Une femme sans nom rénove amoureusement avec son mari poète la maison isolée dans laquelle ils vivent, cherchant à créer un foyer parfait pour leur amour. L'arrivée successive d'étrangers de plus en plus nombreux et de plus en plus intrusifs va progressivement transformer leur paradis en chaos apocalyptique. Darren Aronofsky signe avec Mother! une allégorie radicale et viscéralement provocatrice qui peut se lire simultanément comme un cauchemar domestique, une métaphore environnementale et une réécriture de la Bible, dans une expérience cinématographique unique et divisante.
Mother! est né d'une vision personnelle et quasi obsessionnelle de Darren Aronofsky, qui a écrit le scénario en cinq jours dans un état qu'il a lui-même décrit comme une sorte de transe créative. Le film est entièrement une œuvre originale, mais ses sources d'inspiration sont multiples et stratifiées : la Bible et la Genèse, le mythe prométhéen, la crise écologique contemporaine, et la relation consumante entre un artiste et sa muse. Aronofsky souhaitait créer une expérience sensorielle totale qui force le spectateur à vivre l'histoire depuis l'intérieur de la conscience de la femme, d'où le choix de filmer quasi exclusivement en caméra à l'épaule et en plans rapprochés sur Jennifer Lawrence. Le film est aussi une réflexion sur la création artistique comme forme de vampire affectif, le créateur puisant sa substance dans l'énergie de ceux qui l'entourent.
Résumé des critiques professionnelles : Mother! a littéralement divisé la critique mondiale entre admirateurs enthousiastes — qui y voyaient un chef-d'œuvre baroque et courageux — et détracteurs virulents — qui le jugeaient prétentieux et insupportablement complaisant. La majorité s'accordait cependant sur la cohérence visuelle et la puissance de l'interprétation de Jennifer Lawrence. Le film a obtenu un rare "F" de la part du public de CinemaScore aux États-Unis, témoignant d'un rejet massif des spectateurs lambda.
Réception du public : Le grand public a massivement rejeté le film, désorienté par son absence d'intrigue conventionnelle et sa violence finale particulièrement choquante. Paradoxalement, ce rejet a contribué à faire de Mother! un objet culte parmi les cinéphiles et les amateurs de cinéma d'auteur provocateur, qui en ont fait l'une des œuvres les plus discutées de la décennie.
Récompenses obtenues : Mother! n'a pas reçu de nominations dans les grandes cérémonies américaines, malgré les défenses passionnées de nombreux critiques. Jennifer Lawrence a cependant reçu plusieurs prix dans des festivals européens et dans des cercles critiques indépendants qui ont reconnu l'ampleur et le courage de sa performance.
Inspirations du réalisateur : Aronofsky a cité de nombreuses influences : Rosemary's Baby de Polanski pour l'horreur domestique psychologique, les peintures de Bruegel pour les scènes de chaos collectif, et sa propre relation avec la création artistique et ses exigences dévorantes. La maison elle-même, personnage à part entière, a été construite entièrement en studio pour permettre un contrôle total sur l'espace et la lumière.
Difficultés de production : Filmer l'intégralité du film depuis le point de vue subjectif de Jennifer Lawrence, en plans rapprochés quasi permanents à l'épaule, représentait un défi physique et logistique considérable pour l'actrice comme pour l'opérateur caméra. Jennifer Lawrence a dû être présente dans quasi tous les plans du film, ce qui a rendu le tournage épuisant et psychologiquement intense.
Anecdote sur une scène particulière : La séquence finale, dans laquelle la maison est littéralement saccagée par des centaines de figurants, a nécessité plusieurs semaines de tournage et une organisation militaire des mouvements de foule. Jennifer Lawrence a décrit avoir subi une vraie crise d'angoisse pendant certains moments de cette séquence, la confusion des corps et le bruit étant devenus réellement oppressants sur le plateau.
Casting initialement prévu : Aronofsky avait initialement envisagé des actrices plus âgées pour le rôle principal avant de choisir Jennifer Lawrence, convaincue par l'idée que la jeunesse et la vulnérabilité naturelle de l'actrice renforceraient encore le contraste entre sa tendresse et le chaos qui va l'engloutir.
Mother! est une allégorie biblique : le mari représente Dieu le créateur, la femme est la Terre Mère ou la Nature, les visiteurs incarnent l'humanité qui envahit et consume les ressources sans rien redonner. Le film est ainsi une métaphore radicale et furieuse de la crise écologique, l'humanité traitant la planète comme une ressource infinie jusqu'à sa destruction totale. À un autre niveau de lecture, le film explore la relation vampirique entre l'artiste et ses proches, le créateur ne pouvant créer qu'en épuisant ceux qui l'entourent. La maternité, la création et le sacrifice sont traités comme des formes d'un même mystère destructeur. Enfin, le film interroge la relation entre le divin et l'humain — si Dieu est un artiste qui crée pour être adoré, que signifie notre propre existence dans ce rapport de forces ?
La fin de Mother! voit la femme mettre le feu à la maison après que son enfant a été tué et dévoré symboliquement par la foule des adorateurs. Le mari récupère dans les cendres une cristal du cœur de la femme, qui se régénère en une nouvelle épouse dans la même maison reconstruite, recommençant le cycle éternel. Cette conclusion cyclique et apocalyptique suggère que la relation consumante entre le créateur et la nature est infinie et récurrente — la Terre se régénère, l'humanité revient, et le cycle de destruction recommence. C'est une vision profondément pessimiste de la condition humaine et de son rapport à l'environnement.
Mother! — avec son point d'exclamation délibéré — désigne à la fois la protagoniste (mère de l'enfant qui sera sacrifié), la Terre Mère (Gaia ou la Nature personnifiée), et peut-être une exclamation de stupeur ou de douleur face à ce qui se passe. Le titre est intentionnellement polysémique, invitant chaque spectateur à choisir sa propre clé de lecture selon le niveau d'interprétation qui l'a touché le plus profondément.
Mother! est devenu avec le temps l'une des œuvres les plus débattues et les plus analysées de la décennie 2010, régulièrement cité dans les cours de cinéma et les essais critiques sur le cinéma d'auteur à grande distribution. Aronofsky a continué à développer des projets singuliers, notamment The Whale (2022) avec Brendan Fraser. Le film reste un objet de fascination divisante que beaucoup redécouvrent avec les années avec une admiration croissante.
Rosemary's Baby de Roman Polanski (1968) est la référence directe de l'horreur domestique et de la femme enceinte menacée. Black Swan d'Aronofsky lui-même (2010) partage la même intensité sensorielle et la même exploration de la psyché féminine sous pression. The Witch de Robert Eggers (2015) mélange l'horreur et l'allégorie religieuse avec une similaire austérité formelle. Hereditary d'Ari Aster (2018) pousse les mêmes limites du film de genre comme outil de trauma émotionnel.