En 1644, le jeune Molière, encore inconnu, tente de survivre après l'échec cuisant de sa troupe de théâtre. Un riche bourgeois féru de comédie, Monsieur Jourdain, lui propose un marché insolite : lui apprendre l'art de la scène en échange d'un toit et d'une protection. Caché sous une fausse identité, Molière s'installe dans la demeure familiale et se retrouve mêlé aux intrigues sentimentales de son hôte. Cette parenthèse romanesque va nourrir en secret l'inspiration du futur dramaturge.
Laurent Tirard s'est toujours passionné pour la figure de Molière, dont la jeunesse reste largement méconnue et peu documentée par les historiens. Plutôt que de tourner un biopic classique et exhaustif, il a choisi de combler ce vide biographique par la fiction, en imaginant un épisode romanesque totalement inventé. L'idée lui est venue en constatant que plusieurs pièces de Molière, notamment Le Bourgeois gentilhomme et Tartuffe, semblaient trouver un écho direct dans une expérience personnelle vécue par l'auteur. Le réalisateur a ainsi construit un scénario où la vie fictive du jeune homme devient la source cachée de ses futurs chefs-d'œuvre. Il coécrit le film avec Grégoire Vigneron, avec qui il avait déjà collaboré, en s'inspirant librement de la structure des comédies de Molière lui-même. Le ton choisi, mêlant comédie de mœurs et mélancolie amoureuse, rend hommage à l'esprit de son sujet tout en s'autorisant une grande liberté historique.
À sa sortie, le film a été salué par une large partie de la presse française pour son écriture enlevée et son hommage sincère au théâtre classique. Les critiques ont particulièrement apprécié la prestation de Romain Duris, jugée juste et physique, ainsi que la reconstitution soignée du XVIIe siècle. Certains observateurs ont toutefois regretté un rythme parfois inégal et une intrigue amoureuse jugée convenue. Le public français a réservé un très bon accueil au film, qui a rencontré un joli succès en salles à sa sortie. Les spectateurs ont notamment apprécié l'humour du scénario et la reconstitution visuelle très soignée de l'époque. Le film a également trouvé un écho favorable auprès des enseignants et du public scolaire, souvent utilisé comme porte d'entrée ludique vers l'œuvre de Molière. Le film a été nommé à plusieurs reprises aux César, notamment pour ses décors et ses costumes, saluant la qualité de sa reconstitution historique.
Laurent Tirard s'est nourri de sa propre passion pour le théâtre classique et de nombreuses relectures des pièces de Molière pour construire les dialogues et les situations du film. Il souhaitait que chaque scène du film fasse subtilement écho à une réplique ou une situation célèbre des comédies à venir. Le tournage s'est révélé exigeant en raison de la reconstitution minutieuse des décors et des costumes du Grand Siècle, nécessitant un budget conséquent pour une production française. Les intempéries ont également compliqué certaines scènes tournées en extérieur dans les châteaux choisis comme décors. Romain Duris s'est particulièrement investi dans la préparation physique de son rôle, travaillant sa gestuelle et sa diction pour incarner un Molière encore jeune et fougueux, bien éloigné de l'image plus austère souvent associée au dramaturge. Fabrice Luchini, grand amoureux de la langue de Molière, a apporté une contribution précieuse sur la musicalité des dialogues, lui qui interprète sur scène depuis des années des textes classiques.
Le film explore la naissance de la vocation artistique et la manière dont l'expérience personnelle irrigue en secret la création. Il interroge aussi les rapports de classe dans la France du XVIIe siècle, à travers le personnage du bourgeois voulant accéder à la culture aristocratique. L'amour contrarié, le déguisement et le mensonge, thèmes chers à Molière lui-même, traversent également le récit comme autant de clins d'œil à son œuvre à venir.
Le film se referme sur le retour de Molière à sa véritable identité et à sa carrière de dramaturge, des années après les événements racontés. En assistant, dans les dernières scènes, à une représentation du Bourgeois gentilhomme, le spectateur comprend que les personnages et les situations vécues chez Monsieur Jourdain ont directement inspiré cette comédie. Cette boucle scénaristique révèle la vraie nature du film : une origine fictive et romanesque donnée aux futurs chefs-d'œuvre de l'auteur.
Le titre renvoie directement au nom de scène choisi par Jean-Baptiste Poquelin, devenu Molière, et inscrit d'emblée le film dans le registre du portrait, même fictif, de l'auteur.
Les spectateurs ayant aimé ce film pourront apprécier Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau, Vatel de Roland Joffé, ou encore Shakespeare in Love de John Madden, qui partage une démarche similaire de fiction romanesque autour d'un grand auteur classique.