Sir Lionel Frost est un explorateur courageux et arrogant qui considère qu'il est le plus grand spécialiste des monstres et légendes au monde. Pour être enfin accepté par l'élite de la société scientifique londonienne, il se lance le défi de prouver l'existence du chaînon manquant, une créature légendaire vivant dans le Nord-Ouest américain. Sur place, il découvre avec stupeur que le monstre, baptisé Monsieur Link, est un être d'une grande intelligence et d'une solitude touchante. Link convainc l'explorateur de l'emmener à l'autre bout du monde pour retrouver ses lointains cousins, les Yétis du Tibet.
Le projet est une création originale des studios Laika, célèbres pour leur maîtrise absolue du cinéma d'animation en stop-motion. L'idée originelle du réalisateur Chris Butler était de signer un grand film d'aventure à l'ancienne, croisant l'univers de Jules Verne avec la mythologie des créatures légendaires américaines. L'inspiration est venue de l'envie de créer un personnage de monstre qui soit à l'opposé des clichés terrifiants habituels, en faisant de Link un être sensible, drôle et follement poli. La production a nécessité plus de cinq ans de travail acharné pour fabriquer à la main les centaines de marionnettes et de décors miniatures requis par l'intrigue voyageuse. Le cinéaste a conçu cette œuvre comme un plaidoyer vibrant pour l'acceptation de la différence.
La presse professionnelle internationale a réservé un accueil unanime et particulièrement dithyrambique à cette merveille d'animation lors de sa sortie. Les critiques ont encensé la virtuosité technique ahurissante des studios Laika, la beauté poétique des paysages traversés et la drôlerie irrésistible des dialogues. De nombreux journalistes ont loué l'intelligence du scénario, qui parvient à séduire les enfants tout en offrant une réflexion profonde pour les adultes. Du côté des spectateurs, le film a été adoré par les familles pour son charme visuel unique et la tendresse de ses personnages principaux. Malheureusement, malgré ces retours critiques exceptionnels, le film a connu un cuisant échec commercial au box-office mondial, peignant à attirer les foules habituées aux productions numériques classiques. Le long-métrage a néanmoins été récompensé par le prestigieux Golden Globe du meilleur film d'animation en 2020.
Le metteur en scène s'est fortement inspiré du style des grands films d'aventure comme « Le Tour du monde en quatre-vingts jours » pour construire le rythme du voyage. La production a relevé des défis techniques monumentaux en combinant l'animation image par image traditionnelle avec des effets numériques discrets pour créer la mer déchaînée lors d'une tempête sur un paquebot. Pour fabriquer le corps poilu de Monsieur Link, les artisans du studio ont dû implanter des milliers de petits poils en silicone texturé un par un sur la figurine de cire. Une anecdote raconte que l'enregistrement des voix de Hugh Jackman et Zach Galifianakis a donné lieu à de mémorables séances d'improvisation complice. Concernant la distribution, le rôle de l'aventurière Adelina a été écrit spécifiquement pour Zoe Saldana afin d'apporter du caractère au trio.
Le film explore en profondeur les thèmes de l'identité personnelle, de la quête d'appartenance, de l'amitié par-delà les différences et de la critique de l'arrogance coloniale scientifique. Il délivre un message puissant sur le fait que la véritable famille est celle que l'on choisit au cours de son existence.
La confrontation finale au sommet des montagnes du Tibet voit les héros triompher de l'élite londonienne jalouse et découvrir que les Yétis s'avèrent cruels et isolationnistes. Link réalise alors que sa place n'est pas parmi ses pairs sauvages, mais aux côtés de Sir Lionel à Londres en tant que partenaire d'aventures, scellant une amitié éternelle et choisie.
Le titre français humanise la créature légendaire en lui attribuant un titre de civilité britannique poli, soulignant son désir d'intégration sociale et de dignité face au regard des hommes.
Le film est aujourd'hui considéré par les spécialistes de l'animation comme l'un des sommets artistiques de la technique de la stop-motion du début du vingt-et-unième siècle.
On peut rapprocher ce chef-d'œuvre d'animation d'autres productions en stop-motion remarquables comme « Kubo et l'armure magique » ou « Coraline » issus du même studio d'animation.