Paul Sheldon, romancier populaire ayant décidé de tuer son personnage phare Misery Chastain pour se consacrer à une œuvre plus sérieuse, est victime d'un accident de voiture dans le Colorado et recueilli par Annie Wilkes, infirmière retraitée qui se révèle être sa "plus grande fan". Mais l'admiration d'Annie cache une obsession dévastatrice et une instabilité mentale terrifiante, qui transforment rapidement le sauvetage en captivité cauchemardesque. Un thriller psychologique d'une tension implacable, adapté du roman de Stephen King, qui donne lieu à l'une des performances les plus glaçantes de l'histoire du cinéma d'horreur.
Misery est l'adaptation du roman éponyme de Stephen King, publié en 1987, dans lequel l'auteur — lui-même alors aux prises avec une addiction sévère à l'alcool et aux drogues — a reconnu plus tard avoir inconsciemment métaphorisé sa propre relation toxique avec l'écriture et avec le public qui le réclamait dans un style qu'il cherchait à dépasser. Le roman avait reçu un accueil critique et public exceptionnel, et Rob Reiner, qui venait de connaître le succès avec Stand By Me et When Harry Met Sally, a voulu adapter ce matériau en cherchant à en préserver la tension psychologique tout en construisant une atmosphère de claustrophobie suffocante. Le scénariste William Goldman a adapté le roman en conservant l'essentiel de l'action dans un seul lieu — la maison isolée d'Annie Wilkes — amplifiant ainsi la dimension de huis clos qui rend l'ensemble si étouffant. La recherche de l'actrice parfaite pour incarner Annie Wilkes a été l'une des décisions les plus déterminantes de la production, de nombreuses actrices ayant été auditionnées avant que Kathy Bates ne s'impose comme une évidence absolue.
Résumé des critiques professionnelles : Misery a été unanimement salué par la critique, qui a célébré la performance de Kathy Bates comme l'une des plus grandes de l'histoire du film d'horreur et du thriller psychologique, l'actrice parvenant à rendre Annie Wilkes à la fois terrifiante et pathétique, violente et blessée. Rob Reiner a été loué pour sa maîtrise de l'atmosphère et son sens de la tension, notamment dans la célèbre scène du "hobbling".
Réception du public : Le film a connu un immense succès commercial, rapportant plus de 61 millions de dollars aux États-Unis pour un budget de 20 millions. Le public a été autant terrorisé que fasciné par Annie Wilkes, personnage qui est rapidement devenu l'une des antagonistes les plus mémorables du cinéma américain.
Récompenses obtenues : Kathy Bates a remporté l'Oscar de la Meilleure actrice pour ce rôle en 1991, un triomphe amplement mérité et largement attendu par l'industrie qui avait reconnu dans sa performance quelque chose d'exceptionnel. Elle reste l'une des rares actrices à avoir remporté un Oscar pour un rôle dans un film d'horreur ou de thriller.
Inspirations du réalisateur : Rob Reiner s'est inspiré des romans de Stephen King et de la façon dont l'auteur lui-même avait décrit le personnage d'Annie Wilkes comme une incarnation de la partie de son propre esprit qui l'enfermait dans l'écriture compulsive et addictive, cherchant à restituer cette dimension psychologique profonde derrière le thriller de surface.
Difficultés de production : Le tournage en huis clos dans un espace unique exigeait une créativité constante pour renouveler les angles et les compositions, éviter la monotonie visuelle et maintenir la tension sur la durée du film malgré l'absence de changements de décor.
Anecdote sur une scène particulière : La scène du "hobbling" — dans laquelle Annie fracasse les chevilles de Paul avec un marteau pour l'empêcher de s'enfuir — est devenue l'une des scènes les plus commentées et les plus difficiles à regarder du cinéma américain, filmée avec une brutalité soudaine qui déchaîne l'horreur après une longue montée en tension. Dans le roman original, le supplice était encore plus violent, Reiner ayant choisi d'adoucir légèrement la scène sans en perdre l'impact.
Casting initialement prévu : Lauren Bacall, Bette Midler et Tilda Swinton figuraient parmi les noms envisagés pour le rôle d'Annie Wilkes avant que Kathy Bates, qui avait joué le même rôle dans une adaptation théâtrale, ne soit finalement choisie.
Misery explore la relation toxique entre un créateur et son public, incarnée dans sa forme la plus extrême par le personnage d'Annie Wilkes qui refuse à Paul le droit d'évoluer en tant qu'artiste et l'emprisonne dans la production d'une œuvre qui satisfait ses besoins à elle plutôt que son besoin d'expression authentique. Le film aborde également la question du fan comme double sombre du créateur, qui prétend aimer l'artiste mais n'aime en réalité qu'une image de lui qu'il a construite et à laquelle il exige que l'artiste se soumette. La survie et la résilience face à une violence physique et psychologique dévastatrice, et les ressources intérieures que la créativité elle-même peut fournir dans les situations les plus extrêmes, constituent le troisième axe thématique du film.
Paul parvient à neutraliser Annie dans une confrontation finale qui l'oblige à utiliser les pages de son manuscrit — sa créativité elle-même — comme arme de survie, dans une résolution symboliquement forte. Annie meurt dans leur affrontement, et Paul retrouve la liberté et la vie, même si le trauma de cette captivité l'hantera visiblement pour toujours. La scène post-traumatique finale, dans laquelle Paul croit apercevoir Annie en serveuse, suggère que certaines peurs ne disparaissent jamais entièrement.
Misery est le nom du personnage fictif de Paul Sheldon, l'héroïne de ses romans populaires dont Annie est la fan absolue. Mais le titre désigne aussi, dans un jeu de mots que King et Reiner assument pleinement, la misère — la souffrance intense — que le personnage principal traverse tout au long du film, et la façon dont ce personnage de fiction qu'il cherchait à tuer finit par être l'instrument même de sa survie.
Misery reste l'un des grands classiques du thriller psychologique américain et la performance de Kathy Bates continue d'être citée comme l'une des meilleures de l'histoire du genre. Annie Wilkes est régulièrement classée parmi les grands antagonistes du cinéma américain, et la scène du "hobbling" reste l'une des séquences les plus citées dans les discussions sur les scènes les plus intenses ou les plus difficiles à regarder du cinéma.