — que les humains voient comme une menace mais qui s'avère être un mécanisme de purification — est une métaphore saisissante des erreurs de perception qui conduisent à la destruction. L'empathie comme arme politique et morale est au cœur du personnage de Nausicaä, qui choisit de comprendre avant de combattre, de dialoguer avant de détruire. La guerre et son absurdité sont explorées à travers le conflit entre les deux empires, tous deux convaincus d'agir pour le bien de l'humanité en se détruisant mutuellement. La figure du sauveur et le poids que cela impose à un individu sont traités avec une profondeur et une ambiguïté qui transcendent le conte traditionnel. Enfin, le film est une réflexion sur la mémoire et la transmission : les erreurs du passé, si elles ne sont pas comprises, sont condamnées à être répétées.
Nausicaä se sacrifie pour arrêter la horde d'Ohm en furie, se plaçant entre les géants et les humains dans un acte de foi absolue dans la possibilité de la coexistence. Les Ohm, touchés par ce sacrifice, s'arrêtent et la portent comme une prophétie accomplie. Ce moment résume la philosophie centrale du film : ce n'est pas la force qui peut arrêter la violence, mais l'empathie et le sacrifice de soi. Nausicaä est ressuscitée par les Ohm, dans une séquence d'une beauté visuelle renversante, confirmant qu'elle est bien la messagère prophétique annoncée par les légendes. La fin réconcilie momentanément les humains et la Mer de la Corruption, ouvrant la voie à une coexistence possible — même si fragile.
Nausicaä est le nom de la princesse phéacienne de l'Odyssée d'Homère, celle qui accueille Ulysse naufragé sur son rivage et le conduit à son père. Miyazaki a choisi ce nom pour sa dimension d'accueil et de médiation : Nausicaä est celle qui fait le lien entre deux mondes, qui reçoit l'étranger sans crainte et qui comprend ce que les autres refusent de voir. La Vallée du Vent désigne le foyer de Nausicaä, protégé des spores toxiques de la Mer de la Corruption par les vents permanents qui balaient la vallée — un refuge naturel qui symbolise la possibilité d'une harmonie entre l'homme et son environnement.
La bande originale de Nausicaä de la Vallée du Vent marque le début de la collaboration entre Hayao Miyazaki et Joe Hisaishi, l'une des associations créatives les plus fécondes de l'histoire du cinéma d'animation. Hisaishi avait alors une trentaine d'années et était encore peu connu, mais sa partition pour Nausicaä — mêlant synthétiseurs, orchestrations amples et thèmes d'une mélodie poignante — a immédiatement révélé un compositeur exceptionnel. Le thème principal de Nausicaä est devenu l'une des mélodies les plus reconnaissables et les plus aimées du cinéma d'animation japonais. Cette bande originale a été le point de départ d'une collaboration qui s'est poursuivie sur tous les grands films de Miyazaki, de Mon Voisin Totoro à Le Vent Se Lève.
Nausicaä de la Vallée du Vent continue d'être célébré comme l'une des œuvres fondatrices de l'animation mondiale et de l'écologie au cinéma, ses thèmes résonnant plus fort que jamais dans le contexte de la crise climatique contemporaine. Depuis l'accord de distribution mondial entre Studio Ghibli et Netflix, le film est accessible à un public mondial sur la plateforme. Hayao Miyazaki est revenu de sa retraite pour réaliser Le Garçon et le Héron (2023), Oscar du meilleur film d'animation 2024. Le manga original de Nausicaä, dans son intégralité, continue d'être lu et étudié comme l'une des grandes œuvres de la bande dessinée mondiale.