Sébastien Dubois, jeune Français blanc issu d'un milieu modeste, se retrouve par un concours de circonstances absurdes contraint de se faire passer pour Mohamed, un Arabe de banlieue, afin de décrocher un emploi dans une entreprise pratiquant la discrimination positive. Ce qui commence comme une imposture comique va rapidement se transformer en plongée dans les paradoxes et les hypocrisies d'une société française obsédée par les questions d'identité et d'origine. *Mohamed Dubois* est une comédie satirique décapante qui joue avec les clichés pour mieux les retourner, portée par un humour potache et un propos social plus mordant qu'il n'y paraît. Un premier film courageux qui ose s'attaquer frontalement aux tabous de la discrimination et du communautarisme.
Mohamed Dubois est le premier long métrage d'Ernesto Oña, réalisateur issu du monde du court-métrage et de la publicité, qui souhaitait aborder avec humour et sans langue de bois la question de la discrimination à l'embauche en France. L'idée centrale — un Blanc qui se fait passer pour un Arabe pour bénéficier de mesures de discrimination positive — est à la fois provocatrice et révélatrice des absurdités et des contradictions du débat sur l'égalité des chances dans la société française. Oña s'est inspiré de témoignages réels de chercheurs d'emploi confrontés à des discriminations à l'embauche, phénomène largement documenté par des études de testing menées par des associations et des chercheurs. Le scénario joue délibérément avec les stéréotypes pour les mettre en lumière et les dénoncer par l'absurde, dans la tradition des comédies satiriques à la française. Le projet a trouvé son financement dans le cadre des aides au premier film, convaincant des producteurs sensibles à son potentiel comique et à la pertinence de son propos. Julien Courbey, déjà remarqué dans des rôles de banlieusards dans plusieurs films populaires, a été choisi pour sa capacité à jouer simultanément sur plusieurs registres comiques.
Résumé des critiques professionnelles : Mohamed Dubois a reçu un accueil critique assez discret à sa sortie, le film n'ayant pas bénéficié d'une promotion importante ni d'une sortie en grand nombre de copies. Les critiques qui se sont penchés sur lui ont reconnu l'audace du sujet et l'efficacité de certaines situations comiques, tout en notant que la mise en scène restait modeste et que le scénario ne tirait pas toujours le meilleur parti de ses potentialités satiriques. La bonne volonté évidente du projet et la sincérité de son propos ont néanmoins été salués par ceux qui ont pris la peine de le découvrir.
Réception du public : Le film est passé relativement inaperçu lors de sa sortie en salles, n'attirant qu'un public limité faute d'une visibilité suffisante. C'est surtout via la télévision et les plateformes de streaming qu'il a trouvé progressivement son public, notamment auprès des amateurs de comédies décalées sur les questions identitaires. Son sujet, jugé trop sensible par certains distributeurs, lui a sans doute nui commercialement dans un contexte médiatique où ces thématiques restaient délicates à traiter sur le mode comique.
Récompenses obtenues : Le film n'a pas été récompensé lors des cérémonies professionnelles, mais il a été sélectionné dans plusieurs festivals de cinéma comique et de cinéma engagé, où son propos a suscité des débats animés et des discussions nourries sur les questions de discrimination et d'identité.
Inspirations du réalisateur : Ernesto Oña a mené un travail de documentation approfondi sur les pratiques de discrimination à l'embauche avant d'écrire le scénario, consultant des rapports de testing et rencontrant des associations qui accompagnent les victimes de discriminations. Cette immersion dans la réalité sociale du sujet lui a permis de construire des situations comiques ancrées dans des mécanismes réels, donnant au film une vérité sous-jacente qui dépasse la simple farce.
Difficultés de production : Convaincre des financeurs de soutenir un film dont le sujet principal — un Blanc qui se déguise en Arabe — pouvait être perçu comme potentiellement offensant ou maladroit a représenté un défi important pour la production. Oña a dû argumenter pied à pied pour faire comprendre que l'intention satirique du film visait précisément à dénoncer les préjugés plutôt qu'à les alimenter. Le budget modeste obtenu a contraint l'équipe à une grande ingéniosité dans la mise en scène.
Mohamed Dubois s'attaque avec humour à plusieurs des sujets les plus brûlants du débat social français contemporain. La discrimination à l'embauche et ses mécanismes pervers est le thème central, traité par l'absurde pour en révéler toute la stupidité et l'injustice. Le film interroge les paradoxes de la discrimination positive : en voulant corriger des inégalités réelles, ces politiques créent-elles de nouvelles formes d'injustice et de traitement différencié selon l'origine ? L'identité et la question de savoir qui a le droit de se revendiquer d'une communauté ou d'une culture est un autre axe fort du film, traité avec une ironie mordante. Le communautarisme et les stéréotypes — que le film exhibe et démonte simultanément — sont au cœur de chaque situation comique. Enfin, le film pose la question fondamentale de la méritocratie républicaine française et de l'écart entre son idéal proclamé et sa réalité pratique.
La fin de Mohamed Dubois voit l'imposture de Sébastien éclater au grand jour, déclenchant une série de révélations qui mettent chacun face à ses propres contradictions et préjugés. Le dénouement ne propose pas de résolution facile aux questions soulevées par le film — ce serait trahir la nature satirique du propos — mais offre une conclusion à la fois comique et désenchantée qui laisse le spectateur avec ses propres questions. Sébastien, en ayant vécu de l'intérieur l'expérience de la discrimination subie par ceux qu'il imitait, sort transformé de l'aventure, porteur d'une empathie nouvelle qui constitue le vrai bilan moral du film.
Le titre Mohamed Dubois est en lui-même une collision comique et culturelle : il associe un prénom arabo-musulman parmi les plus répandus en France, Mohamed, à un nom de famille très typiquement français de souche, Dubois. Cette juxtaposition résume parfaitement le propos du film — la rencontre et le choc entre deux identités supposément opposées — tout en annonçant d'emblée son registre absurde et satirique. Ce titre provocateur est aussi une métaphore de la France contemporaine, pays où coexistent depuis des décennies des millions de citoyens porteurs de ces deux héritages culturels, et dont l'identité nationale composite peine encore à être pleinement reconnue et célébrée.
Mohamed Dubois reste un film peu connu du grand public mais qui continue de circuler sur les plateformes de streaming et à la télévision, trouvant progressivement le public qu'il n'a pas réussi à atteindre lors de sa sortie en salles. Son sujet, loin d'avoir vieilli, est devenu encore plus pertinent avec les années, dans un contexte social où les débats sur la discrimination, l'identité et l'égalité des chances restent plus que jamais d'actualité en France. Ernesto Oña a depuis poursuivi sa carrière dans l'audiovisuel, mais ce premier film reste sa contribution la plus personnelle et la plus engagée au cinéma français.
Les amateurs de Mohamed Dubois apprécieront Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? (Philippe de Chauveron, 2014), comédie populaire française qui joue également avec les stéréotypes identitaires pour les désamorcer par le rire. Le Bonheur des uns... (Agnès Obadia, 1994) aborde les préjugés communautaires avec un humour similaire. Intouchables (Olivier Nakache & Éric Toledano, 2011) traite lui aussi des rencontres entre milieux sociaux différents avec bienveillance et humour. Le Sens de la fête (Nakache & Toledano, 2017) partage la même approche satirique douce des travers sociaux français. Enfin, Tout ce qui brille (Géraldine Nakache & Hervé Mimran, 2010) propose un regard similaire sur les questions d'identité et d'ascension sociale dans la France contemporaine.