Après un grave accident de voiture sur la mystérieuse route de Mulholland Drive, une femme amnésique trouve refuge dans l'appartement de Betty, jeune actrice fraîchement arrivée à Hollywood pour tenter sa chance. Ensemble, les deux femmes tentent de percer le mystère de cette identité perdue, découvrant peu à peu les rouages troubles et corrompus de l'industrie cinématographique hollywoodienne. Parallèlement, un réalisateur voit sa carrière menacée par des forces occultes et mafieuses cherchant à imposer leurs choix artistiques contre sa volonté. Ce récit onirique et labyrinthique, où réalité et fantasme s'entremêlent constamment, dévoile progressivement des vérités bien plus sombres que ce que laissait présager son point de départ.
Mulholland Drive devait initialement être le pilote d'une série télévisée destinée à la chaîne ABC, projet que David Lynch avait développé en 1999 dans la continuité de son succès avec Twin Peaks quelques années auparavant. La chaîne américaine a finalement rejeté le projet, jugeant le pilote trop lent et confus pour convenir au format télévisuel classique. Face à ce refus, David Lynch a obtenu un financement français complémentaire, notamment de StudioCanal, lui permettant de retourner des scènes supplémentaires et de transformer son pilote inabouti en un long métrage cinématographique à part entière. Cette genèse chaotique explique en grande partie la structure narrative fragmentée et onirique du film final, mêlant les éléments du pilote original à de nouvelles séquences plus sombres et énigmatiques. Lynch voulait explorer les mécanismes troubles et corrompus de l'industrie hollywoodienne, tout en questionnant la frontière entre rêve, fantasme et réalité à travers une construction narrative délibérément déstabilisante pour le spectateur.
La critique a unanimement salué Mulholland Drive comme l'un des chefs-d'œuvre absolus de David Lynch, saluant sa construction narrative audacieuse et son atmosphère envoûtante mêlant fascination et malaise permanent. Plusieurs observateurs ont souligné la performance remarquable de Naomi Watts, révélée au grand public par ce rôle exigeant nécessitant une composition à la fois lumineuse et profondément trouble. Le film a été considéré par de nombreux critiques comme l'une des œuvres cinématographiques les plus importantes du début du XXIe siècle, régulièrement cité dans les classements des meilleurs films de tous les temps.
Le public s'est montré fasciné mais également déconcerté par ce récit délibérément énigmatique, dont l'interprétation multiple continue de susciter des débats passionnés parmi les spectateurs des décennies après sa sortie. Le film a acquis au fil du temps un statut culte particulièrement marqué, les cinéphiles se plaisant à décortiquer ses multiples niveaux de lecture et ses symboles cachés.
David Lynch a remporté le prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2001 pour Mulholland Drive, une reconnaissance majeure venant couronner l'ambition artistique du film. L'œuvre a également été nommée à l'Oscar du meilleur réalisateur, confirmant sa reconnaissance institutionnelle malgré la nature radicalement expérimentale de sa construction narrative.
David Lynch voulait explorer les mécanismes troubles et corrompus de l'industrie hollywoodienne, prolongeant certaines obsessions déjà présentes dans son œuvre antérieure autour du rêve américain et de ses zones d'ombre cachées.
Le projet, initialement pensé comme pilote d'une série télévisée pour la chaîne ABC, a été rejeté par la chaîne qui le jugeait trop lent et confus, contraignant Lynch à trouver un financement complémentaire français pour transformer son travail en long métrage cinématographique.
La scène du Club Silencio, où les personnages assistent à un spectacle mêlant playback et émotion authentique, est considérée par de nombreux critiques comme la clé de voûte symbolique permettant de décrypter l'ensemble de la structure narrative du film.
Mulholland Drive explore les illusions et la corruption de l'industrie hollywoodienne, dénonçant les rêves brisés de nombreux aspirants acteurs venus tenter leur chance à Los Angeles. Le film interroge également la construction de l'identité, le personnage principal oscillant constamment entre plusieurs versions de lui-même selon les niveaux de réalité explorés. Le désir et l'obsession amoureuse, portés à leur paroxysme tragique, occupent une place centrale dans la relation ambiguë entre les deux protagonistes féminines. Le film aborde aussi la frontière trouble entre rêve et réalité, refusant délibérément d'offrir une clé de lecture unique et définitive à son récit. Enfin, l'œuvre questionne la culpabilité et le refoulement psychologique, le rêve fonctionnant comme un mécanisme de fuite face à une réalité insupportable.
Le film révèle progressivement que l'essentiel du récit, centré sur Betty et Rita, correspondait en réalité au rêve compensatoire d'une actrice ratée nommée Diane Selwyn, rongée par la culpabilité d'avoir commandité le meurtre de son ancienne amante Camilla. La réalité, bien plus sombre que le fantasme onirique initial, révèle une carrière hollywoodienne brisée et une relation amoureuse toxique ayant conduit à un acte irréparable. Le film se termine sur le suicide de Diane, incapable de supporter le poids de sa culpabilité une fois confrontée à la vérité de ses actes. Cette conclusion tragique inverse rétroactivement la perception de tout le récit précédent, transformant ce qui semblait être une romance mystérieuse en une profonde tragédie sur l'échec et le remords. David Lynch refuse délibérément d'offrir une explication univoque, laissant subsister une part irréductible de mystère dans l'interprétation finale de l'œuvre.
Le titre Mulholland Drive désigne la célèbre route sinueuse surplombant Los Angeles, symbole à la fois du glamour hollywoodien et de ses zones d'ombre les plus troubles, théâtre de l'accident initial qui déclenche l'intrigue du film. Cette artère mythique, associée depuis longtemps aux fantasmes et aux drames de l'industrie du cinéma, ancre immédiatement le récit dans l'imaginaire collectif lié à Hollywood. Le titre fonctionne ainsi comme un symbole géographique de la frontière ténue entre rêve et réalité, la route elle-même serpentant entre lumière et obscurité à l'image de la structure narrative du film.
Les amateurs de récits oniriques et labyrinthiques de David Lynch apprécieront Lost Highway, autre œuvre du réalisateur explorant des thématiques similaires de dédoublement identitaire et de réalité trouble. Twin Peaks: Fire Walk with Me partage cette même esthétique cauchemardesque caractéristique du cinéaste. Inland Empire, film ultérieur de Lynch, prolonge cette exploration radicale de la frontière entre rêve et réalité. Vertigo d'Alfred Hitchcock, référence assumée par Lynch lui-même, explore également l'obsession amoureuse et la construction fantasmée de l'identité féminine.